Aie!
Lorsque la jeune fille ouvrit les yeux, ce fut une douleur lancinante dans son crâne qui lui dit bonjour la première. Elle se redressa légèrement, en passant une main sur son front. Autour d'elle, des voix étranges et inconnues. Elle avait la sensation d'étouffer.
-Laissez-la respirer bordel!
Les voix se turent, et un silence bienfaisant s'installa dans la tête de celle qui venait d'émerger. Elle se décida enfin à lever les yeux sur ce qui l'entourait. Au début, elle sentit sa tête tourner, ce qui n'arrangea pas sa nausée. Puis petit à petit, tout se stabilisa. L'adolescente était totalement perdue. Où pouvait-elle bien être?
-Ton nom.
Elle posa ses yeux hagards sur une fille aux yeux d'un bleu glacial, et aux cheveux noirs, qui contrastaient violemment avec sa peau, pâle à faire peur.
-Luzia, articula-t-elle difficilement.
Sa bouche était pâteuse. Elle songea qu'il lui faudrait boire, surtout que maintenant qu'elle y pensait, sa gorge était vraiment sèche. Machinalement, comme si elle avait été programmée pour le dire, elle ajouta:
-Mais appelez-moi Luz. Comme la lumière en espagnol. Dites... on... On est où là? Et qui vous...
-Ici c'est moi qui pose les questions d'abord, la coupa la fille aux yeux bleus.
Luz cligna des yeux, et étudia rapidement l'environnement. Elle était dans une tente, visiblement, sur un sac de couchage bien épais. Le peu d'affaires qu'il y avait là étaient très bien rangées. La fille se campait à l'entrée, et derrière elle, Luz pouvait clairement distinguer des... gens. Son attention se fixa à nouveau sur la fille, qui avait repris:
-Comment t'es arrivée à te perdre dans la forêt? On t'a retrouvée inconsciente dans une partie de la forêt où personne ne s'aventure.
Luz porta sa main à sa tête une seconde fois, lorsqu'un élan de douleur se propagea. Ses souvenirs se rassemblèrent. Tout était flou, éparpillé comme un puzzle. Elle n'était pas très sûre de ce qu'elle avait à dire. Un nouveau souvenir émergea. Le choc la fit frissonner.
-Mes parents sont morts. Mes potes m'avaient dit de venir à une fête, pour me changer les idées. Je suis pas du genre, mais pour une fois, j'ai bu. Jusqu'à être totalement ivre. On a pris la voiture après, on a quitté les routes, et on est parti pour la forêt... Je crois qu'à un moment, on s'est arrêté, et je sais plus vraiment pourquoi, mais je me suis mise à marcher. J'ai dû perdre connaissance après.
La fille la fixa un instant, semblant analyser ce que Luz venait d'expliquer. Elle finit par lâcher:
-Si tes parents sont morts tu voudras peut-être rester ici? C'est fait exprès pour les adolescents comme toi. La vie est dure, mais on apprend beaucoup. Et on se fait des amis. Et on a besoin de personne. Alors?
C'en était un peu trop pour Luz. Elle n'avait pas encore l'esprit tout à fait clair, elle accepta sans réellement peser le pour et le contre. Mais lorsqu'elle prononça "Ouais... Je veux bien", les yeux bleus de la fille se réchauffèrent d'un coup, et son visage s'illumina même d'un sourire.
-Alors bienvenue à Wild Souls. Je m'appelle Loïse, enchantée!
~~~~~~~~
-Tu peux te lever?
-Ouais... je crois.
Luz regretta ses paroles au moment où elle se mit debout. Ses jambes tremblaient, comme quand elle ne mangeait pas assez, et surtout, sa tête lui fit à nouveau le coup de "Et je tourne-tourne-tourne!". Elle vacilla, perdit l'équilibre, chercha à se rattraper à la toile de tente, se vautra lamentablement dans une pile d'habits. Elle jeta un coup d'oeil penaud à Loïse, mais elle semblait plus à moitié morte de rire qu'autre chose. Luz bafouilla une ou deux excuses, arrangea maladroitement les habits, et se leva à nouveau. Cette fois, Loïse lui vint en aide, et la jeune blonde (oui, car Luz' était bel et bien blonde... En fait elle ressemblait un peu à Shailene Woodley, mais en plus blonde) parvint à tenir sur ses jambes. Elle songea qu'elle avait un peu trop de similitudes avec Bambi quand il naissait, à ce moment là.
Quoiqu'il en soit, Loïse la mena dehors. Le soleil éblouit Luz, qui plissa les yeux. Il faisait chaud, mais c'était le mois de juin, après tout. Lorsqu'elle fut enfin habituée à la lumière naturelle, elle distingua toute une foule de visages qui l'observaient. Loïse s'exclama:
-Les gars, accueillez Luz, la p'tite nouvelle!
Silence royal. Luz baissa le regard, atrocement gênée.
-Fais pas gaffe, expliqua Loïse. Ils sont toujours comme ça au début, faut juste qu'ils apprennent à te connaître, et que toi aussi, tu apprennes à les connaître. T'inquiète. Si tu baisses pas les bras, tout devrait bien se passer. Mais t'es courageuse hein?
-Euh ouais, répondit Luz, sans vraiment être convaincue.
-Bon je t'explique. On est neuf, avec toi ça fait dix. On peut pas se permettre d'être plus, ça serait trop compliqué à gérer. Je te les présente: Jacky, Suzie, Elenore, Noë, Tristan, Max, et Lisa.
Luz avait compté en même temps. Ils n'étaient que neuf. Où était donc le dixième? Pourquoi Loïse ne lui en parlait pas? A moins qu'elle se soit trompée... Ca devait être ça.
-On vit en camp. On partage à deux une tente. Max et Tristan ici, Elenore et Lisa sont là, Noë et Jacky par ici. Moi, j'ai une tente pour moi toute seule parce que je suis la chef. Ouais c'est comme ça. Tu dormiras avec Suzie, c'est la dernière arrivée. Enfin c'était.
Suzie, aux cheveux châtains ondulés, et au visage aux traits parfaits que Luz ne put s'empêcher de jalouser, lui adressa un petit signe.
-Et cette tente un peu à l'écart, c'est celle d'un mec un peu troublé. Il est seul lui aussi, il supporte a du mal à supporter l'idée de pas avoir d'intimité. Je le comprends mais bon. S'il est là...
Loïse soupira et secoua la tête.
-Enfin bref. Oublie les feux de camp dont tu as peut-être rêvé, ici les soirées, c'est autour d'une lanterne. C'est tout de suite moins cool, mais on n'a pas le choix. Si on veut pas se faire repérer... parce qu'ici, discrétion, c'est le maître mot. Ca fait deux ans qu'on vit là sans se faire pincer par les flics, on détient un record. Parce que pour survivre, tout ce qu'on peut faire, c'est voler. Cambrioler. On prend de l'argent chez les honnêtes gens, et avec on achète de la bouffe, et si on peut se permettre, d'autres choses. T'attend pas à des repas de luxe. C'est vraiment sommaire. Le pire, c'est quand la question de l'eau se pose. On achète des bouteilles d'eau pour boire, on s'impose une ration assez précise. Et pour les bains, et le lavage des vêtements... C'est une douche par tente, à deux. Adieu ta pudeur.
-Qu..Qu... QUOIIII?
-Eh ouais. Mais fallait t'y attendre ma cocotte. Tu t'y feras. On fait chauffer l'eau de la rivière, et vous vous débrouillez pour vous laver avec ça. Et vous en profitez pour laver les habits. C'est à tour de rôle. Autant te dire que tu peux te brosser pour avoir une douche tous les jours. C'est un peu dégueulasse, mais on n'a vraiment pas le choix. Toutes les commissions, c'est très loin du camp. Voilà, c'est tout ce que je peux te dire. Ah aussi, on ira t'acheter des vêtements, enfin, le peu d'affaires personnelles que tu pourras avoir. Si t'as d'autres questions tu viens me voir... Moi je te laisse!
Luz resta seule au milieu du camp. Elle commençait à regretter son choix. Elle marcha un peu, jusqu'à la rivière, qui était cent mètres plus loin environ. Elle enleva ses chaussures, pour s'avancer dans l'eau. Malgré la chaleur de l'air, elle était glacée. Luz resta cependant ainsi, à fixer ses orteils. Lorsqu'elle ne les sentit plus, elle se retira sur la berge, puis fixa la forêt de l'autre côté, en se demandant si ça n'était pas dangereux. Elle capta un regard. Un garçon frêle, assis contre un tronc, au regard... Au regard... Indescriptible. Un mélange d'émotion bouscula Luz, le garçon détourna les yeux, et le rouge monta aux joues de la jeune fille. Elle était gênée, comme si elle avait pénétré un endroit où elle n'aurait pas dû s'aventurer.
Elle se tourna, et regagna le camp, le regard du garçon gravé dans sa tête.
YOU ARE READING
B.R.O.K.E.N.
Teen FictionJe sais que quelque chose ne tourne pas rond chez moi. Je suis détraquée. Cassée. Comme une machine, dont on a un peu emmêlé les fils. Je n'arrive pas à me sortir de ça, de ce système vicieux qui m'entraîne encore et toujours plus profond. J'ai le p...
