Marie, cette fille si fragile.

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  Elle écrivit de ces mains ensanglantées, parsemées de coupures et de cicatrices, "Je t'aime" sur un bout de papier déchiré, fragile avec le temps. Elle tremblait, elle pleurait. Elle regardait le vide, se retenant de crier, sa main tremblante devant la bouche afin d'éviter de faire du bruit. Elle était là, dans le noir de la nuit, dans ce silence pesant. Le monde était paisible, tout le monde dormait à cette heure là, sauf elle.        Comme chaque nuit, elle laissait son coeur se briser un peu plus, son esprit s'obsurcir d'idées noires, elle laissait son âme pleurer toute la tristesse et la haine qu'elle refoulait en vain. Certes, elle était battante, mais ce jour là, elle n'en avait plus envie, plus envie de se battre, de se dire qu'elle va y arriver, non, elle n'en pouvait plus. Sa vie était comme une roue infinie, toujours les mêmes mouvements, toujours les mêmes paroles, toujours les mêmes cauchemars, le même mal être. Elle se soulageait tant bien que mal, à coup de lame, à coup de poing. Ces larmes coulaient, elle les essuyait contre sa main, elles étaient à présent un mélange d'eau, de sentiments et de sang. Ce mal la rongeait intérieurement, il faisait surface, la poussant à se détruire physiquement. Son corps n'était plus que griffures, plaies et coups. Elle était pourtant si souriante à l'école, devant les autres. Oui, voilà les mots précis, devant les autres. En dehors elle n'était qu'un fantôme, une âme en peine, errant dans les couloirs de sa maison, s'occupant avec des gestes silencieux, doux, presque gracieux. Ces cernes étaient fortement marquées, on aurait pu croire qu'elles étaient encrées dans son visage. Sa chevelure noire lui tombait jusqu'au bas de son dos, elle était tellement belle. Mais tellement insociale. Elle était toujours habillée en blanc, en robe faite en dentelle, comme dans les années 1900. Ces yeux bouffis étaient la seule preuve de son état, à ceux qui osaient lui demander si elle avait pleuré, elle leur répondait qu'elle avait fumé quelque chose d'illégal. Certains la croyaient, d'autres non. Elle n'avait jamais aimé, elle même ne s'était jamais aimée. A croire que son coeur n'était fait que de roche. Elle ne laissait rien paraître, autant parler à une porte de prison. Sa peau pâle reflétait l'enfermement et les jours  passés sans dormir. Et oui, elle était comme ça Marie.
Ce petit être si fragile, dont personne ne se soucie, dont personne ne connaît l'existence. Et si elle partait ce soir ? Si elle quittait ce monde ? Les étoiles ne bougeront pas, personne n'en sera perturbé, cela ne gênera le sommeil d'aucun individu, aucunes larmes ne sera versée, alors pourquoi pas ? Pourquoi ne pas se lancer dans le vide, comme ça ? Sans se soucier de personne, puisque personne ne s'en soucie en retour. Plongée dans sa réflexion, le vent glacial lui fouettant le visage, elle regardait le ciel, là haut nombre de ces proches se trouvaient, un jour elle les retrouverait, ces problèmes s'en iront, elle sera heureuse d'être morte.
Pour l'instant elle ne pouvait pas, elle ne pouvait partir. La cause en est ce garçon, si doux, si ignorant. Il ignorait tout, pour lui ces problèmes n'étaient qu'idioties, il ne comprenait pas l'intensité des sentiments qu'une personne peut avoir envers un rien. Mais elle l'aimait. Elle l'aimait si fort, elle aurait donné corps et âme rien que pour son sourire. Le soir, elle lui parlait, même s'il n'était pas là, elle savait qu'il l'écoutait. Elle ne vivait que pour lui, c'était le seul à savoir la faire sourire vraiment, c'était son petit bout de vie à elle. Mais ce soir là ils avaient rompu. C'était fini. Plus de retour en arrière avait-il dit.
Désormais plus rien ne pouvait l'empêcher de s'envoler vers d'autres cieux. Elle se leva sur le rebord de le fenêtre, face à l'immensité de son jardin. Elle se tenait au mur, ces mains étant crispées par le stress. Elle inspira profondément et se détacha du mur, elle se retourna de manière à lui faire face. Sa chute serait sûrement moins agressive sans voir le sol qui l'attendait. Tel un ralenti dans un film d'action, elle se laissa entraîner dans cette valse, dans cette chute interminable, elle prononça dans un chuchotement, la main tendue vers le ciel: "Je te retrouverai mon amour".
Le choc de son corps léger contre le sol dur prononça un bruit lourd, sonore. Une nouvelle âme s'était envolée. Ces parents accourrurent. Sa mère fondit en larmes, son père appela les urgences, c'était trop tard.
Le bout de papier qui avait suivi sa chute fut retrouvé, ce je t'aime destiné à ce garçon, les journaux en prirent photo et la firent paraître, entourée d'un article sur l'existence de cette jeune fille, un article absurde, puisqu'eux ne savaient rien. L'image de ce papier taché te sang avait bouleversé les esprits, le garçon avait fait un accident de moto en voulant venir la voir. Il s'en était sorti vivant. Physiquement du moins. Mentalement, lui aussi était mort. Il l'aimait Marie, et elle s'était envolée sans lui, l'ayant laissé là dans ce monde égoïste. Deux coeurs qui s'aiment séparé par tout un monde, deux âmes liées, mais deux personnes incomprises. S'en suivi une lourde dépression, le monde était pesant pendant une semaine, lourdes étaient les conséquences de son suicide, contrairement à ces attentes. Puis la vie reprit son petit train-train.
Personne ne fait complètement son deuil, il reste toujours cette petite cicatrice, ces petites pensées mises de côté, ce frisson quand on prononce son nom, ce noeux au ventre lorsqu'on se souvient de ces moments passés à ces côtés. On se force juste à oublier, à faire semblant d'oublier, voilà tout.
A toutes ces âmes en peine, à toutes ces personnes en dépression, relevez la tête jeunes gens, regardez autour de vous, n'attendez pas que le monde vienne à vous, allez à sa rencontre. Vous avez tellement de choses à vivre. Pour Marie, il est déjà trop tard, alors pour elle, pour nous, pour vos proches, sortez, prenez l'air, riez, chantez, jouez, voyez ceux qui vous donnent du bien ! Comme ce jeune garçon lui en donnait. Et n'oubliez pas, rien n'est jamais fini, deux coeurs qui s'aiment reviendront toujours l'un vers l'autre, n'abandonnez jamais. Parce que, vous savez, la vie, en dehors d'être une hypocrite et une garce, elle est magnifique intérieurement et oui, je vous le dis, la vie est belle.

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⏰ Last updated: Apr 27, 2017 ⏰

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