12h10

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Tout a commencé un midi ordinaire. Ou presque.

Il était exactement 12 h 10.

À cette heure-là, la cour de l'école était toujours bruyante. Les élèves sortaient des salles, certains se dirigeaient vers la cantine, d'autres se retrouvaient entre amis pour discuter. Les rires se mélangeaient aux cris et à la musique qui venait d'un téléphone posé quelque part.

Moi, j'étais assise avec mes amies, un sourire accroché aux lèvres.

Je riais.

Je plaisantais.

Je faisais exactement ce que je savais faire de mieux : faire croire que tout allait bien.

Personne ne devait voir ce qui se passait réellement dans ma tête.

Depuis quelque temps, j'avais cette étrange impression d'être présente sans vraiment l'être. Je pouvais parler avec quelqu'un, rire avec mes amis et même passer une bonne journée, mais une partie de moi restait toujours enfermée dans un coin de ma tête.

Alors je souriais.

C'était plus simple.

Les gens posaient moins de questions quand on souriait.

Je regardais mes amies discuter lorsqu'une voix derrière moi m'a fait tourner la tête.

— Tu souris beaucoup.

Je me suis retournée.

C'est là que je l'ai vu.

Il était debout à quelques mètres de moi. Vêtu principalement de noir, il avait une attitude calme, presque froide. Il ne ressemblait pas aux garçons qui cherchaient constamment à attirer l'attention.

Son regard, lui, était différent.

Il me regardait vraiment.

Pas comme les autres.

Comme s'il essayait de comprendre quelque chose.

— Pardon ? ai-je demandé.

Il a légèrement souri.

— Rien.

— Si, tu viens de dire quelque chose.

Il s'est rapproché.

— J'ai dit que tu souriais beaucoup.

J'ai haussé les épaules.

— Je suis quelqu'un de joyeuse .

Il m'a regardée quelques secondes avant de répondre :

— Peut-être.

Je ne savais pas pourquoi, mais ce simple mot m'a mise mal à l'aise.

— Pourquoi tu dis « peut-être » ?

Il a baissé légèrement les yeux avant de les relever vers moi.

— Parce que ton sourire ne ressemble pas à tes yeux.

Je suis restée silencieuse.

Cette phrase m'a touchée plus que je ne voulais le montrer.

Personne ne m'avait jamais dit ça.

Les gens voyaient mon sourire et pensaient que j'étais heureuse.

Lui avait regardé plus loin.

— Comment tu t'appelles ? ai-je demandé pour changer de sujet.

— Kaël.

— Moi, c'est Naïla.

— Enchanté, Naïla.

Il m'a souri avant de repartir rejoindre ses amis.

À l'ombre de nos blessures Histórias para pegar e não largar. Descubra agora