Do-yun
Depuis plus de cinq ans... Enfin, c'est ce que je crois. J'ai perdu la notion du temps depuis bien longtemps. Les jours se sont mélangés les uns aux autres jusqu'à ne plus former qu'une interminable succession de lendemains identiques. Les saisons ont continué d'exister, mais je ne les remarque presque plus. Le ciel est constamment voilé par la fumée, les explosions rythment les journées et les nuits ne sont jamais vraiment silencieuses. La guerre fait rage sans laisser le moindre répit.
La Corée du Nord. La Corée du Sud. Deux pays qui, autrefois, n'en formaient qu'un seul. Une seule terre, un seul peuple, une seule histoire. Aujourd'hui, ils ne sont plus que deux camps prêts à s'entretuer jusqu'au dernier. Quelle ironie... Finalement, tout dans ce monde finit par se briser. Les pays se divisent, les familles se séparent, les promesses disparaissent et les hommes trouvent toujours une nouvelle raison de se haïr. À croire que la paix n'a jamais réellement existé.
Je m'appelle Do-yun. Je suis un garçon. Non... je ne suis pas soldat. Je ne porte pas d'uniforme, je n'ai jamais appris à manier une arme et je ne me bats pour aucun drapeau. Je n'ai pas de maison où rentrer lorsque le soleil se couche, pas de famille qui espère encore mon retour. Tout ce qu'il me reste, c'est un vieux collier de métal serré autour de mon cou et les souvenirs d'une cage dont je ne parviens toujours pas à oublier les barreaux.
Je vous rassure... je ne suis pas un chien. Je suis un être humain. Pourtant, pendant des années, on m'a traité comme si je ne valais pas davantage. Une gamelle posée au sol, des chaînes, des ordres, des coups... C'était mon quotidien. Je n'avais pas le droit de parler, encore moins celui de rêver. J'existais uniquement parce que quelqu'un l'avait décidé. Le jour où les premières bombes sont tombées, les murs de cette prison se sont effondrés dans un vacarme assourdissant. Sans réfléchir, j'ai couru aussi loin que mes jambes me le permettaient. Je croyais quitter l'enfer. En réalité, je ne faisais que changer de prison.
Dehors, le monde n'était plus qu'un immense champ de ruines. Les immeubles éventrés se dressaient comme des squelettes au milieu des rues, des voitures brûlaient encore sur le bord des trottoirs et une épaisse fumée masquait presque entièrement le ciel. Chaque explosion faisait trembler le sol sous mes pieds tandis que des colonnes de poussière s'élevaient au loin. Des soldats traversaient les avenues en courant, les armes serrées contre eux, sans jamais ralentir. Les survivants, eux, baissaient la tête et continuaient d'avancer en silence, comme si regarder autour d'eux risquait de les briser un peu plus.
Je marche parmi eux depuis des jours. Ou peut-être des semaines. Je ne sais plus. J'essaie simplement de continuer. Lorsque je trouve un peu d'eau, je la partage. Lorsque quelqu'un tombe et que j'en ai encore la force, je lui tends la main. Ce ne sont que de petits gestes, presque insignifiants dans un monde où tout s'effondre, mais ils me rappellent que je suis encore humain. Si je cesse d'aider les autres, alors ceux qui m'ont enfermé auront finalement réussi à faire de moi ce qu'ils voulaient.
Pourtant, mon corps me rappelle chaque jour ses limites. Depuis mon enfance, on me répète que je suis trop faible, trop maigre, trop fragile pour survivre seul. Que je ne servirai jamais à rien. Au fil des années, ces mots ont fini par s'ancrer en moi jusqu'à devenir une seconde voix, toujours présente au fond de mon esprit. Leur but n'était pas seulement de m'enfermer. Ils voulaient que je finisse par croire que je ne méritais pas de vivre autrement. Et pendant longtemps... je les ai crus.
Aujourd'hui, je n'ai plus de cage. Plus de chaînes. Pourtant, une partie de moi est restée enfermée là-bas. J'avance sans savoir où je vais réellement. Chaque nouveau jour ressemble au précédent et chaque pas pourrait être le dernier. Malgré tout, je continue de marcher. Parce qu'au fond, tant que je suis capable de mettre un pied devant l'autre, il reste peut-être encore une raison de croire que tout n'est pas terminé.
J'ai appris une chose au milieu de cette guerre. Les prières ne font pas taire les bombardements. Les larmes ne reconstruisent pas les maisons détruites. Personne ne viendra sauver ceux que le monde a déjà oubliés. Si tu n'es rien, alors personne ne te remarquera. Il ne reste qu'une seule solution : avancer. Encore. Toujours. Même lorsque ton corps te supplie de t'arrêter. Même lorsque ton cœur ne croit plus au lendemain.
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Entre les ruines
RomanceLa guerre ne laisse jamais vraiment les gens derrière elle. Dans une Corée ravagée par les combats, les villes ne sont plus que des silhouettes de béton, les rues sont désertes et chaque jour ressemble au précédent. Do-yun n'a plus rien. Pas de mais...
