Lila
Quinze ans plus tôt
Dernier dimanche du mois.
Le jour où le diable toque à ma porte.
Le jour où mon père reçoit ses deux meilleurs amis à la maison. Sauf que cette maison, c'est aussi la mienne et je dois supporter leurs fils tout l'après-midi.
L'horreur absolue.
À cause d'eux, je crois que je détesterai les garçons jusqu'à la fin de ma vie.
— Lila, ma chérie ? Tu t'occupes bien de tes invités, d'accord ? Je m'installe dans le jardin avec Jordan et Dario. Amuse-toi bien avec tes amis !
Mon père est toujours à côté de la plaque. Il ignore que les deux amis en question perdent complètement la tête quand il s'agit de choisir les jeux.
Leur préféré ? Le paintball revisité.
Pas de billes de peinture mais des bombes à eau. Et leur cible favorite...c'est moi !
— Je ne jouerai pas à ce jeu aujourd'hui ! je déclare en croisant les bras sur mon torse. J'en ai marre, vous m'arrosez tout le temps !
Mes deux bourreaux se regardent en haussant les sourcils.
— Allez, Lil'... On fera attention de ne pas te faire mal cette fois-ci, c'est promis !
Sandro, douze ans et l'énergie d'un ouragan. Le premier rouleau compresseur.
Il prend son regard de chien battu qui me ferait presque pitié... Je suis toujours trop gentille et je me laisse facilement convaincre pour lui faire plaisir. Nous vivons dans le même quartier depuis toujours et d'habitude, il est super gentil avec moi, même s'il fréquente trop souvent les mauvaises personnes à mon goût. Le bureau du directeur n'a plus de secret pour lui. Il faut dire qu'il y passe sa vie à cause de ses bêtises. Son autre défaut est qu'il adore jouer à ce foutu jeu et qu'il devient incontrôlable dans ces moments-là.
— Non ! Je refuse ! Allez vous tirer dessus tous les deux.
— Ce serait beaucoup moins drôle... Tu te dégonfles, Flippette ?
Vicente, second bulldozer, même âge, même passion. Sniper de son surnom. Obsédé par les arts martiaux, du genre tête brûlée, qui cherche le danger partout, tout le temps. Fatigant.
— Si tu joues, je veux bien participer ensuite à un de tes spectacles de danse débiles.
Je cligne des yeux en entendant sa proposition. La danse est ma passion. Sandro et Vicente en ont déjà fait les frais, mais ce dernier s'arrange toujours pour gâcher le spectacle en choisissant un costume ridicule pour ruiner ma chorégraphie. Du genre : un déguisement de poireau au milieu d'une danse de princesses et de chevaliers.
— Ça ne m'intéresse pas, je tente de mentir. Tu gâches toujours le spectacle de toute façon !
— Et si j'accepte de mettre le déguisement de ton choix ? propose-t-il en souriant dangereusement.
Tellement facile de me convaincre avec mes trois ans de moins. Il a toujours les mots qu'il faut. Je l'imagine déjà à quatre pattes dans un costume de cheval, avec moi sur son dos.
— D'accord... je lâche avec un peu trop d'excitation dans la voix.
Les deux garçons se tapent dans la main pour célébrer leur victoire.
— Mais à une seule condition, je me dépêche d'ajouter. Sandro vient dans mon équipe !
Mon ami pâlit à vue d'œil. Chacun son heure de loose... Il sait très bien ce qui l'attend. Vicente est le meilleur tireur d'entre nous au paintball.
Précis.
Rapide.
Imbattable.
The sniper. Exterminator.
Sandro n'a aucune envie de lui servir de cible et je le comprends parfaitement. Je rigole dans ma barbe. Ils ont tellement envie que je joue, qu'ils vont être obligés d'accepter mon deal.
— Sandro ? se moque Vicente. Désolé, mais tu vas devoir accepter pour qu'on puisse s'amuser. En route pour le champ de bataille !
Ce qu'il appelle notre champ de bataille n'est autre qu'une petite forêt collée à notre jardin. Cet espace est suffisamment grand pour nous permettre de jouer tranquillement et de trouver des tonnes de cachettes : pas moyen de se faire tirer dessus comme des lapins trop rapidement.
Nous passons près de ma mère et de celle de Sandro, assises sur la terrasse à boire un café. Je les aurais bien prévenues du calvaire qui m'attend mais je ne tiens pas à me faire traiter de cafteuse en plus.
— Pourquoi ta mère ne vient jamais chez nous ? j'en profite pour demander à Vicente.
Celui-ci soupire d'agacement avant de me répondre.
— Je te l'ai déjà dit, Flippette... T'es un vrai poisson rouge quand tu t'y mets ! Ma mère est occupée par son travail quelque part à l'étranger. Elle n'a pas le temps pour ces conneries de café.
Je lui tire la langue dans son dos pendant qu'il ne me regarde pas. Pas le courage de l'affronter, je n'ai pas envie de me prendre une dérouillée. À mes côtés, Sandro traîne exagérément les pieds pour manifester son mécontentement.
— Il nous faut un plan, Lil', murmure-t-il à mon oreille. Il est hors de question que je perde !
J'écoute sagement sa stratégie pendant que Vicente nous mène au cœur du petit bois où va se dérouler notre combat. À peine arrivé, il jette le matériel sur le sol poussiéreux.
— Cinq minutes pour préparer les munitions, les loosers ! Et la bataille commence...
Un bip retentit sur sa montre : il vient de lancer le compte à rebours. La tension monte aussitôt d'un cran. Les mains tremblantes, j'attrape un ballon pour le remplir d'eau à l'aide d'une grosse pompe. C'est là que ça se complique. Les ballons, très fins pour pouvoir exploser facilement, sont beaucoup trop fragiles. J'en éclate deux avant de réussir à être efficace, ce qui me vaut un regard noir de la part de mon partenaire. Même pas peur. Je lui réponds avec un grand sourire.
Il va connaître l'enfer avec moi...
Quelque part dans la forêt, une alarme résonne soudain. La fin du temps fatidique. L'heure de notre exécution. Car, inutile de rêver, malgré le plan apparemment génial de Sandro, je vais prendre cher. Des litres d'eau sur moi. Pas de risque de déshydratation en vue.
Vicente me trouvera où que j'aille. C'est ce qu'il fait toujours. Aujourd'hui, demain et toutes les années qui viendront après.
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Hack me, I'm tasty
RomanceVicente traque la drogue. Lila vend des gâteaux. Tout le réseau défile dans sa pâtisserie...mais elle n'en a aucune idée. 🧁🧁💣💣🧁🧁 Lila rêve d'une vie calme et pleine de sucre. Tout le contraire de Vicente : flic aux stups, méthodes borderline...
