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1/ Liberté

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Neslim arpentait le couloir à pas de loup. Non pas qu'elle ait eu peur de se faire surprendre, mais c'était sa façon naturelle de se mouvoir. Son corps svelte respirait l'agilité, chacun de ses mouvements étaient gracieux et précis. Un énergie féline émanait d'elle.

Elle s'éloigna du Palais et de son faste envoûtant, pour s'enfoncer dans la Nuit. Elle était chez elle. Elle courait dans l'obscurité, partait dans l'espace sauvage. Elle esquivait les branches et les racines qui cherchaient à freiner sa progression, sautait par dessus les nids-de-poule et les ornières, évitait les échardes assassines des ronces et autres épineux. Elle virevoltait, et paraissait entraîner la forêt entière dans sa danse. Les ténèbres l'enveloppaient et s'animaient autour d'elle. Sa course était une ode à la vie, à sa liberté.

Elle s'arrêta enfin, éreintée mais heureuse, victorieuse de son affrontement contre la nature elle-même. Du haut de la colline où elle se trouvait, elle pouvait voir des chemins se former au loin, qui partaient en étoile de la ville des Hommes.

*****

Destan entrouvrit la fenêtre de sa chambre. Il inspira un grand coup l'air frais du dehors, et en profita pour observer l'extérieur. Au-de-là des lumières marquant les limites de la ville, s'étendait un vaste espace sauvage, synonyme de dangers et de mystère. La jungle surplombait la ville, l'écrasait de son immensité, impénétrable. La nuit dominait ce territoire interdit, dont les vaines lumières de la ville ne pouvait repousser l'obscurité. Le jeune homme fut interrompu dans sa contemplation par la voix réprobatrice et inquiète de sa mère, et referma à regret la fenêtre de sa petite chambre.

Être fasciné par la nuit n'était pas normal, mais Destan ne pouvait s'empêcher d'être captivé par ces mystères, aussi inappropriés fussent-ils.

Il fut un temps où les Hommes ne se souciaient pas de la course du soleil, où la nuit ne signifiait rien pour eux. Mais les dangereux djinns étaient descendus sur terre, et avaient fait de la Nuit leur domaine, des ténèbres leur pouvoir. Et les Hommes s'étaient cloîtrés dans leur ville, ne quittant son enceinte qu'en présence de l'astre solaire. Le simple fait d'évoquer la vie nocturne était tabou. On apprenait aux plus jeunes enfants à craindre l'obscurité, à travers les contes relatant les mésaventures des pauvres humains qui perdaient la vie sous les coups de terribles djinns.

Mais Destan avait cessé d'être un enfant impressionnable. Les histoires de son enfance le fascinaient plus qu'elles ne l'effrayaient. Sa vision du monde s'éloignait doucement de celle de ses aînés. Il ressentait de plus en plus le besoin de voir par lui-même, avait une soif de comprendre et de ressentir les choses qui n'était plus assouvie par les réponses toutes faites des adultes.

Le garçon s'allongea dans son lit et attendit que les bruits de la maison se tarissent. Cela faisait plusieurs semaines déjà qu'il avait cessé d'avoir des nuits complètes. Il sortait de chez lui, s'évadait presque, et bravait l'interdit en arpentant les rues désertes. Il fit de même cette nuit là. Sa fenêtre, bien qu'étroite, permettait de rejoindre facilement la rue, à condition de se suspendre au rebord. Il atterrit avec souplesse sur le sol battu, et marqua ainsi le début de son escapade nocturne. Les ruelles prenaient un tout autre aspect, lorsqu'elles étaient désertées de leurs occupants par l'obscurité. Bien entendu cette dernière n'était pas totale, de petites lanternes la perçaient à intervalles réguliers, mais ce n'était en rien comparable à la lumière du jour. Les bâtiments si communs et austères en pleine journée se paraient alors de mystères et de secrets. Pour l'instant il se contentait des rues de la ville, n'osait pas franchir ses limites. Même en pleine journée, les fois où cela était arrivé pouvaient certainement se compter sur les doigts d'une main, et jamais en dehors des sentiers battus.

Dire que personne ne sortait la nuit aurait été faux, bien qu'on ait voulu le lui faire croire. Le jeune homme savait à présent que certains quartiers étaient même très animés. Ils regorgeaient d'activités florissantes et rarement légales. Cela allait du troquet, aux établissements de femmes de petite vertu, en passant par les paris de toutes sorte. Il était resté à l'écart de ces quartiers, préférant le calme des rues désertes, et aussi, même si cela était dur à s'avouer, craignant un peu la faune particulière qui peuplait ces lieux à cette heure de la nuit.

Il finit par regagner sa chambre, en veillant à ne pas faire le moindre bruit. Il ne lui restait plus qu'à espérer que les heures de sommeil qu'il avait manqué ne seraient pas trop visibles sous ses yeux au petit matin.



*****



Neslim rebroussait chemin à regret. Sa liberté qu'elle chérissait tant, restait bridée, elle finissait toujours par devoir revenir au Palais, telle tenue en laisse par un lien invisible. Elle lança un regard sombre aux tourelles qui dépassaient de la cime des arbres, comme si elle tenait le bâtiment lui même pour responsable de sa frustration.

Elle emprunta la petite porte par laquelle elle était passée à l'aller. Elle marchait rapidement, sans accorder un seul regard au jeu de miroir mettant en valeur les riches tapisseries ornementant les corridors. Elle coupa par les jardins, respirant l'odeur entêtante de ses buissons de roses. Des allées de fin gravier blanc encerclaient les bassins et leurs fontaines, d'où provenait un doux clapotis. De beaux arbres fruitiers soigneusement taillés complétaient ce tableau raffiné. Ce n'était pourtant aux yeux de Neslim qu'un pâle reflet de la beauté qu'offrait la Nature sauvage, la vraie.

Elle regagna enfin ses appartements. Sa tante semblait l'attendre, lui ôtant tout espoir de finir tranquillement la nuit.

-Encore sortie vadrouiller dehors ? Tu ne t'assagiras donc jamais ? Dépêche-toi d'enfiler une tenue convenable, tu sais pertinemment que nous sommes attendues.

Neslim soupira. Elle se vêtit à contrecœur des étoffes de soie richement brodée qui seyaient à son rang.

-Allons-y. Tâche d'être une djinn présentable qui ne fera pas honte à sa Famille.

La djinn en question eu un discret sourire narquois. Comme s'il restait une Famille à qui faire honte. Mis à part sa tante Vadjia et elle-même, il ne restait que quelques membres encore en vie. Vadjia se raccrochait désespérément à leur grandeur passée, refusant d'affronter la réalité de leur déchéance. Déchéance qui s'était concrétisée à la mort de ses parents. Sa tante, un grand-oncle presque sénile, et un cousin éloigné étaient les seuls autres parents qu'elle possédait encore. Ce qui signifiait que c'était à elle d'assurer la lignée. Responsabilité dont elle se serait volontiers passée.

Elle emboîtât le pas à sa tante, et se prépara mentalement à subir une autre réception au cérémonial aussi étouffant que les sourires factices.


Voici le premier chapitre de ma toute première fic. Merci de l'avoir lu, j'espère que vous avez apprécié et avez envie d'en savoir plus. Faites-moi part de vos impressions en commentaire ;)
Merci à Noé pour la couverture.

Ellundril

29/07/17 Edit : J'ai amélioré ce premier chapitre  (ou du moins je l'espère), sur la base des conseils des titulaires de la wattpadacadémie. Merci à eux. Les changements sont minimes mais visaient surtout à corriger les répétitions et fautes de style.

Légende d'OlkirionHistórias para pegar e não largar. Descubra agora