CHAPITRE 1: Les murmures de l'Épine [Partie 1]

84 12 23
                                        

Partie 1

L'œuf murmurait, l'œuf lui parlait dans une langue perdue depuis des siècles, avant même l'arrivée des hommes. L'œuf ne cessait de baragouiner des événements intelligibles, que Zephiar ne comprenait pas. Il ne s'adressait qu'à lui, il ne parlait qu'en sa présence. Son maître lui disait qu'il était atteint de folie, qu'il ne connaissait rien à rien. Les autres le regardaient de travers, comme une bête sauvage qu'il ne fallait pas approcher. Certains parfois lui lançaient des pierres...

Zephiar n'en avait cure, il l'entendait, percevait le rythme d'une phrase, le souffle d'une respiration. Ce tout qui n'était rien au regard des autres lui prouvait qu'il avait raison. Il ne répondait jamais, la coquille bleue lui répétait son monologue à l'infini. Il prononçait des fois les même noms: « Casciale », « Biantros », sans qu'ils n'aient le moindre sens.

Le dernier œuf d'Olnyx dans les royaumes d'Ergantos, le dernier existant sur les terres connues... Il se trouvait ici, à l'Épine derrière ce dôme de cristal, enfoui sous le Sanctuaire.

Et le dernier représentant de l'espèce l'avait choisi lui, Zephiar, pour discuter à l'infini, au plus profond de la capitale. Perdu dans les âges, il représentait toute le grandeur des Olnyxs.

Il était turquoise, tel un ciel nocturne, parsemé de milliers de petites taches rouges vermeilles, semblables à des plaies qui ne se refermeraient pas. Il n'éclorait jamais, il était voué à disparaître dans les méandres du temps.

Zephiar toucha la surface transparente et froide qui l'enveloppait de toutes parts:

« Regarde nous, pauvres âmes égarées. Je sais que tu me vois. Tu me vois pas vrai? J'aimerais tant faire quelque chose pour toi... »

La coquille se mit à ronronner.

« Ça doit être si dur, resté enfermé depuis si longtemps. »

Il s'agenouilla, abattu. Chaque fois, il espérait un signe. Une fissure, un craquement, de la chaleur pour une fois qu'il en voulait... Non rien que des murmures sans fin. Sans lui, Zephiar et son peuple mourraient. Cela faisait vingt ans que ça durait, tous les jours, à la même heure... Il avait de la chance, son maitre lui autorisait ce moment de recueil. Tous les hommes lézard n'y avaient pas le droit.

Zephiar, l'homme lézard, sortait de la salle du reflet chaque fois plus dépité, résigné à continuer cette misérable vie qu'il lui était imposée, sans que personne ne se préoccupa réellement de son existence. Tout jour qui passait, il s'affaiblissait. Il s'éteignait peu à peu, tout comme le reste des êtres qui lui ressemblaient. Une quinte de toux le transperça et le plia en quatre sur le sol. Sans l'œuf et son éclosion, ils étaient tous morts.

Peut-être n'ont-ils pas tout à fait tort finalement? Peut-être que je suis fou, victime d'hallucinations... Peut-être que les hommes ont raison de m'éviter dans la rue... De toutes manières, je ne serais bientôt plus là, je suis amené à mourir... C'est ce qu'ils veulent, ils n'attendent que cela.

Il lui sembla que l'œuf riait, un son cristallin, celui du verre qui se brise.

Moque toi, toi aussi, moquez vous tous, ce sera votre tour un jour.

Tout cessa, le rire, les murmures... Le silence, le pire de tous s'insinua dans le Sanctuaire. Il survint comme une onde glacée.

Ce silence, ce silence qui annonçait la venue de quelqu'un...

Zephiar n'eut, cette fois ci pas le temps de se camoufler dans une caverne en contrebas.

Les bruits de pas contre le marbre résonnèrent dans toute la salle. Le claquement des bottines, tout comme les clapotements de la pluie sur les pavés mouillés, le faisaient frémir chaque fois.

Obscuriatrum, Tome 1-ZéphiarStories to obsess over. Discover now