« C'est bien par là ?
- Oui, vous continuez en longeant le terrain de golf, puis vous prenez la petite route de traverse, et vous arrivez à Lochan Wynd.
- Merci ! »
Je suivis les indications du vieil homme à la pipe. Il collait bien avec l'idée que je me faisais de l'endroit. Après avoir longé d'immenses cours de golf d'un vert vif, tirant dernière moi mes grosses valises, malgré la fatigue du voyage, je parvins à destination. Je tenais encore à la main l'ébauche de plan que j'avais dessinée et sur laquelle se trouvait l'adresse complète ; je vérifiai ; c'était bien là. La porte n°7 se présentait devant moi, et je sonnai.
Je me trouvais dans une ruelle pavée, on pouvait voir de la mousse sur les pierres et jusqu'aux marches de la maison. L'air était humide, il avait plu. Je me rendis compte que mon sac de voyage était arrêté sur une flaque d'eau et je le déplaçai en pestant contre moi-même. Je sonnai à nouveau. Normalement, mon arrivée était attendue.
La porte s'ouvrit soudainement, puis suivit un long grincement. Je ne voyais personne dans l'encadrement de l'entrée mais j'empoignai mes bagages et je montai les quelques marches pour entrer.
« Bonjour ! C'est Anne... »
Pour toute réponse, j'eus un signe de la main d'un homme au téléphone qui s'éloignait en traînant des pieds. Quel accueil... Je me permis de visiter, puisque c'était dans cette maison que j'allais habiter désormais. Au rez-de-chaussée se trouvaient une minuscule salle de bain, une cuisine, une terrasse et un salon. Dans la cuisine, la vaisselle gisait dans l'évier et la table était couverte de tasses de café à moitié vides, de verres de vin à moitié pleins, de mégots de cigarettes, de journaux épars. Le salon aussi était un chantier : des parts de pizza abandonnées gisaient à côté de DVD et les coussins du canapé étaient dispersés sur le sol. La fenêtre était à trois faces, avec vue sur les toits et la petite rue.
En retournant vers l'entrée, j'aperçus une chambre, la porte était entr'ouverte et je pouvais entendre des bribes de la conversation de l'homme au téléphone. Je montai à l'étage par l'escalier en bois. En haut, une moquette d'un vert gazon recouvrait tout le sol. Il y avait une autre salle de bain et trois chambres. Je n'eus pas de mal à trouver la mienne : c'était celle qui était vide.
Le chauffage était allumé, cela me semblait un peu prématuré pour un mois de septembre encore doux. Il y avait un grand bureau avec un siège à roulettes, une télé accrochée en hauteur sur le mur, un fauteuil de repos, un grand placard, un petit lit en face, avec une table de chevet. Dans le tiroir, une bible. Tout était propre ; le lit était fait, il y avait des cintres dans la penderie et un sac plastique dans la poubelle, et même un petit cadeau de bienvenue, une tasse ainsi que des prospectus sur la ville : « Vous serez charmés par l'atmosphère intemporelle de St Andrews. » J'étais prévenue...
Je m'approchai de la seule fenêtre, sans volet, mais équipée de rideaux occultants fleuris. Elle s'ouvrait en coulissant vers le haut, comme dans certains films étrangers. La vue donnait sur un bois précédé d'un petit lac, où des oiseaux venaient s'abreuver. C'était calme et reposant.
Je montai les valises dans ma nouvelle demeure. Je ne me sentais pas très bien. Après une nuit blanche à l'aéroport, passée à regarder un escadron de femmes de ménage astiquer les sols, il était normal d'être éreintée, mais ce n'était pas seulement la fatigue et je le savais. Depuis exactement huit mois, mon quotidien était devenu insipide. J'étais dans un état de manque perpétuel que rien ne pouvait combler. J'avais besoin de faire une parenthèse dans ce long paragraphe mal écrit qu'était ma vie, de m'en aller au loin.
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Les Larmes du Lac
General FictionAnne perd son bébé pendant la grossesse. Après ce drame, perdue psychologiquement, elle décide de tout quitter et de partir dans une jolie petite ville d’Ecosse, St Andrews. Elle s’installe dans une maison au bord d’un lac, prête à tourner la page...
