Prologue

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Les écouteurs vissés dans les oreilles, je monte un peu plus le son de mon iPhone tandis que la voiture continue de filer sur la route. Mes yeux se perdent dans les bas-côtés sombres et flous, éclairés de temps à autres par de rares lampadaires. Un panneau m'indique que nous ne sommes plus qu'à 5 kilomètres de notre destination finale. Un profond soupire de lassitude m'échappe et mon père me lance un regard sévère au travers du rétroviseur. Il est 23h00 passé et je commence à en avoir assez de rouler. Je supporte de moins en moins bien les longs trajets. D'ailleurs, tout mon corps trahit mon agacement : mon pied tressaute nerveusement au rythme des basses de ma musique, je ronge mes ongles et des bouffés de chaleur montent par vague jusqu'à mon visage. J'ai un besoin pressant de me dégourdir les jambes et j'ai bien l'impression que je ne tiendrai pas une minute de plus sur le siège arrière de la BMW. Mon père actionne le clignotant et se déporte légèrement sur la droite. La voiture passe de l'asphalte lisse à une bande de graviers chaotiques, ce qui me met immédiatement en alerte. Le véhicule s'arrête sèchement.

_ Vas-y ! me lance mon père, appuyant son ordre d'un geste du menton en direction de l'extérieur.

La route que nous suivions coupait à travers une épaisse forêt de conifères. Je lance un dernier regard à mon frère qui ne fait que confirmer les dires de mon paternelle. Ni une, ni deux, je bondis hors de la voiture, tel un ressort, de peur qu'il ne change d'avis. Je saute par-dessus le fossé avec une aisance à en faire pâlir les champions d'athlétisme, puis je m'enfonce à une allure folle dans la forêt. Derrière moi, j'entends la voiture redémarrer et reprendre son chemin sur la route. J'allonge un peu plus ma foulée ; les fougères et les branches basses des arbres me fouettent le visage, mais je n'en ai rien à faire. J'inspire à grande goulée l'odeur familière de la forêt : sève sucrée, terre humide, fraises des bois, champignons... Un léger sourire étire mes lèvres.

Et je bondis. Mes muscles se contractent, puis se détendent dans un mouvement qui m'est devenu une habitude. Je me réceptionne sur mes pattes avant et mes coussinets s'enfoncent doucement dans l'humus frais. Les lambeaux de mes vêtements retombent derrière moi, tâches de couleurs vives au milieu du camaïeu terne du sentier. Mon père me passera encore un savon. Tant pis.

Dans mes veines mon sang bouillonne. Et je continue de courir, encore plus vite. La joie que me procure cette course m'arrache un hurlement sonore. Ma voix résonne et se répercute contre le tronc des immenses sapins et des chênes centenaires. Mes foulées souples et amples me permettent de traverser la forêt plus rapidement que le reste de ma famille. À quelques mètres de l'orée des bois, alors que les arbres se font plus épars, je m'arrête pour reprendre mon souffle et mon apparence « normale ». La voiture est sur le point d'arrivée, mais je reste tout de même à moitié cachée dans l'ombre des sapins. Finalement, la lumière des phares de la BMW vient percer les ténèbres de la forêt. Je sors de ma cachette et saute dans la voiture. Mon frère me tend une veste en sweat et un short que j'enfile en me tortillant sur la banquette arrière. Mon père ne dit rien et reprend sa route. Devant lui, un vieux panneau annonce la bienvenue à Beacon Hills.


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⏰ Last updated: Jan 10, 2016 ⏰

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She WolfWhere stories live. Discover now