Partie 1 Vivant

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Je flotte.

C'est froid.

J'ai froid.

Je rêve ou bien cauchemarde ? Je ne saurai le dire, peut être que je suis mort ? Oui ça doit être ça, je dérive dans les limbes mais il n'y a ni la lumière blanche ni le tunnel comme tout le monde le dit, juste le froid qui m'entoure.

Je reprends conscience, encore, il fait toujours aussi froid, je suis glacé, je sombre, encore.
Non ce n'est pas la mort qui m'appelle, mais la vie, j'ouvre les yeux, les referme à cause de la lumière vive du soleil qui me brule les rétines, je veux vivre, respirer.

De l'eau, il y a de l'eau partout, j'ouvre la bouche pour essayer d'avaler une goulée d'air mais l'eau s'infiltre dans mes poumons et de nouveau le froid m'entoure.

Je ne sens plus rien.

Lukas

L'eau vient lécher mes pieds, les rayons du soleil réchauffent mes membres engourdis, je sens sous mes doigts du sable, une plage, je suis vivant mais j'ai mal, j'ai soif et surtout je ne sais pas où je suis.
J'essaye de me lever, la tête me tourne j'arrive à m'asseoir et je regarde tout autour de moi, des arbres, c'est vert partout je ne comprends pas.

Et puis, des images me reviennent, en fermant les yeux je me rappelle...un bateau, des hommes, trop d'hommes, ils m'attachent m'obligent à leur faire des choses, je ne veux pas, mais y suis obligé comme le prouve le numéro, tel un code barre qu'ils m'ont tatoué dans le bas du cou dès mon arrivé sur le bateau, un bout de viande voilà ce que je suis, de la marchandise, et puis, tout à coup, le bateau tangue, une tempête se prépare je suis toujours entravé je vais mourir. Puis l'homme arrive, il va certainement me tuer, ou me prévenir que je vais crever là, comme le rat que je suis, mais il me parle, ils ne parlent jamais.

- Toi petite merde, tu ne crèveras pas sur mon bateau.

Non sans m'avoir frappé une dernière fois, l'homme me détache, mais pourquoi faire ? Je ne saurai braver les éléments !

Je me lève, j'ai le bas des reins en feu, la faute aux trois hommes qui sont venus me rendre visite hier soir. Ils m'ont pris comme ils le font toujours, violemment, les uns après les autres, quand ce n'était pas en même temps, c'est vrai que j'ai deux trous comme ils me le crachent à la gueule.

Voilà maintenant quatre ans que je me trouve enfermé dans la cale de ce bateau. Ma vie ďavant ? Enfermé avec une mère droguée qui n'hésitait pas à me livrer à ses hommes pour un peu de dope, alors j'ai préféré la rue. J'avais seize ans à l'époque. J'étais une pute, c'était ce que je savais faire de mieux, au moins, maintenant, je le faisais de mon plein gré et on me payait pour ça, mais voilà on ne tombe pas toujours sur les bonnes personnes...

Et me voilà ici, maintenant, avec une infime chance de pouvoir sortir de ce cauchemar. Je cherche la sortie, je vois de la lumière à ma gauche, je cours, ça bouge beaucoup je tombe mais, si je laisse passer ma chance je suis mort pour de bon, mon cœur l'est déjà, il ne me reste que mon corps et je compte bien survivre, et qui sais, réussir à vivre. Enfin.

La haut c'est le déluge, les hommes courent partout et ne me prêtent aucunes attentions, c'est la nuit noire, pas une seule étoile dans le ciel, la lune est voilée par les nuages qui crachent leurs trombes d'eau, peu de choix s'offrent à moi, je dois sauter , j'étais plutôt bon nageur dans mon ancienne vie,j'ai parfois eu de riches clients mariés, possédant piscine et tout le reste, qui voulaient se donner du bon temps avec un petit minet, pas le choix, j'y vais je cours, et c'est comme si je volais, je suis devenu un oiseau c'est bon, ça ressemble à la liberté, je tombe encore et encore, et puis c'est le choc, l'eau est aussi dure que du béton, la souffrance est atroce. J'essaye de me débattre pour regagner la surface, c'est froid je pèse une tonne mais j'y arrive aux prix d'efforts incommensurables. Je fais du sur place la tête allant de droite à gauche pour savoir si je peux me raccrocher à quelque chose, et à quelques mètres de là, j'aperçois un vieux tonneau en bois, je m'y dirige, m'y hisse à l'aide de mes bras, je me fais l'effet d'être Jack dans le fameux Titanic ! Sauf que je suis seul et que cette salope de Rose n'est pas là pour piquer ma place ! J'essaye de m'éloigner le plus possible de ce qui fut ma prison durant tant d'années.

Je suis en vie, je ne sais pas où mais, je vis, il faut que je bouge de là, je me lève je vacille, des millions d'étoiles me voilent le regard, j'arrive enfin à me stabiliser et je m'enfonce dans cette étendue de verdure.
Je marche sans savoir ou je vais, le soleil m'est en parti voilé par les feuilles des arbres qui m'entourent, il fait humide je transpire l'eau que je ne possède pourtant plus, les arbres se font de plus en plus rare et au loin, j'aperçois une bâtisse, ce n'est pas un château non plus mais ça y ressemble en tout cas, rien à voir avec la vieille baraque dans laquelle j'ai passé les seize premières années de ma misérable vie.

Je m'avance et j'ai l'impression d'avoir fait un bon dans le temps je m'attends presque à voir Scarlett O'hara descendre le perron, la bâtisse est flanquée de hautes colonnes d'une blancheur immaculée. Une volée de marches précèdent la double porte, je suis à bout de souffle, mes jambes ne me portent plus j'essaye d'avancer encore et encore mais mes pieds se font de plus en plus lourd. Arrivé au bas des marches c'est le trou noir, je m'effondre sans plus aucunes forces.

J'entends des chuchotements par-delà une porte, mes yeux s'ouvrent difficilement, je me rends compte que la pièce dans laquelle je me trouve est dans le noir total, je me demande pour la deuxième fois de la journée, où je suis. Quelqu'un entre, une femme je crois, ça fait bien longtemps que j'en ai pas vu, celle-ci a la peau claire, les cheveux gris et des yeux bleus comme un ciel d'été, elle me sourit, me parle comme l'on parlerait à un animal blessé, ce que je suis en quelques sorte.

- Voilà un peu d'eau mon petit, cela fait trois jours que tu es arrivé ici, j'ai réussi à te faire boire de temps à autre mais tu n'as encore rien avalé et il le faudra bien parce que tu as des kilos à reprendre et monsieur Lambert voudrait bien connaitre ton histoire et savoir pourquoi il t'a trouvé à moitié mort sur son perron.
- Mais je suis où là ?
- Bois et on parlera plus tard, un repas te sera apporté dans trente minutes, en attendant, il y a une salle de bain sur ta droite, je t'ai fait porter du linge propre.
- Merci.

Après avoir bu ce qui me semble être de l'eau mais qui est en fait une citronnade, je me suis levé pour me découvrir uniquement vêtu d'un grand tee shirt bleu ne m'appartenant pas, et rien d'autre.
Je me dirige vers la porte de droite et y découvre une salle de bain comme je n'en est jamais vu, décorée richement, les robinets probablement recouverts d'or, une baignoire sur pied à tête de lion, un lavabo gigantesque qui peut faire office de baignoire pour peu que l'on soit contorsionniste, le tout est entouré de marbre blanc, au-dessus du lavabo trône un miroir, je prends mon courage à deux mains et y plonge mon regard, quatre ans que je ne m'étais plus vu, mes yeux gris sont profondément enfoncés dans leurs orbites, il me manque manifestement plusieurs kilos, bien que j'ai toujours été du genre chétif. Ma peau normalement claire est aussi transparente qu'une feuille à cigarette, mes cheveux noirs comme la nuit sont au niveau de mes épaules, diverses cicatrices constellent mon torse, vestiges de ces quatre dernières années. Ne me reste de mon ancienne vie que les piercings que je me suis fait faire quand j'ai quitté ma mère pour la rue, bien qu'elle ne mérite absolument pas ce titre je continue à la nommer ainsi, allez savoir pourquoi.

Je fais couler l'eau de la baignoire, très chaude, et m'y plonge avec délice.
Mais ce petit bonheur ne me dis pas où j'ai atterri ni chez qui, ce Mr Lambert m'a trouvé, ramené et mis au lit, cela peut être un acte généreux ou pas, connaissant ma chance j'ai peut être atterri chez un vieux pervers, en tout cas il a de l'argent et sait recevoir.

Apres m'être lavé avec plus de force que nécessaire je sortis du bain, une immense serviette blanche, toute douce, m'attendait sur une chaise ainsi que des vêtements propre et étonnamment à ma taille, une fois le tout enfilé, jogging gris, boxer noir, tee shirt bleu, encore, parfait, je retournais dans la chambre ou un plateau m'attendait sur la table de nuit. J'avais en fait une faim de loup et le plat de poulet pomme de terre fut englouti en quelques minutes à peine.
J'étais en train de m'assoupir quand on frappa à la porte deux petits coups, très léger comme si la personne derrière avait peur de me déranger.

- Oui ?

La porte s'ouvrit sur un homme d'une petite trentaine d'années, grand, fin, de courts cheveux blonds et des yeux bleu clair comme la banquise.

StormWhere stories live. Discover now