Issue fatale

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Livia fixa Zachary d'un air interdit. Elle ne l'avait pas reconnu directement et n'appréciait pas franchement qu'on se permette ce genre de familiarités sans son autorisation. A deux doigts de lui coller une droite, elle se retint une fois qu'elle le reconnut. C'est qu'il n'avait pas franchement changé, depuis le collège... Elle ouvrit la bouche pour parler, mais rien n'en sortit. Depuis quand il trainait dans ce genre d'endroit, le gentil geek fils à papa ? Enfin la rébellion tant attendue ? Il ne venait pas sérieusement de lui demander de la drogue, si ? Elle ne comptait pas lui filer de la Magic-X, pas stupide au point de donner des preuves à charge à quelqu'un trainant dans ce genre de milieu sans s'assurer au préalable de sa fiabilité. On l'utilisait peut-être pour la piéger, des gens de son entourage appartenaient la police impériale, son père était ambassadeur, bref, un gratin infréquentable pour une César.

Mais voilà, ils vivaient dans la même rue et en le voyant emménager, en train de lire tout seul sous l'arbre devant chez lui, elle avait été lui parler. A quatre ans tout juste, Livia n'était pas encore une princesse criminelle, ni même une princesse tout court. Ils trainèrent ensemble, il connaissait certains des Centurions d'ailleurs et comme ses parents n'étaient jamais là, ils squattaient son salon, leur bonne n'osant pas protester contre l'invasion de la petite César et de ses amis. Puis Zack partit à Londres un peu avant le collège. Il revint quelques fois à Parys, mais depuis la deuxième année de Lycée, ils n'avaient plus eu de contact. Et la dernière fois, elle l'avait fait boire à une fête, le soulant pour le plaisir, comme pour tester ses limites. Malgré leurs milieux diamétralement différents, quand il avait appris qu'elle s'appelait César, il n'avait pas fui, prétextant qu'elle n'était pas sa mère et, au début, Livia n'avait pas eu le cœur à le contredire.

Il n'incarnait pas sa conscience. Il ne la sortirait pas du milieu criminel. Peu importe ses ambitions, elle préférait les tuer dans l'œuf, d'où le tour dramatique de la dernière soirée.

Non, vraiment, qu'est-ce qu'il fiche ici ?

Elle hésita, cherchant du regard l'un de ses amis, n'importe qui, mais personne ne semblait leur prêter attention. Cela dit, elle restait sincèrement curieuse de savoir pourquoi il se trouvait dans ce genre d'endroits. Alors elle lui attrapa le poignet d'autorité et le tira derrière lui, pour sortir de cette fête et réussir à s'entendre un peu.

— Livia att-

Elle ne lui laissa pas la possibilité d'en placer une. Il se cogna en passant la petite porte et elle le libéra, certaine qu'il la suivrait. Choisissant une galerie qu'elle connaissait bien dans un renfoncement obscur, elle croisa les bras sous sa poitrine. Elle portait un tshirt déchiré à l'effigie du groupe Eths, ainsi qu'un mini-short et des collants à motifs. Lui ? Une pseudo tentative de ressembler à un stéréotype de gothiques. Hélas, pas de vernis noir sur les ongles, pas de bagues agressives, pas de maquillage, pas de teinture pour jouer à fond le délire. Il portait juste cette veste, et même pas les chaussures adaptées. Sérieux, qui met des vans avec un manteau en cuir ? Elle roula des yeux après avoir terminé son inspection.

— Qu'est-ce que tu fiches dans un endroit pareil ? demanda-t-elle.
— Je te retourne la question. J'ai pas rêvé, tu deales ?
— Eh, je t'ai pas demandé ton c.v. que je sache.
— Livia... Me dis pas que tu vends de la Magic-X.

Il semblait sincèrement déboussolé, mal à l'aise, en colère aussi, peut-être. Une foule d'émotions passaient dans son regard et il n'était toujours pas doué pour les cacher. Étrangement, elle se sentit gênée et ce sentiment la révolta. Pour qui se prenait-il, à la juger ?

SummonerOù les histoires vivent. Découvrez maintenant