Maxime Berthapayer, start-upeur

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Il en avait eu marre. De la machine à café. Des horaires imposés. Des réunions à n'en plus finir. Des hiérarchies arbitraires dans des catégories établies via des écoles réussies à 21 ans ou par des flagorneries d'une vie basse permettant de s'élever.

Il en avait assez des décisions repoussées à son corps défendant. Alors qu'il avait présenté correctement tous ses scénarios et toutes ses solutions en temps voulu.

Il en avait soupé de ne pouvoir prendre lui-même les décisions. Il eu le ras-le-bol de la sociabilité obligatoire d'entreprise.
Mais le salaire était confortable. Il tombait tous les mois. Il payait les factures d'une existence. Une existence au sein de laquelle, il faut le dire, il s'ennuyait comme un rat mort. Un rat mort crevant de peur d'être viré ou sanctionné durant les entretiens annuels.

Alors il avait commencé à penser un peu dans son coin. Trouvé une idée. Bossé le concept. Testé. Economisé quelques sous. Rencontré du monde. Participé à un Start-up Week-end.
Il voulait faire vivre son rêve. Et vivre de son rêve. Sa projection du travail à lui. La manière propre de de bosser. Avec les autres. Son entreprise. Démarrer un jour prochain. Démarrer fort. Sa start-up.

Il s'est barré de son boulot salarié. Démission à l'amiable de ce monde peu aimable.

Un chèque. Pas très grand. Et puis indemnités pendant presque deux années. Le temps de créer après avoir rêvé. Il savait pas s'il était prêt. Il y est allé.
Et l'aventure qui commence. Etabli, balancé dans la corbeille numérique son business plan. Puis refait encore. Son business plan. Ce document aussi court que révélateur.

Il avait aussi épluché les aides aux entreprises. Avait en plus rencontré les représentants locaux de la BPI.

Cela avait commencé un peu chez lui, ensuite en coworking : à la Cordée, puis en louant un local partagé avec des potes bossant en indépendants sur la place Stalingrad.

Il avait pitché son projet devant des investisseurs. Pas toujours réussi à les convaincre. Mais un peu intéressé certain d'entre eux. Il avait perdu et remporté des concours de start-ups.

Mille fois il a pensé, repensé son idée. L'a adaptée, réadaptée.
Il a commencé seul. Puis avec un stagiaire. Au début, il achetait des prestations de graphiste en free-lance. Flippait aussi pour le développement de sa solution. Et si techniquement cela ne marchait pas, son idée ?

Il avait besoin de fonds pour lancer des choses. Embaucher un développeur. Au moins sur quelques temps. Le développeur, ce quaterback des équipes s'élançant à l'assaut du web business. Certes, en attendant son « dév », il pouvait jongler avec les stagiaires, les freelances etc...mais c'était risqué. Entre le temps qu'un nouvel arrivant s'approprie ce qui avait déjà été écrit et le risque de fuite, il marchait sur un fil tendu dans le vide.

Laurent avait besoin de sous, de cash, de thunes. Pas possible d'avoir un client, LE FAMEUX premier client avant d'avoir une vraie proposition à lui faire.

Et le nombre de fois où tu tombes sur du bidon qu'il faut distinguer du vrai. Des grenouilles qui se font passer pour des boeufs. Investisseurs plus intéressés par les mondanités que par l'investissement dans les boites. Et aussi les faux patrons au discours plus entrepreneurial que les vrais, mais surtout vrais mythos. Et aussi certains influents en carton, censément bien introduits mais metteurs en contact avec le vent.

Il avait su slalomer entre tout cela. Et dans un milieu qui va très vite, les postures de pure forme ne le restent pas toujours longtemps.

Ce matin il était heureux : coup sur coup, la BPI et un investisseur important lui avaient dit oui.

Un soleil qui explose dans le coeur. La possibilité de mener sa barque et de créer vraiment son offre. Espérer de futurs clients. Voler de ses propres ailes. Loin des contraintes obligées des sociabilités des machines à café.

On entreprend pour pleins de raisons. Mais les premières sont souvent les mêmes quel que soit celui qui s'y lance. Etre libre. Faire vivre une idée.


Ce matin, il se sent vivant.


Guillotière(s)Where stories live. Discover now