Chapitre 9 - L'essence

Depuis le début

Ce rêve est venu pendant la période qui a suivi mon changement de ville. J'étais donc seul avec ma fille. Il est clair que je donnais tout ce que je pouvais à mon travail. Attention, je m'occupais également de ma fille, mais je passais plus de temps à penser à mon travail qu'à mon enfant. Toutes les journées, hors week-end, et toutes les nuits étaient consacrées à résoudre des problématiques de boulot. L'interprétation est assez aisée. La voiture est la représentation du corps, le conducteur le symbole de l'âme. Le style de conduite était agressif, avec une certaine maitrise. Le tête-à-queue est le symbole d'une perte de contrôle de soi. Par rapport au contexte, au moment de ce rêve, j'étais dans un état proche de l'épuisement mental. Ce rêve m'a fait comprendre les conséquences de mon obstination de donner le plus que je pouvais pour mon travail. Il m'a fait comprendre que je négligeais les conséquences sur ma fille. Qu'ils pouvaient y avoir des blessures psychiques graves. C'est après ce rêve que j'ai levé le pied au travail, que j'ai reçu de l'aide. J'ai reçu du soutien. Par contre, les conseils n'étaient pas de me reposer. Ils étaient encore et toujours de me relever. Ce que j'ai fait, pour m'occuper de ma fille, pour réconforter ma femme, pour finir mon travail, et pour moi, rien, une fois de plus.

A savoir, qu'avant de te rencontrer je ne rêvais pas beaucoup. Du moins, je ne me souvenais pas avoir rêvé quand je me réveillais. C'était très frustrant. Puis, je t'ai rencontré. Je n'ai pas rêvé tout de suite. D'après mes carnets, les premiers rêves sont venus presque une demi-année après la première fois, où je t'ai entendue. Le premier que j'ai noté était très agréable. Il est la raison du titre de ce chapitre. Il était long, et je l'ai trouvé apaisant, et valorisant. Il commence sur une route assez large. Les couleurs sont en niveaux de gris. De chaque bord de la route, il y a des arbres en hiver. La texture de la route semble être du stabilisé de couleur grise. Je suis seul. Je marche au centre de la route jusqu'à un virage. Aussitôt, que je finis le virage, des silhouettes noires apparaissent. Plus je marche, plus elles sont nombreuses. Au point qu'elles occultent complètement ma vision des bords de la route. La route s'élance vers le haut. Les silhouettes noires s'agglutinent. Je finis par ne plus distinguer ni les arbres, ni la route. Je me retrouve devant un mur noir. C'est alors que j'ai distingué une porte de couleur orange au milieu du mur. J'ai posé ma main sur la poignée. J'ai hésité à l'ouvrir. J'ai tourné le bouton de porte. Elle s'est ouverte vers l'intérieur. Dans cette première partie du rêve, il m'a semblé qu'il y avait de la musique, sans pouvoir toutefois la définir. L'ouverture de la porte donnait sur un précipice. Je voyais l'autre côté, ainsi que le fond du précipice. Par contre, je ne distinguais pas le paysage qu'il y avait d'au-delà du canyon, par le simple fait que le bord d'en face était surélevé. Au fond du précipice, il y avait quelques arbres et rochers, ainsi qu'une rivière. J'ai sauté.

Alors, petite précision. Dans mes imaginations, j'utilise souvent l'image du précipice pour l'inconnu. A une différence, c'est que dans mes imaginations, le précipice n'a pas de fond, ni de bord. Donc, le saut ne symbolise pas du tout, le fait de vouloir me supprimer. Il symbolise le saut dans l'inconnu. Dans mes pensées, lorsque je saute ainsi, j'atterris souvent sur des plateformes transparentes. Souvent la réception est franchement abrupte. Dans ce rêve, il n'en a rien été. Il n'y avait pas de plate-formes transparentes. A la moitié de la chute, j'ai ouvert mes ailes. La vision du précipice a basculé. D'une vision latérale du précipice, à une vision axiale. J'ai remonté le précipice en volant. Je ne me suis pas posé de l'autre côté. Je me suis remis au niveau de la porte. Je revoyais la paroi opposée en face de moi. Et j'ai ressauté. J'avais trouvé ça tellement génial. Cette fois-ci, j'ai attendu le dernier moment pour ouvrir les ailes. J'ai touché l'eau de la rivière. Ma vision a basculé à nouveau. Et cette fois ci, je me suis posé de l'autre côté. Ce que j'y ai vu, c'est une plaine de couleur verte. A ma gauche, il y avait une montagne au loin. Je ne voyais pas le sommet. Il y avait également un orage au pied de la montagne. A ma droite, il y avait également une montagne sans sommet. Avec un petit point blanc au pied de la montagne. Je me suis dirigé à droite. J'ai marché. J'ai fini par distinguer ce qu'était le point blanc. C'était un phare avec une collerette noire très fine au niveau du sommet. Je me suis retrouvé au pied du phare. A sa base, il y avait une toute petite porte orange. Je ne pouvais rentrer par cette porte, j'étais trop grand. J'ai réfléchi. J'ai posé mes mains sur le phare, en joignant mes phalanges, mes doigts touchaient la paroi. Je l'ai ouvert dans le sens de la hauteur. Les deux moitiés du phare se sont écartées comme une porte. Un essaim d'oiseaux noirs s'est envolé et s'est dirigé vers l'orage. Les oiseaux étaient des merles. Lorsque les oiseaux ont disparu dans l'orage, ce dernier s'est déplacé vers moi. Sans aucune appréhension, je me suis abrité dans le phare. Je l'ai refermé en écartant les bras, paumes vers l'extérieur. Puis j'ai joint mes mains. Les deux pans du phare se sont refermés. D'un coup, il faisait complètement noir. Il y a eu du monde dans le phare. Sans les voir, j'ai su qu'il s'agissait d'un homme, et d'une femme. Ils étaient recroquevillés dans le phare. Ils me semblent avoir senti de la peur, ou de la méfiance, je ne sais plus.

Le reflet du roiWhere stories live. Discover now