Chapitre 1: le commencement

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Le soleil du matin percait à peine à travers les arbres, baignant le dojo d'une lumière douce et encore fraîche. C'était un matin calme, du moins jusqu'à ce que le sifflement aigu des sabres en bois ne déchire le silence.

Face à face, deux silhouettes bougeaient avec une précision millimétrée. Aoi Shin maniait son bokken avec ferveur, appliquant rigoureusement les postures du tennen rishin-ryū. Face à lui, son adversaire n'était autre que son ami d'enfance, Rin Kogane.

L'entraînement commença. Les coups s'echangèrent entre les deux adolescents dans un rythme effréné. Le bruit sec des morceaux de bois qui s'entrechoquaient résonnait contre les murs. Aoi tenta une feinte, un assaut rapide vers le haut, mais Rin anticipa le mouvement d'un simple pivot du corps. D'un coup sec et maîtrisé, le bokken de Rin vint se caler tout contre la gorge d'Aoi.

Aoi Shin avait perdu.

Rin abaissa lentement son arme, un grand sourire amusé aux lèvres, tout en reprenant son souffle.

- Pas mal, pas mal du tout ! Franchement pour un gamin de... attend, quel age déjà? Quatorze ans ? C'est vraiment impressionnant, rigola Rin en essuyant une goutte de sueur sur son front.

Aoi soupira, rangeant son bokken avec une moue boudeuse.

- Arrête tes bêtises, Rin. Tu sais très bien que j'ai seize ans. Tu le fais exprès à chaque fois.

- Ah, seize ans ! C'est vrai, s'exclama Rin en frappant ses mains l'une contre l'autre avec une fausse surprise théâtrale. Eh bien, pour un jeune homme de seize ans, ta posture commence vraiment à avoir de la gueule. Ton maître serait fier de toi.

Aoi, laissa échapper un petit rire, touché par le compliment, puis jeta distraitement un coup d'oeil vers l'horloge murale du dojo. Ses yeux s'écarquillèrent instantanément de terreur.

- Oh non... C'est pas vrai ! Je suis en retard, s'exclama Aoi

Sans perdre une seconde, Aoi lâcha son équipement. Il se dépêcha d'enfiler sa tenue de tous les jours en quatrième vitesse, manquant de trébucher dans son pantalon, et attrapa son sac à la volée.

- Je dois y aller, à plus ! cria-t-il à Rin sans même attendre de réponse.

Il sprinta vers la sortie et poussa violemment la porte du bâtiment pour s'élancer dehors. Mais alors qu'il franchissait le pas de la porte à toute vitesse, sa trajectoire coupa celle de quelqu'un qui passait par là.

BAM.

Le choc fut inévitable. Aoi bascula en arrière, tandis qu'une silhouette tombait elle aussi au sol. En secouant la tête pour reprendre ses esprits, Aoi leva les yeux et se figea. Juste devant lui se tenait une mystérieuse jeune fille. Ses cheveux d'un blond or magnifique, captaient la lumière du matin, et ses yeux bleus, profonds comme un océan, le fixaient avec un mélange de surprises et de reproches.

Aoi secoua la tête, les fesses encore posées sur le béton frais du trottoir, essayant de dissiper le flou de l'impact. En croisant le regard de la mystérieuse jeune fille, une bouffée de panique et de gêne le submergea d'un coup. Il se redressa d'un bond, époussetant son uniforme en quatrième vitesse avant de s'incliner bien bas.

- Je suis vraiment désolée ! cria-t-il, la voix un peu trop aiguë sous le coup du stress. Je ne regardais pas devant moi, j'étais complètement pressé par le temps ! Est ce que tu vas bien ? Tu n'as rien de cassé ?

La jeune fille aux cheveux blond or resta assise un court instant sur le sol, lissant calmement le pli de sa jupe avant de se relever à son tour avec une grâce surprenante. Elle épousseta ses genoux, puis ancra ses yeux bleus profonds dans les siens. Un petit rire mélodieux s'échappa de ses lèvres.

- Ce n'est pas grave... Aoi, dit-elle d'une voix douce, presque aérienne. Fais juste un peu plus attention à toi la prochaine fois.

- Merci infiniment de ta compréhension ! C'est vraiment gentil de ta part, répondit-il à toute vitesse en attrapant son sac resté par terre.

Aoi était tellement obnubilé par les aiguilles de l'horloge qui tournaient dans sa tête qu'il fit immédiatement demi-tour. Il s'élança sur le trottoir à grande enjambées, pressant le pas pour ne pas rater son train, l'esprit totalement embrumé par son retard il venait de tourner le coin de la rue à toute vitesse, sans même réaliser le détail le plus perturbant de cet échange : à aucun moment il ne lui avait dit son prénom. Pourtant, elle l'avait appelé « Aoi ».

Immobile devant la longue clôture horizontale du dojo, là où les pétales de cerisier commençaient à danser doucement dans la brise du matin, la mystérieuse jeune fille blonde le regarda s'éloigner au loin.

Ses yeux bleus brillèrent d'une lueur étrange, presque nostalgique. Un sourire sincère et mystérieux sur son visage.

- À très bientôt, murmura-t-elle pour elle-même.
Puis, tournant les talons, elle s'effaça tranquillement dans la direction opposée, disparaissant au milieu des ruelles comme si elle n'avait jamais été là.

Les poumons en feu, Aoi sprintait le long de l'avenue. Le vent soufflait à ses oreilles alors qu'il dépassait les passants un par un. Ses yeux restaient fixés sur la silhouette de la gare qui se dessinait enfin au bout de la grande ligne droite. S'il ratait ce train, c'était la retenue assurée, et son maître de dojo ne plaisante pas avec la discipline.

Une dernière intersection le séparait de son but. Une large route à quatre voies où le trafic commençait à se densifier avec les trajets du matin. Aoi pressa encore le pas. Son esprit était tellement obnubilé par les minutes qui s'égrenaient qu'il ne jeta même pas un regard vers le poteau électrique au coin du trottoir. Il s'élança sur le passage piéton à toute vitesse, ignorant totalement le petit bonhomme lumineux qui brillait d'un rouge écarlate et fixe.

Ce fut une fraction de seconde. Un instant suspendu ou le temps sembla ralentir.

Un grondement sourd, mécanique et terrifiant déchira l'ambiance matinale. Aoi tourna la tête par pur réflexe sur sa droite et deux phares aveuglants fixés sur une immense calandre de métal chromé fonçaient droit sur lui. Le conducteur d'un camion de livraison, surpris par l'irruption soudaine du lycéen, écrasa les freins dans un hurlement de pneus strident, mais l'inertie du monstre d'acier était trop grande.

CRACK.

Le choc fut d'une violence inouïe. Le pare-chocs avant du camion percuta Aoi de plein fouet sur tout le flanc droit de son corps. L'impact brisa net l'élan de sa course, lui fracturant l'épaule et les côtes dans une douleur fulgurante qui lui coupa instantanément le souffle. Projeté comme une poupée de chiffon, son corps vola sur plusieurs mètres avant de s'écraser lourdement contre le bitume impitoyable de la chaussée.

Autour de lui, des silhouettes floues de passants paniqués commençaient à s'attrouper, criant, sortant leurs téléphones, mais leurs voix lui parvenaient comme s'il était coincé sous l'eau. La douleur, d'abord aiguë, commença mystérieusement à s'engourdir, remplacée par un froid glacial qui envahissait ses veines.
Est-ce que... c'est la fin ? pense-t-il, une immense fatigue s'abattant sur ses paupières. Je voulais juste... Ne pas être en retard..

Tout commença à devenir noir devant Aoi. La lumière du soleil s'éteignit, le dojo, Rin, les cours... tout s'effaça. Il ferma les yeux, abandonnant son corps au vide obscur qui l'aspirait.

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