Avoir seize ans, ça craint. Mais avoir seize ans et emménager dans une nouvelle ville, c'est pire.
Le camion s'arrête devant le nouveau pavillon de mes parents. Le numéro 19. Une jolie maison toute proprette avec une palissade bien blanche,dans un quartier de banlieue réputé et accueillant où toutes les rues ont des noms d'arbres fruitiers. Ça me donne envie de gerber.
Je descends du véhicule et avance sur la pelouse trop verte et trop bien coupée.
-Chris,viens nous aider, prends des cartons!
Ça,c'est ma mère. Secrétaire médicale sous Prozac depuis cinq ans. Je doute qu'elle se rappelle encore du goût de l'eau sans celui de l'enrobage plastifié de ses petites gélules vertes et blanches.Le pire, c'est qu'elle peut être cool parfois.
-Et arrête de faire la gueule!
Ça,c'est mon père. Maniaque, ingénieur informaticien d'une grosse firme quelconque qui se réfugie dans le montage de maquettes de bateaux quand ça ne va pas. Et bien souvent en compagnie de son pote, Jack Daniels.
Je prends un carton marqué de mon nom. Lors de la visite de la maison,avant même qu'ils aient acheté, ils ont décidé que ma chambre serait celle du rez-de-chaussée. « T'en penses quoi? » ils avaient demandé. M'est égal. Je pousse la porte et pose mon carton dans la pièce. Murs blancs,parquet. Vide. Je repars chercher le reste de mes affaires.
Mon lit est un matelas posé par terre et moi je suis dessus à regarder le plafond sans fissure. On est début septembre. Les cours commencent après demain. Le lycée. Je pousse un long soupire, il faut que je me change les idées. Le soleil ne se couchera pas avant un moment encore. J'attrape ma planche et sors par la fenêtre: un des aspects positifs d'avoir une chambre aurez-de-chaussée,.
Je roule le long des rues bien lisses: le seul point intéressant des belles banlieues. Je saute quelques trottoirs. Il faut que je me trouve un spot où faire du bon skate. Des riffs de guitares coulent des écouteurs de mon IPod jusqu'à mon cerveau. Je tourne un moment avant de repérer un endroit pas trop mal dans la périphérie de la ville. Des escaliers pas trop hauts, une petite rambarde, un muret. Ça a besoin d'être waxé. Je rentre quelques tricks. Ollies, parce qu'il faut toujours continuer à s'entraîner même pour les figures de base et avec le bordel du déménagement je n'ai pas trop eu le temps de skater ces temps-ci. Quelques flips, le kickflip ça peut passer mais le 3-6 flip je le foire encore. La rambarde et en métal, je tente un slide: 50-50. Coude déchiré, sweat troué. Je recommence. Je retombe presque sur mes pieds, la planche valdingue dans les buissons. Je tente encore. Pareil. Ça viendra.
La nuit est tombée, je vois plus rien à ce que je fais. Je repars en direction du pavillon. Les rues sont vides et calmes. Seul le son des roulements à billes de ma board résonne dans la nuit. Mes roues glissent sur l'asphalte complètement plat. Le vent fait voler les mèches de cheveux qui me tombent sur la gueule. Un bruit de verre brisé.
-Hé mec!
Il y a trois branleurs bourrés qui traversent une rangée de haies devant moi. Je m'arrête. Fait chier. Ils s'ennuient, il faut qu'ils emmerdent quelqu'un.
-Mec, où tu vas comme ça?
J'essaie d'esquiver le gars, il m'attrape le poignet.
-Gars, t'es tout keus, faut se muscler, tu dois taper comme une gonzesse.
Ça les fait tous marrer. Moi, ça fait un bail que j'entends ce refrain.Ils me tapent sur les nerfs. Je dégage mon bras rapidement et commence à me barrer.
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Chris & Seth
Short StoryChris n'est pas dupe. Ce n'est pas en changeant de ville et de lycée que la vie va s'arranger. Ses parents vont continuer de se disputer et ses notes ne vont pas grimper en flèche comme par miracle. Il n'y a que l'arrivée de ce Seth Jordan qui sembl...
