L'heure bleue
Il y a, juste avant le jour,
une heure qui appartient encore à la nuit.
Le ciel devient bleu
sans vraiment s'éclairer,
et le monde, pour quelques instants,
semble avoir oublié
qu'il devra bientôt recommencer.
Les fenêtres sont encore noires.
Les rues retiennent leur souffle.
Quelque part, un oiseau hésite,
comme s'il savait
qu'en chantant
il réveillerait le temps.
À cette heure-là,
rien n'est encore arrivé.
La journée n'a pas commencé,
les mots ne sont pas dits,
les portes ne sont pas ouvertes,
les absences ne font pas encore mal.
Même les regrets
semblent dormir encore.
On pourrait croire
que tout est possible.
Qu'il suffit de rester là,
immobile,
dans cette lumière fragile,
pour que le jour prenne
une autre direction.
On pourrait repartir.
On pourrait aimer encore.
On pourrait pardonner.
On pourrait devenir
quelqu'un que la veille
ne connaissait pas.
Mais le soleil monte.
Lentement, presque à regret,
il efface le bleu
et avec lui
cette étrange liberté.
Bientôt les rues parleront,
les téléphones sonneront,
les heures auront leur poids,
et chacun reprendra
la place qu'il occupait hier.
Alors je reste encore un peu,
dans cette dernière couleur de nuit,
à regarder le matin venir
comme on regarde partir quelqu'un
qu'on aurait aimé retenir.
L'heure bleue est peut-être cela :
le plus beau moment de la journée
parce qu'elle n'a pas encore commencé,
et le plus triste
parce qu'on sait
qu'elle va commencer.
Quelques minutes seulement
où le monde ne nous demande rien,
où tout pourrait encore être différent.
Puis la lumière arrive.
Et avec elle,
la vie.
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Entre les heures
PoetryTous ces instants qui n'ont l'air de rien jusqu'au jour où ils deviennent un souvenir. Il y a les jours dont on se souvient, et toutes les heures entre eux. Celles où rien ne semble arriver, et où pourtant la vie entière se glisse : une aube encore...
