🖤 CELLE QU'ON N'APPRIVOISE PAS
CHAPITRE 1 — DEHORS
PDV CAMÉLIA
La porte se referma derrière moi.
Je restai quelques secondes devant l'orphelinat, mon sac sur l'épaule.
Je regardai le bâtiment.
Dix ans.
Dix ans ici.
Et aujourd'hui, je partais.
Définitivement.
— Camélia !
Je me retournai.
Une éducatrice se tenait devant la porte.
— Tu as tout ?
Je regardai mon sac.
— Oui.
— Tu sais où tu vas ?
— Oui.
Elle me regarda avec inquiétude.
— Si tu as besoin de quelque chose...
— J'ai pas besoin.
Elle soupira.
— Tu n'as pas changé.
— Tant mieux.
Je tournai les talons.
Je n'avais pas envie de pleurer.
Je n'allais pas pleurer.
J'avais attendu ce jour trop longtemps.
Je voulais être libre.
Même si personne ne m'attendait dehors.
⸻
Une heure plus tard, j'arrivai devant mon nouvel immeuble.
Je levai la tête.
Quatre étages.
Des balcons.
Des fenêtres ouvertes.
Des voix partout.
Des gamins jouaient dans la cour.
Une femme criait depuis son balcon.
— YOUSSEF ! RENTRE À LA MAISON !
Je soufflai.
— Ça commence bien.
J'entrai.
À peine avais-je fait trois pas qu'une voix retentit.
— Eh, nouvelle !
Je levai les yeux.
Un garçon était assis sur les marches.
Sweat noir.
Casquette.
Regard amusé.
— Quoi ?
— T'es nouvelle ?
— Non.
Il fronça les sourcils.
— Bah...
— Je viens juste visiter pour le plaisir.
Un autre garçon éclata de rire derrière lui.
— Elle t'a fumé.
Le premier se leva.
— Moi c'est Sofiane.
— Cool.
— Et toi ?
— Camélia.
— Tu habites où ?
Je le regardai.
— Pourquoi ?
— Comme ça.
— J'ai pas envie de répondre.
Il sourit.
— T'es froide toi.
— Et toi t'es curieux.
— Ça dépend.
— De quoi ?
— Des gens.
Je levai les yeux au ciel.
— Bonne soirée.
Je montai les escaliers.
Derrière moi, le deuxième garçon demanda :
— Elle est toujours comme ça ?
Sofiane répondit :
— J'en sais rien.
Puis il ajouta :
— Mais elle me plaît bien.
Je m'arrêtai une seconde.
Je me retournai.
— J'ai entendu.
Il sourit.
— Je sais.
— Évite.
— Quoi ?
— De parler de moi.
— Pourquoi ?
— Parce que j'aime pas.
Je repris les escaliers.
Il rigola.
— D'accord, Camélia.
Je murmurai :
— Quel casse-pieds...
