Silvia est ma supérieure depuis deux ans. On pourrait la qualifier de belle, mais, moi, je la trouve juste mignonne. Elle a un corps assez désirable, un charme indéniable et, depuis la première fois que je l'ai vu, je fantasme sur elle.
Il faut savoir que fantasmer sur une inconnue ou sa copine n'a rien à voir avec mon fantasme à moi. Dans mon cas, c'est une personne que je côtoie sans vraiment connaître mais dont je sais assez de petites choses.
Je sais par exemple qu'elle cache des chocolats dans le tiroir du haut de son bureau préfabriqué, le même que le mien, et qu'elle en grignote un carré lorsque sa monstrueuse pile de dossiers gonfle trop, ou qu'elle a dû confronter quelqu'un qu'elle n'apprécie pas trop. Je sais aussi qu'elle met toujours le même pull lorsqu'elle est de mauvaise humeur : il est gris, tout moche et tout pelucheux. Il ne lui va pas du tout.
Ce que j'admire le plus chez elle, c'est sa capacité à écouter les gens. Elle ne les écoute pas d'un air ennuyé, non. Elle les écoute vraiment, d'une oreille attentive, la tête légèrement penchée sur la droite, et ce qu'elle répond, en toutes circonstances, montre qu'elle tient compte des paroles de la personne.
Silvia est mon obsession depuis deux ans. Mon fantasme, c'est son sourire. Celui qu'elle m'a adressé lors de mon premier jour de travail, et que je n'ai plus revu. Son sourire est magnifique. Il dévoile joliment ses dents un peu jaunes et trop grandes qui contrastent avec le rouge à lèvres carmin qu'elle porte toujours. Je me rappelle que son sourire lui forme une minuscule ridule sous l'œil droit et une fossette dans la joue gauche. Je rêve du jour où je reverrai son sourire.
J'aime à penser qu'elle m'a souri pour une raison précise, car, à mes yeux, sa joie n'était pas feinte. C'était un éclaircissement spontané et profond de son visage. Je n'ai jamais revu telle émotion se planter sur son visage depuis. Oui, elle déforme parfois un peu ses lèvres dans un rictus coincé, mais rien de plus. Je me dis que, peut-être, mon désir à son égard est réciproque. Mais l'avis d'un homme ridicule au point de s'imaginer tout ça n'a pas beaucoup d'importance.
Alors, la semaine dernière, quand elle m'a appelé dans son bureau, je ne m'attendais pas du tout à la tournure qu'a pris les événements.
Elle prétendait m'appeler pour un dossier, mais finalement je me suis retrouvé sur son bureau, elle au dessus de moi, et nos bouches avidement scellées l'une contre l'autre, se cherchant comme si elles se connaissaient. C'était une pulsion pour elle. Ça a duré quelques minutes. Ça m'a plu. Elle m'a offert son magnifique sourire et m'a remercié. Comme si elle m'avait demandé un service. Puis, bien vite, elle m'a congédié.
Je suis retourné dans mon bureau. Finalement, son sourire n'était peut-être qu'une illusion, une manipulation pour arriver à ses fins. J'ai compris que ça ne recommencera jamais. Et j'ai senti, au fond de moi, que, même sans son sourire, je me serai volontiers offert à elle. J'étais triste de cette fin, mais aussi satisfait d'avoir goûté à son corps. Même si je sais qu'elle restera mon obsession, je ne suis rien pour elle.
Juste une pulsion.
Rien d'autre, rien de plus.
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La Vie
Short StoryJe vous souhaite la bienvenue sur cet ouvrage ! Ici, je ne raconte pas une vie mais la vie. Celle de toutes ces personnes qui vivent dans mon esprit. Je suis comme un enfant curieux qui regarde par le trou de la serrure. Mon œil attrape des fragment...
