À toutes celles et ceux qui ont peurs de faire face à leur destin.
Car la vie n'est qu'une tour, et qu'il ne vous reste qu'à la gravir.
Aujourd'hui marquait le commencement de notre ascension au Pilier du Ciel ; la plus haute tour du monde qui soit, dont personne ne connaissait le secret.
Mais pour le moment, nous avancions péniblement dans les broussailles et les épais buissons de ronces qui jonchait notre chemin. Tio, mon frère, nous frayait tant bien que mal un passage avec sa dague. Cette étape était bien plus longue que je ne le pensais. Mon père m'avait dépeint la forêt qui entourait la tour sacrée comme un endroit luxuriant et abondant où se profilait les plus beaux paysages de verdure qu'on trouverait dans tout Altea. Mais pour l'instant, les schémas d'arbres, d'hautes herbes et de ronces se répétaient pendant ce qui me semblait être de longues heures.
Le soleil était bien haut dans le ciel. Il était donc sans doute midi. Quand nous atteignons enfin une clairière, Tio décida que l'on s'arrêterait pour manger. Il déposa une couverture au sol et nous passa nos pains aux légumes et à la volaille. Nous nous asseyions donc en tailleur et commencions a manger. Après de longues minutes sans parler, Evros décida enfin de prendre la parole.
« Bon, c'est quoi vos attentes ? Sur la tour je veux dire, « Le Pilier du Monde » comme on l'appelle... enfin, tout le monde parle du monument le plus haut et le plus impressionnant du monde n'est-ce pas... vous pensez que c'est vrai ?
Je pouvais bien voir qu'il y avait de l'appréhension dans sa voix, après tout, c'était mon ami d'enfance alors c'était comme si je pouvais le lire comme dans un livre ouvert.
- Je pense, dis-je après réflexion, que ce ne sont que des légendes. Après-tout, comment peux-t-elle être haute à en soutenir le ciel ? Aucun humain ne pourrait même bâtir sa moitié.
Je me tournai vers mon grand frère. Il avait l'air perdu dans ses pensées. Ses cheveux étaient ébènes, comme les miens alors que ces yeux étaient d'un bleu profond et foncé comme ceux de notre père. Les miens étaient plutôt gris et clairs hérités de ceux de ma mère. Nous avions tout deux des tâches de rousseurs sur le visage et un caractère terre à terre.
- Et toi, qu'en pense-tu ? Lui demandais-je. »
Je passai ma main dans mon carré sombre et soufflai. Il n'écoutait rien, comme à son habitude. Il se fichait sûrement totalement de la tour en elle même, il ne s'intéressait qu'aux trésors qu'on pourrait trouver las-bas et qui permettraient de nous enrichir. En effet, si nous étions partis en expédition aussi loin de notre patelin, c'était pour récupérer de rares objets qui se revendraient chères. Notre père étant un marchand spécialisé dans la revente de babioles venant de loin et ayant une histoire incroyable, nous parcourions de puis tous petits ; mon frère, mon meilleur ami et moi-même les possibles reliques anciennes cachées au cœur des monuments historiques. C'était sûrement illégal, malgré le fait que nous tachions de ne pas dégrader les lieux en eux-mêmes. Mais c'était le moyen de gagner notre vie.
Je décidai donc de me taire et de finir ma nourriture en silence. Après que nous ayons finit notre repas, la bande décida (Tio plus précisément car il en était le chef) que nous ferions une sieste, pour récupérer de notre long périple à travers les bois. Celui-ci s'allongea en dessous d'un large sol-pleureur et Evros commença à cueillir des champignons comestibles, ici et là dans les recoins moussus, qui serviraient sûrement le long de notre aventure. Moi, je m'assis sur la plus haute roche d'un amas au coin de la clairière pour guetter les dangers qui pouvaient arriver, on était jamais trop prudents.
Je dégainai un poignard que j'avais attaché à un long ruban rouge qui m'agrippait le poignet. Ce faisant, j'étais sûr que le couteau que j'envoyais directement se planter dans la tête d'un monstre me reviendrait toujours. Je l'examinai avec soin. Sa lame plate était faîte d'argent et ses bords légèrement arrondis. Une longue colonne était gravée en son long, ornementée de feuilles de lauriers. Son manche, quand à lui, était fait de cuir teint en doré et gravé de symbole d'une langue indéchiffrable. Le tout semblait n'être qu'une lame d'apparat faite pour les cérémonies mais cette apparence était trompeuse, elle était en réalité bien plus tranchante et dangereuse que l'on ne pouvait s'imaginer. Je sorti de ma sacoche en cuir une pierre à aiguiser et je commença à l'affuter délicatement. Cette arme, transmise dans ma famille de mère en fille était considérée comme sacrée, malgré cela, au fil des générations, nous avions perdus toute attirance pour la religion ou pour les dieux. Après tout, le monde se modernisait et les anciennes légendes s'effaçaient au fil du temps. Seuls les récits de ma mère et cette dague porte-bonheur avaient perduré. Malheureusement, ma mère avait disparue peu avant mes quinze ans, et après ces trois longues années sans elle, nous en avions conclue qu'elle était décédée. Avait-elle été tuée par un monstre ? Assassinée par un pillard ? Nous n'avions jamais pu deviner la raison de sa fuite, mais surtout ce qui avait dérobé sa vie. Cette disparition soudaine avait traumatisé mon frère, qui ne parlait et ne riait plus autant qu'avant. Et pour ma part, je m'étais juré de prendre soin et de protéger le reste de ma famille. Coûte que coûte. Pour ce faire, je me devais d'être assez forte, je m'entraînais chaque jour au couteau et aux arts martiaux, je devais me préparer à toute éventualité et ne jamais baisser ma garde.
Les frottements réguliers du métal contre la pierre et le soleil qui me réconfortait de sa douce chaleur à travers ma tunique bleue fit que je ne tarda pas à somnoler. D'un long bâillement je redressai une mèche de ma frange qui s'était mise à travers mes yeux et ce mouvement me fit remarquer le frémissement d'un buisson un peu plus loin. Je tournai mon regard pour voir si c'était la fatigue qui me faisait halluciner, et non, j'avais bien raison. Ce bosquet de baie continuait à se secouer, tel le bruit d'un carillon. Je sautai de l'entassement rocheux et me dirigeai à pas feutrés vers la chose, arme en main. Si c'était un lapin, et bien nous aurions notre repas de ce soir, et si c'était un monstre... je suppose que mes longs entraînements porteront enfin leurs fruits. Quand je fut assez proche, je ne réfléchis pas une seule seconde et plantai la verdure. Je n'eus le temps que de reculer de stupeur face à la chose qui bondit, que le paysage devint noir autour de moi.
J'étais dans le vide, j'étais seule, et tout ce que je savais c'est que j'avais mal à la tête, terriblement mal à la tête.
« Il y a quelqu'un ? Hurlais-je.
Il n'y avait personne. Le cœur battant et m'agrippant au mur, je me soutins la tête face à cette migraine qui s'intensifiait de plus en plus. Attendez, un mur ? Quelle fit ma surprise, quand je devinai enfin l'environnement qui m'entourait. J'étais dans un couloir de pierre froide, aux façades seulement ornés de torches et de symboles anciens. Je ne savais pas pourquoi, mais cela me disait quelque chose. Je n'osai pas poussée cette réflexion trop longtemps, de peur d'aggraver encore plus ce feu incontrôlable qui me parcourait les tempes. J'avançai tant bien que mal, un pas après l'autre. Le temps semblait s'éterniser et le silence ne se brisait qu'à l'occasion de mes pas lourds et pénibles, qui retentissaient dans la pénombre. J'atteignis enfin une autre salle, beaucoup plus large cette fois-ci. Je m'écroulai, cette douleur s'intensifiant de plus en plus maintenant dans tout mon corps.
Malgré mon envie de m'évanouir pour ne plus ressentir cette corvée, je ne pus m'empêcher d'observer ce lieu. Deux hautes torches d'un feux blanc immaculé encadrant une statue d'argent. Celle-ci représentant une femme, en position de prière, une couronne de lauriers dorés entourant sa tête. Maintenant, mon corps tout entier était devenu une torture et je tremblait d'effort rien que de soutenir mon regard sur cet endroit. Les couleurs semblèrent s'intensifier, et une sensation d'étirement me tailladait de l'intérieur. Je voulu hurler, me débattre, pleurer, mais mes yeux ne m'écoutaient pas, ils étaient fixés sur cette statue et incapables de bougés. Centrant mon intention plus précisément sur elle en faisant difficilement abstraction de la douleur, je me rendit compte qu'elle était vivante, elle me parlait. Elle appelait mon nom. Ses paroles m'arrivaient aussi distinctement que si elles étaient miennes.
- Asra Reilip. Prononça-t-elle. Fille de Agathe Reilip. Le décompte débute ici, et maintenant. Sois prête... Et fais face à ton destin.
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Le Pilier du Ciel
FantastikTrois voyageurs nommés Asra, Evros et Tio s'aventurent au « Pilier du Ciel », une tour s'élevant jusqu'au plus haut du monde et connue pour les évènements étranges et inquiétants qui arrivent à quiconque tente de la gravir. Malgré son esprit cartés...
