Chapitre 21

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J'étais couchée sur un lit, frigorifiée, dans une pièce silencieuse. Mes mains et mes chevilles étaient attachées aux quatres extrémités et un sac m'empêchait de voir quoi que ce soit.

Je m'étais réveillée il y a un moment déjà. Peut-être dix minutes, ou une heure :je n'avais pas la perception du temps. Depuis mon réveil, aucun bruit n'avait percé ce silence inquiétant.

J'avais de nombreuses fois essayé d'invoquer ma dague mais il me semblait que j'étais à cours d'aura. C'était très frustrant, surtout que je ne sentais pas Cérynie dans ma tête.

Finalement, j'entendis des murmures de l'autre côté de la pièce et j'entendis une porte grincer. Quelqu'un s'approcha pour s'asseoir au bord du lit. Je me tortillai pour m'éloigner de lui et peut-être pouvoir voir quelque chose. Un rire profond retentit et je me figeai. Je sentis ses doigts me caresser le ventre et je compris que j'étais assez dénudée pour qu'il puisse me toucher. 

Une rage s'empara de moi : ils m'avaient déshabillée et mise sur un lit, les jambes écartées. Ses doigts se baladèrent sur ma peau nue et je frissonnai. Il semblerait qu'il en soit flatté, mais j'avais juste froid, aucun désir n'était responsable. Qui désirerait celui qui allait la violer ? Certainement pas moi, même s'il était un incube. Il releva ma tête et me remit une mèche rebelle en place. Je tentai de le mordre et me débattis autant que je le pouvais. Je réussis à ce qu'il enlève sa main de mon visage. Il grogna et je sentis le lit s'affaisser un peu plus alors qu'il s'installait plus confortablement. Je ne savais pas comment et où il était, ce qui me faisait peur.

Mais avant qu'il ne puisse faire ce qu'il avait en tête, la porte s'ouvrit à la volée et j'entendis :

-Putain mais qu'est ce que tu fous ?! Ne la touches pas !

C'était Gabriel. Je le sentis se diriger d'un pas furieux vers l'inconnu. Celui-ci se releva mais il n'y eut pas le bruit typique d'une bagarre, seul le silence régnait. Au bout d'un moment, j'entendis enfin la voix de l'inconnu :

-Très bien.

Et il sortit. Je ne savais pas ce qui s'était passé et ça me perturbait. Maintenant que je savais qui était présent, je ne me retins pas :

-Détache-moi, gros con !

Il y eut un silence pesant. Je sentais son regard sur moi et, contrairement à l'autre, cela me fit de l'effet. Mais je tentai de ne rien laisser transparaître ; il ne me prendrait pas au sérieux. Il émit un petit rire adorable et le bruit de ses pas se rapprocha. Enfin, il fit quelque chose qui me fit plaisir : il enleva ce fichu sac puant.

Nous étions dans une pièce sombre éclairée par de nombreuses bougies. Le lit à baldaquin prenait tout l'espace et était couleur rouge sang, comme les rideaux qui ne laissaient passer aucune lumière. Le tout me faisait penser à une chambre pour une nuit de noces, ce qui devait certainement être le but, vu les personnes présentes. Je compris que j'étais en effet nue et dans une position très perturbante. Gabriel me dévorait des yeux et je me tortillai, tentant de réduire sa vue au maximum. Finalement, je me tournai le plus possible, autant qu'il voie l'arrière. 

Je lui lançai un regard assassin et il leva les mains en signe de paix. Tu rêves.

-Hé, comment résister ?!

-En restant gentleman, comme tu me l'avais dit !

Il rit.

-Je t'avais dit que je pouvais être très méchant, aussi.

Je levai les yeux au ciel.

-Tu m'as l'air plus démoniaque que méchant.

J'avais aperçu une pointe rouge s'agiter derrière lui. Évidemment que c'était un incube, il était trop beau pour être vrai. Il prit un air gêné, comme le faisait les petits garçons lorsqu'ils se faisaient gronder. Mais il fit une chose qui m'étonna : il s'empara d'une couverture disposée sur l'unique chaise présente et la déposa sur moi, cachant ma nudité.

-C'est mieux comme ça ?

-Oui...

Il hocha la tête et détourna le regard.

-Écoute, ce n'est pas parce que je suis un démon que je te veux du mal.

-Vous m'avez enlevée pour quoi, à ton avis ?

Il tourna rapidement les yeux vers moi. Son visage exprimait l'incrédulité, je me demandai pourquoi.

-Tu pensais qu'on allait te tuer ?!

Je haussai les épaules autant que je le pouvais.

-Vous êtes arrivés en grande pompe au QG.

Il se gratta la nuque, gêné. Son t-shirt noir se souleva un peu et dessina plus précisément ses muscles. Il devait certainement savoir l'effet que cela faisait et ne s'en privait pas. Il se rapprocha et je me crispai, mais il se contenta de s'asseoir au bout du lit. Il avait perçu mon angoisse et soupira. Sa main se posa sur ma cheville enchaînée et il me regarda droit dans les yeux.

-Jamais je ne te ferais du mal, Thina, je te le jure.

Malgré son apparente honnêteté, je restai sur mes gardes. Il m'avait assommée, enlevée et humiliée. Parce que oui, je me sentais humiliée après avoir été exposée à son regard masculin. J'étais très réservée et pudique. Mon expérience amoureuse se contentait des baisers que m'avaient volé Joan.

Maintenant que je pensai à lui, j'espérai qu'il ne serait pas assez obnubilé par sa nouvelle amie pour prendre de mes nouvelles et se rendre compte de ma disparition. Je pensai aussi à Carole et Spencer et je me maudis pour ma stupide erreur.

Gabriel ne semblait pas vouloir s'éloigner de moi et il commençait sérieusement à me taper sur les nerfs. Je voulais aller droit au but :

-Dans ce cas, que me voulez-vous ?

-Nous aimerions que tu nous aides à libérer notre Reine.

-Bien sûr, dès que je vous aurai tous décimés !

Il secoua la tête, totalement sérieux.

-Je te répète que nous ne voulons pas ton malheur.

-Bon, admettons que je te croie, qui dois-je donc libérer ?

-Je pensai ta réflexion plus rapide.

-Comme tu l'as dit il y a je-ne-sais-combien-de-temps, niveau intelligence et discrétion, j'ai encore du chemin à faire.

Il rit. Ce son grave caressai ma peau, doux comme du velours.

-Je te taquinai, chérie.

Je tiquai à ce surnom.

-Je ne suis pas ta chérie.

Il balaya mon commentaire de la main, mais ses yeux me disaient que ce n'était pas fini.

Dans tes rêves.

-Voyons, Thina, nous sommes beaux comme des dieux...

Ouais ben pas besoin d'en rajouter, on le savait...

-...  et tout le monde nous aime.

Sauf moi.

Attendez une minute.

-Tout le monde vous aime, hein ?

Il haussa les épaules.

-À part toi, ouais.

-Vous êtes aussi arrogants que votre Reine.

Ses yeux brillèrent.

-Tu te trompes, Thina. Aphrodite n'est pas arrogante, elle dit la vérité, comme nous.

Et voilà un troisième dieu à sauver.


Chasseuse de DémonsWhere stories live. Discover now