Il se déplaçait furtivement, accroupi.
Jetant subrepticement des regards en coin derrière lui, il continuait d'avancer, mû par une énergie désespérée.
Dans son esprit, une seule pensée prédominait.
Il ne devait pas se faire repérer, ou tout était fini. Personne, absolument personne ne devait le voir, et surtout pas ELLE.
Cela faisait plusieurs jours qu'il dévorait son visage des yeux, que son image hantait son esprit. Il fallait qu'il essaye, le tout pour le tout.
Toujours est il qu'à présent, caché dans les fourrés bordant la rue, il retenait sa respiration, tandis qu' ELLE passait tout près de lui,marchant nonchalamment sur le trottoir. Il prit le temps de la détailler, connaissant pourtant chacun de ses traits, comme gravés dans son cœur.
Ses longs cheveux auburn encadraient son visage semblable à la porcelaine, où resplendissaient deux yeux tels des émeraudes étincelantes, aux longs cils battant l'air.
Ses lèvres écarlates et sensuelles semblaient murmurer de caressantes invitations, aussi attirantes que le chant des sirènes.
Dans son buisson, il ne pouvait plus contenir son excitation. Il courut s'adosser à un réverbère, le souffle haletant et le visage cramoisi.
Se retournant pour scruter le dos de l'objet de toutes ses attentions, il fut envoûté par le doux mouvement de balancier qu'offrait ses hanches, tel le sédatif pendule. Il n'osait s'approcher, sa réserve naturelle l'emportant sur son excitation.
Soudain, son cœur sembla rater un battement. Elle venait de s'asseoir sur un banc située en amont der la rue où elles 'était engagée quelques instants auparavant. Une bouffée d'adrénaline le fit trembler sur ses fondations.
Son indécision était de plus en plus oppressante.
Mû par une force irrésistible, son dos s'arracha au lampadaire et tout son corps s'ébranla pour marcher lentement en direction de la jeune femme.
La sueur perlaient à grosses gouttes à son front. Sa démarche crispée, presque robotique, lui donnait l'air d'une statue se mouvant pour la première fois de sa vie.
La panique l'envahissait peu à peu, au fur et à mesure que la distance entre lui elle diminuait. Il avançait lentement, les yeux baissés, quand soudain il se trouva face au banc, et à la jeune femme assise dessus. Tout cela semblait tellement plus menaçant et inaccessible de loin !
Elle était là, tournant délicatement les pages d'un livre quelconque. Absorbée par sa lecture, elle n'avait pas remarquée l'approche hésitante du jeune homme.
Il s'assit lentement, et s'adossa au banc qui émis le craquement du vieux bois.
La jeune fille redressa brusquement la tête à ce son, une expression de surprise mêlée de peur sur le visage, mais se rassérénera aussitôt en reconnaissant le jeune homme assis à ses côtés.
« Bonsoir » dit-elle d'une voix aimable. « On se connaît non ? Ton visage m'est familier...» Elle rejeta ses longs cheveux par dessus son épaule.
« Ah oui, tu es avec moi en classe d'art, je savais que tu me rappelais quelqu'un.» dit-elle en lui souriant.
Toute cette gentillesse, ce ton adorable, tout cela le prit au dépourvu, lui qui pensait être dévisagé avec méfiance comme le type bizarre qui ne parlait à personne, comme on le faisait normalement au quotidien en sa présence.
Il répondit à chaque question par des hochements de tête timide ou des « oui » réservés.
Pendant quelques instants, un silence embarrassant s'instaura entre eux.
Le tableau qu'ils offraient était touchant, lui le visage écarlate d'émotion, elle les joues rougies par le froid de la nuit tombante.
Il était perdu dans un tourbillon de pensées lorsque quelque chose s'appuya sur son épaule.
Il tressaillit légèrement, et regarda la jeune femme blottie contre lui.
« Excuses-moi, je meurs de froid, tu permets que je te colles un peu ? » dit-elle en riant doucement, puis elle passa le bras sous le sien. Dans ses yeux brillaient une confiance absolue envers lui.
Il n'osait parler, profitant de cet instant magique, sous les étoiles s'allumant les unes après les autres, sous le regard protecteur du croissant lunaire.
Il tourna la tête pour observer la jeune fille blottie contre lui. La lumière de la lune faisait ressortir son teint blafard, tel un écrin de nacre immaculé. Durant instant, le doute s'installa dans son esprit. Il n'était pas prêt à ça. Les garçons comme lui ne l'était jamais. Surtout avec des filles aussi parfaites. Il n'aurait jamais cru pouvoir en arriver là., il devait le faire, il n'aurait pas de plus belles occasions.
Une forme longue et dure dans son pantalon semblait être de plus en plus insistante. L'échéance était proche.
Une respiration régulière fit voler en éclat le court de ces pensées et son indécision. La jeune femme s'était endormie sur son épaule, ses cheveux cascadant sur leurs deux épaules. Il approcha lentement son visage du sien, la respiration haletante. Il caressa doucement la joue de sa belle.
Sa bouche s'entrouvrit, et il murmura dans un souffle :
« Je t'aime, tu sais »
Et il enfonça profondément la lame de 20 centimètres dans le thorax de la belle endormie.
Ses yeux s'ouvrirent brusquement, et sa bouche auparavant close s'ouvrit, laissant s'échapper un hurlement horrible, ainsi qu'un filet de sang qui éclaboussa le visage du jeune homme.
Il continua cependant à larder de coups l'abdomen de sa victime, une main massant la poitrine de cette dernière, presque langoureusement.
Il retira la lame crantée couverte de sang du ventre de la jeune femme.
Elle le regardait, l'implorant du regard. Il lui caressa doucement la joue une fois de plus, puis lui trancha d'un coup sec la gorge, la décapitant à moitié.
Les gémissements qu'elle poussait s'éteignirent en un infâme gargouillement.
Le sang ruisselait sur le macadam, formant une fine rivière qui courait jusqu'au caniveau adjacent. Il regardait tranquillement son œuvre, les yeux embués de larmes. Il passa un bras sous les jambes du corps mutilé, et la souleva.
Il posa délicatement sa bouche sur ses lèvres, dont le froid de la mort les avait déjà rafraîchie. « Tu es encore plus belle ainsi » lui murmura t-il tendrement.
Puis sous la douce lumière lunaire, il traversa la ruelle, et la nuit l'engloutit dans sa noirceur bienfaitrice.
La lune a la réputation de forger l'amour,
Et elle nous apprend que dès lors,
Ici et pour toujours,
Que la beauté se trouve aussi dans la mort.
