Chapitre 1

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Je regardais par le hublot à ma droite, ma vue était floue à cause des larmes, mais j'arrivais tout de même à distinguer les nuages. C'est étrange d'être aussi haut dans le ciel, alors que j'ai l'impression d'être au plus bas, des milliers de kilomètres sous terre. Ça fait bizarre de se dire que je serais prête à donner beaucoup pour que l'avion se crache, pour que je meure tranquillement. Et oui, cela peut paraître insensé pour certaines personnes, mais pour moi cette pensée est plus que normale, car je sais, du haut de mes 15 ans que, dès lors que l'avion se posera sur terre, ma vie passera de malheureuse à invivable. Et je n'exagère pas, au contraire, je minimise.

Le regard dans le vide je me posais des questions, sûrement pas les mêmes questions existentielles que toutes les autres adolescentes de mon âge persuadées que leurs vies sont bien pires que toute les autres, mais des questions plus...comment dire, moins lamentables? Oui, moins lamentables. Enfin non, pas moins lamentables ( parce ce que c'est ce qu'elles sont ) mais plus sérieuses. Au fond, qui suis je pour juger de l'importance des problèmes d'autrui?

Je fus sortie de mes pensées par une hôtesse de l'air qui me proposa un jus d'orange, je refusais poliment. Mes yeux se rivèrent de nouveau sur le hublot, nous survolions l'océan. L'avion était en route pour Los Angeles, un endroit que je serais, en temps normal ultra joyeuse de découvrir, mais les temps normaux se font plus rares depuis presque un mois. Et oui, depuis le décès de ma mère, la vie m'avait semblé comme morte, froide et grise; à chaque levé de soleil, j'attendais son coucher et chaque nuit, j'attendais qu'il se lève pour mettre fin à mes insomnies. Mes grands parents qui s'étaient occupés de moi depuis la mort de ma mère, me préparaient mes plats préférés mais une fois dans ma bouche, ils perdaient toute saveur et devenaient fades au point que je ne finissais mon assiette que pour voir un sourire sur le visage de ma grand mère, lorsque je prenais une douche, je ne sentais ni la fraîcheur de l'eau qui ruisselait sur mon corps, ni la chaleur de celle qui brûlait ma peau, les blagues de mon grand cousin ne faisait plus apparaître sur mon visage impassible qu'un trait de bonheur qui repartait instantanément là où mon visage s'éclairait de joie il a un peu plus d'un mois. Je ne sentais plus sous mes pieds ni l'herbe ni la terre, ni le béton ni les braises. Et, plus le jour du décollage approchait, plus mes sens se dissipaient, plus mes larmes, malgré moi, ruisselaient à flots le long de mes joues plus pâles que celles du corps défunt de ma mère et, plus elles jaillissaient de mes yeux bouffis par la tristesse et de mon cœur rongé par la perte.

Mon cœur avait été plus vite rongé par la tristesse que je ne ronge mes ongles ( et je les ronge très rapidement ), il se serra lorsque je levais les yeux et aperçus devant moi un écran indiquant qu'il ne restait plus qu'une petite heure de trajet. J'étais tétanisée par la peur, la peur de croiser le regard de mon père et celui de " sa gentille femme" ( notez l'ironie ) qui étaient la cause même de mon malheur et les bourreaux de cette nouvelle vie qui commencerait à peine je poserai le pied gauche ( ou le droit ) sur terre. Ma vie allait être apportée sur un plateau d'argent aux diables qui n'auraient plus qu'à me piétiner. Je me doutais que ce ne serait pas facile de ne pas les envoyer bouler tout les deux, mais ma mère m'a bien élevée et je sais qu'elle m'aurait dit d'être plus forte que ça , d'être polie. Je me promis d'avoir ce comportement puis, sans même m'en rendre compte, je plongeais dans les bras de Morphée.

Lorsque je me réveillais, le symbole au dessus de ma tête clignotait pour m'informer qu'il fallait que j'accroche ma ceinture. Une fois accrochée, je pris un chewing-gum pour ne pas avoir les oreilles bouchées lors de l'atterrissage qui avait déjà commencé. Quand l'avion eut atterri, je n'eus aucune envie de sortir; j'aurais aimé rester et repartir pour la plus belle capitale du monde, Paris, mon Paris, celui de mes amies, de ma famille et de ma vie.

J'inspirais un grand coup, pris mon sac à dos et sortis de l'avion d'un pas sûr. Alors que je cherchais mon père des yeux, mon regard se posa sur une tablette tenue en l'air sur laquelle était inscrit: " Charlie Dumont ". J'avançais vers mon interlocuteur, il ne devait pas y avoir huit mille Charlie Dumont ici. Alors que j'arrivais à sa hauteur, je remarquais rapidement que ce n'était en aucun cas mon père, l'homme qui se tenait devant moi devait avoir la quarantaine et une légère calvitie, son costard lui allait parfaitement. Je tendis, tout sourire, la main vers lui, quand il la saisit, pour me saluer je me présentais:
- Charlie Dumont, enchantée!
- Jones.
Répondit- il gentillement, il tendit la main vers mon sac pour me proposer de me le porter.
- C'est bon, ne vous en faites pas...
- Vous êtes sûr ?
J'acquiesçais et nous nous mîmes en marche en direction de la livraison des valises en soute. Mon père n'avait même pas eu la décence de venir me chercher. Je reconnus rapidement mon bagage qui était kaki avec des feuilles et des fleurs dessinées dessus. Je le saisis et le tirais de toutes mes forces, en vain. Jones vint m'aider et souleva ma valise comme si elle ne pesait même pas un kilo. Il la prit et me fit signe de le suivre.

Comme une odeur de sapin.Stories to obsess over. Discover now