Prologue
Je fis volte-face, mon adversaire serrait toujours mon bras ; il me fit chuter par dessus son épaule. A ce moment précis, je sentis mes genoux fléchir, je tentais de me rattraper mais trop tard, mes mains touchèrent brutalement le sol dans la chute et je sentis une douleur violente envahir mon bras.
-Aïïï ! hurlai-je.
-MATTE (arrêtez) ! cria l'arbitre.
Mais tout devint flou autour de moi, la clarté des voix diminuait tandis que ma douleur lancinante augmentait. Puis je fermai les yeux, et me rappelais un proverbe d'Isabelle God que mon père m'avait fait connaître : "Ce que la douleur n'arrive pas à exprimer, le corps s'en charge."
Le lendemain matin, je sentis l'odeur âcre des chambres d'hôpitaux, et une fois mes yeux habitués à la lumière blanche qui passait par la fenêtre, je vis ma mère, assise auprès de moi, qui me fixait sans broncher.
- Ca va ? me demanda-t-elle doucement.
Je hochai la tête en me redressant; mon bras fut pris d'une violente douleur, et je sentis une brûlure au niveau de mon coude.
-C'est normal, m'assura ma mère. Le docteur a dit que ça te ferait mal pendant...heu...pendant longtemps.
Je la dévisageai; elle avait le teint pâle, des grands cernes noirs sous les yeux et la mine anxieuse.
-Le docteur t'a mis le plâtre ce matin, m'informa-t-elle...tu as dormi pendant deux jours entiers...Papa aurait été si inquiet...
-Maman, murmurai-je en lui prenant la main. Ne te fais pas tant de soucis.
-Ecoute, me dit-elle, je dois t'avouer quelque chose. Le docteur m'a demandé de t'en informer sans attendre alors je ne vais rien te cacher; tu vas garder cette blessure jusqu'à...
Elle étouffa un sanglot. Je pris une longue inspiration en attendant la suite; les choses prenaient du sérieux.
-...jusqu'à la fin de te vie. Papa n'aurait pas aimé entendre cela, mais la fracture est grave et il vaut mieux que tu arrêtes le judo.
Je sentis mon coeur faire un bond. Pas le judo ! On ne pouvait pas me retirer mon père ET ma passion ! Que me resterait-il donc ? Mais ma mère avait raison, je ne pouvais pas continuer.
J'ai donc arrêté le judo, cessé de revoir Félix (mon meilleur ami), oublié ce seul vrai moment de confiance, où je sentais mon père tout près de moi. Et c'est ainsi que va commencer mon histoire.
CHAPITRE 1
Comme chaque matin, je rejoignais Daphné et Manon à la station de métro. Elles m'attendaient, assises sur un banc à écouter de la musique.
-"Salut"lançai-je en m'installant au côtés de Daphné.
Elles me répondirent d'un vague marmonnement, les yeux rivés sur le téléphone de Manon, où défilait un clip de Nekfeu. Je soupirai; le temps était maussade et des nuages gris s'amoncelaient dans le ciel; l'ambiance était typique du lundi matin. Le métro déboucha sur la rive et nous conduisit à "Hôtel de Ville". Daphné sortit de sa poche un billet de cinq euros et s'arrêta à la boulangerie. Un instant plus tard, elle revint avec un sachet de viennoiseries.
Au bout de l'avenue, les collégiens s'agglutinaient à l'entrée de l'établissement. Le surveillant passa dans la foule d'élèves et nous bouscula en criant :
-"Le week-end est terminé ! Rangez vos téléphones avant la sonnerie !"
En effet, celle-ci retentit tandis que nous entrions dans l'enceinte du collège. J'engloutis la dernière bouchée de mon pain au chocolat et suivis Daphné et Manon dans le rang de notre classe.
-"Tiens, voilà la bande des crâneurs, lâcha Daphné.
-En effet", répondis-je en me retournant.
Arthur, Raphaël et David arrivaient. Je serrai la bretelle de mon sac en suivant notre professeur de français, Monsieur Bernard, qui nous conduisait dans notre bâtiment. Une seule chose à préciser : je déteste les gens prétentieux, et surtout ceux qui ont des raisons d'être prétentieux. Je m'installai à ma place habituelle, près de la fenêtre. Lucie me salua avec un grand sourire et s'assit à côté de moi.
-"Tu as passé un bon week-end ? me demanda-t-elle.
-Oui...bof...comme d'habitude quoi"...répondis-je en esquissant un sourire forcé.
Je n'avais jamais compris cette fille. Comme faisait-elle pour paraître toujours aussi joyeuse, bienveillante et polie avec tout le monde, même le lundi matin ? Monsieur Bernard posa sa chemise sur la table en se raclant la gorge. Chacun cessa ses bavardages et sortit ses affaires en silence.
-"Bonjour à tous, vous pouvez vous asseoir ! déclara-t-il. C'est l'heure de vie de classe, et justement, le directeur et moi-même allons vous présenter un nouveau camarade. A ce stade de l'année, j'avoue que sa venue est assez surprenante. Au collège, il est rare que de nouveaux élèves fassent irruption à la fin du deuxième trimestre ! Mais ce garçon vient d'emménager ici, il vient de Paris; il était donc primordial que ses parents l'inscrivent au collège dès maintenant..."
Il détourna son regard de la classe et fixa la porte, puis sa montre.
-"Ils ne devraient pas tarder, à présent"...murmura-t-il.
Il se gratta le menton et reprit la parole.
-"J'oubliais...Tanguy vient d'une école très réputée alors ne vous étonnez pas si il fait preuve d'un niveau avancé. D'après ses parents, il aurait d'assez bonnes capacités intellectuelles; c'était d'ailleurs un des premiers de sa classe, si je ne me trompe pas".
A ce moment précis, quelqu'un frappa et la porte s'ouvrit sur le directeur. Celui-ci invita le nouvel élève à entrer. Le garçon fit irruption dans la classe; il était grand et svelte, avait le teint coloré, les traits fins, les cheveux bruns et raides, et les yeux noirs et profonds. Le directeur lui fit signe de se présenter.
-"Bonjour...Je m'appelle Tanguy Cohen, affirma-t-il. Je viens de Paris, dans le 8ème arrondissement. Mon père dirige une agence immobilière et ma mère est professeur de musique. J'aime le sport et...je crois bien que c'est tout.
-Très bien ! lança Monsieur Bernard, merci de t'être présenté. Tes camarades auront bien évidemment l'occasion de se présenter à leur tour.
Il détailla le plan de la classe et ajouta :
-Maintenant, il est temps de choisir ta place...
"Tout sauf lui, pensai-je très fort au fond de moi. Tout, tout sauf lui..."
Il avait le ton bien trop assuré et toutes les raisons d'être prétentieux. J'étais convaincue qu'il allait faire partie de la bande d'Arthur, Raphaël et David. Le professeur réfléchit longuement.
-"Tu iras à la place de Lucie !" dit-il enfin.
Je le regardai s'assoir à côté de moi, persuadée d'avoir un aimant quelque part en moi, qui m'attirait tous les malheurs du monde.
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Tout sauf lui
No FicciónAyame a une unique passion : le judo. Son père lui a appris les bases de l'art martial dès trois ans et demi. A sept ans, une grave blessure atteint son bras droit lors d'un combat arbitré ; la fracture lui pèsera à vie. Ses ambitions, dont celle d'...
