"-Calvin ?
- Oui maman ?"
Je descends les escaliers en quatrième vitesse et manque de me briser le cou à l'avant dernière marche. L'horloge, en bas de celui-ci, annonce déjà sept heures vingt. Je vais être en retard, c'est obligé : à trente, je suis censé être à l'arrêt de bus.
"- Et ton petit déjeuner ! S'écrit ma mère depuis la cuisine.
- J'ai pas le temps m'man."
Je passe néanmoins par la cuisine pour déposer un baiser sur sa joue et prendre une pomme au vol puis ferme la porte d'entrée derrière moi. Attrapant les deux bretelles de mon sac, je me met à courir jusqu'à l'arrêt de bus, et souffle douloureusement en voyant que j'ai réussi a l'attraper avant qu'il ne s'en aille. Quelques secondes encore, et j'étais définitivement en retard à mon premier jour de cours. Bonne impression que tu aurais fais la, Calvin. Je m'assieds sur un siège vide -il faut dire que le bus n'est pas très rempli ce matin-, et regarde le paysage défiler. Je ne suis déjà pas sûr de me faire des amis dans ce nouveau lycée. Je souffle de nouveau, d'exaspération cette fois. Mon voisin, en face, me jette un coup d'oeil étrange. Avant que je ne déménage dans ce nouvel état, je n'avais aucun ami et j'étais seul. Les gens ont tendance à m'éviter parce que je suis gay, comme si c'était une maladie qui se transmettait par le contact, vous voyez ? Ils me font doucement rire, ces bandes d'idiots. La seule différence que j'ai avec les autres, c'est que j'aime les hommes et que je l'assume. Oui, oui, le fais que je n'en ai pas honte dérange aussi certaines personnes. C'est pourquoi je ne me fais pas d'illusion : le fait que j'aille dans un nouveau lycée ne changera rien. Les gens se comporteront tous de la même façon : ils vont m'éviter, me critiquer, me persécuter, comme dans mon ancien lycée. Mais je n'ai à subir cette haine persistante qu'une seule année encore. Après je serais diplômé et je ferais ce que je veux.
Sauf qu'il y a une chose que ce jeune homme ne savait pas, c'est que ce nouveau lycée allait tout changer et que certaines rencontres bouleverseraient sa vie.
