Chapitre 3

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              Un matin, je m'éveillai avec une agréable sensation de sérénité. Cette nuit était passée si vite, alors que d'habitude je n'arrivais pas à fermer l'œil... Je mis quelques instants avant de me rappeler où je me trouvais. Puis je me levai et j'ouvris les rideaux. J'admirai la vie sauvage, le petit lac où des cygnes se laissaient glisser, la pelouse grignotée par de petits lapins gris, le bois au loin. Je n'avais aucune idée de l'heure qu'il pouvait être, et je m'en moquais. Je voulais me libérer de tout, même du temps.

Je descendis à la cuisine et j'ouvris les placards pour trouver de quoi me servir un petit-déjeuner. Des céréales, du porridge. Il restait un peu de café dans la cafetière à piston et j'en remplis une tasse que je fis chauffer au micro-onde. Il était agréable de prendre son temps et d'observer le paysage derrière la vitre, tout en dégustant des pancakes. Ici, malgré tout, cela commençait à devenir chez moi.

Le temps passa sans que j'en prenne conscience. Au bout d'un long moment, mes pensées m'entraînant, je sortis me promener près du lac que je voyais depuis ma fenêtre. Au bout de la rue, derrière la maison, un petit sentier prenait le relais et on accédait en quelques minutes à cette étendue d'eau derrière laquelle un bois s'adossait. A mon arrivée, des cygnes s'approchèrent de moi, et des moineaux, des canards, des mouettes rejoignirent l'eau du lac pour s'y désaltérer. Je n'avais rien à leur donner à manger. Je m'accroupis un instant pour les regarder. Au bord du lac, des milliers de pâquerettes tendaient leur cou sur l'herbe encore humide de rosée. Mon regard s'accrocha soudain sur un trèfle à quatre feuilles. Quelle chance ! Je le cueillis, il me porterait bonheur. Un souffle d'air chaud et sucré me traversa et je frissonnai.

Derrière le lac se trouvait un petit bois, dans lequel je m'enfonçai. Sous mes pas les brindilles craquaient, je pouvais sentir l'humus et les herbes fraîchement mouillées ; sous mes doigts l'écorce des chênes était rugueuse, et en levant les yeux les feuilles rendues fluorescentes par le soleil ressemblaient à d'immenses germes de vie.

Après quelques minutes de marche, j'arrivai à une barrière en bois, que j'enjambai. Derrière, un petit ruisseau faisait son chemin. Je le longeai en remontant sur la gauche, jusqu'à ce que j'atteigne un grand champ. Des perdrix s'envolaient devant moi. Je m'accrochais aux chardons, mes mollets se frottaient aux grandes herbes. C'était exaltant de découvrir tout ça juste à côté de chez soi. J'étais heureuse, seule dans la nature. C'était revivifiant, la campagne tout proche, le grand air et ces grands espaces. Je me sentais bien, mieux que depuis bien longtemps.

Lorsque je rentrai, l'après-midi se terminait. La promenade autour du lac m'avait éblouie et exaltée. Alors que je tentais de me résoudre à écrire un mot sur une carte postale pour Guillaume, la porte d'entrée s'ouvrit soudainement et un groupe d'hommes fit irruption dans la pièce.

Mathieu vint à moi :

« Anne, j'ai invité quelques collègues de travail... »

Il y avait un énergumène prénommé Donald, qui était venu avec son journal intime sous le bras, Ben, un écossais roux qui fumait la pipe, Tom, un grand gaillard aux cheveux blonds coupés au carré, portant un grand cardigan et un chapeau style détective privé, et Heinrich, l'allemand à petites lunettes. Alex amena des bières sur la table du salon, et je me joignis à eux. Ils parlaient tous si vite que je ne saisissais rien à leur conversation. Je me tournai vers Ben, et je tentai de lui parler ; il me fit répéter plusieurs fois, lui non plus ne comprenait pas ce que je disais.

« Tu as trop d'accent français. Je comprends rien à ce que tu dis. »

Je souris. Lui aussi avait un accent. Il roulait les « r » à tel point que ça en devenait comique. Je demandai à Donald pourquoi il gardait son journal intime avec lui quand il était en public.

Les Larmes du LacWhere stories live. Discover now