Ceci est un texte rédigé à la suite de mon second brevet blanc. Il fait suite à l'atterrissage de Antoine de Saint Éxupéry dans le livre Terre des Hommes.
"Je revoyais les grandes armoires solennelles de la maison. Elles s'entrouvraient sur des piles de draps blancs comme neige."
Ce fut précisément cette insoutenable blancheur, cette lumière qui ne m'était que trop familière, qui me tira de mes douces et paisibles rêveries, rasséréné et prêt à partir. Depuis l'avion, je n'avais pu voir là où s'arrêtait le désert. A l'inverse, un village de bédouins, plus au Sud, avait attiré mon attention. Je me retournais vers mon appareil, désormais inutilisable. Je fouillais à l'intérieur une heure durant, à la recherche de mon argent et de mon eau. J'achèterai de la nourriture au village.
C'est donc le cœur plus léger et le sac plus lourd que je me mis en marche vers l'aggloméra de tentes que j'avais aperçu. La chaleur desséchait mes lèvres et le sable brûlant s'infiltrait dans mes chaussures de marches. Il meurtrissait mes pieds, s'insinuait entre mes orteils et ses grains se coinçaient sous mes ongles. J'enlevais alors mes godasses, nouais leurs lacets et les faisait pendre une de chaque côté de ma nuque rougie. Même si le sol était chaud comme un poulet tout juste sorti du four, il était agréable de s'enfoncer en lui, glisser sur lui. Ma progression était lente, mais je ne m'en plaignais pas. Cela me laissait le temps nécessaire pour réfléchir.
Tout ceci n'était-il pas simplement inutile ? Je me battais contre la fatalité. N'était-ce pas Dieu lui-même que je défiais ? Mon destin était peut-être de mourir ici, après tout. Laisser derrière mon âme un cadavre pourrissant sous le soleil et sa chaleur écrasante, dans ce désert. Ce désert... Si ouvert, mais qui me donnais paradoxalement l'impression d'être enfermé dans cette immensité prête à m'engloutir, écrasé par tant de grandeur. C'est ici que l'Homme sait qu'il est petit. C'est ici qu'il comprend qu'il n'a pas tout conquis, et qu'il ne peut pas tout conquérir.
Mais soudain, coupant court mes sombres pensées, je le vis. Au détour d'une dune, le village était apparu. Je couru comme un fou jusqu'au tentes dispersées ça et là. Les nomades qui habitaient en cet endroit, voyant que j'étais affamé, m'offrirent à manger et à boire. Leur chef se détacha du reste de l'attroupement qui s'était formé autours de moi.
- Toi, qui est-tu ? me demanda-t il dans un anglais quasi-parfait.
- Je m'appelle Antoine. Mon avion est tombé en panne et j'ai du me poser dans ce désert.
- Mon nom, c'est Abdel. Je suis celui qui dirige, ici.
- Je n'ai qu'une requête. Disposez-vous d'un moyen de transport à vendre, ici ?
Il me désigna une moto, usée par le temps et le désert. Abdel me la vendait en échange de l'argent que j'avais emporté. Selon ses dires, le désert s'arrêtait un peu plus à l'Ouest.
Je repartis donc, le ventre plein et les fesses sur ma moto, vers la civilisation, laissant derrière mon avion et ma souffrance.
Je n'étais pas bien loin de la mer, alors. Je débouchais, deux heures plus tard, sur ce qui me sembla être un port de commerce ou un comptoir. Des bateaux flottaient paisiblement dans une eau claire. Les bâtiments administratifs se mêlaient aux infrastructures industrielles.Il avait un bar à l'entrée du port, et la meilleur idée qui me vint pour rentrer en France fut d'y pénétrer, dans l'espoir de trouver quelque capitaine qui voulut bien me prendre sur son embarcation. Je m'assis donc derrière le zinc, jaugeant du regard les hommes présents dans l'établissement. L'un d'eux me parut digne de confiance. C'était l'archétype du vieux loup de mer. Il avait une barbe lui dévorant le bas-visage, une pipe dans la bouche et une peau irrité par le soleil et le sel. Je m'avançais vers lui, le visage souriant, une main tendue.
- Bonjour, dit-il en la serrant vigoureusement.
- Bonjour. excusez-moi de vous déranger, monsieur, mais il me semble que vous êtes capitaine.
- Exact. Et que voulez-vous ? Me questionna-t il, méfiant.
- Vous demander de m'emmener en France avec vous.
- Et qui vous dit que je vais en France ? me demanda-t il, de plus en plus méfiant.
- Et bien, à en juger par votre accent, vous êtes français et je doute que vous soyez ici pour vous installer.
- Encore exact. Vous avez de quoi payer ?
- J'aurai de quoi payer une fois arrivé, vous pouvez en être sûr.
- C'est d'accord. Mais pas d'entourloupe, chuchota-t il d'un ton sans équivoque
- Jamais ! dis-je d'un air entendu, lui serrant la main pour la seconde fois. Je m'appelle Antoine.
- Et moi François.
Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil à l'auberge, j'étais sur le bateau de François, voguant en direction de ma patrie.
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