5 vagues de chaleur pour l'instant.
La première est comme la dernière. Invivable et irrespirable. Je me souviens je m'irritais contre à peu près tout. Les coupures d'électricité. Seules les sorties tard la nuit me faisaient du bien. Je n'étais pas la seule : les soirs de canicule, il y avait foule dehors à minuit passé. Avec ma petite soeur on chantait, on criait dans les rues en mode elles nous appartenaient.
J'avais envie de rester chez moi et non pas d'aller au taff. Aller au taff pour quoi faire ? Quand tu commences à questionner le sens des choses tu te rends compte que tout est bien absurde. Regarde : travailler pour se faire des économies pour s'offrir une vie meilleure dans un monde inhabitable.
Le soleil nous punit.
Les méga pollueurs, ces riches nous ont volé l'été. L'été c'est tout le monde dehors c'est la vie et la fête. Maintenant en journée c'est ne surtout pas mettre le pied dehors, jamais plus que nécessaire. C'est vide. Toutes les rues sont vides on dirait moi parfois.
Les herbes ont jauni partout et je me demande ce sera quoi dans dix ans, car déjà là on n'en peut plus.
Je vois des actualités d'incendies, de gens qui se noient en tentant de se rafraîchir, des bébés qui convulsent, des ouvriers qui meurent sur les chantiers des pauvres comme moi qui se battent pour le dernier climatiseur.
Et ça fait rire les gens ça. On nous prend pour des idiots nous les pauvres mais seulement imaginez ce que c'est d'être à plusieurs dans des F2 ou des F3 qui chauffent comme une bouilloire peu importe les précautions qu'on prend contre la chaleur. On se dit que c'est des inconscients ceux qui ouvrent ces foutues bouches d'incendies mais moi j'avoue je passe sous le geyser frais que ça forme quand l'eau jaillit comme ça. Et ça fait du bien parce que dehors c'est toujours du béton du goudron de l'asphalte, rarement des arbres.
Les bus et les RER dès qu'on quitte la capitale se transforment en sauna qui passent avec plus de trente minutes de retard si ça leur chante. J'ai entendu qu'un chauffeur de bus avait fait un malaise et ça ne m'étonne pas.
Les médias disent qu'il va falloir s'y habituer, qu'on a pas le choix. Il n'y a même pas de Clim dans les lieux de travail dans les hôpitaux ou dans les écoles.
L'eco anxiété c'est un trouble mental qu'ils disent. Je n'aurai qu'à être la plus grosse des tarées. L'inquiétude me bouffe.
Il faut être con, désolé de le dire, pour ne pas s'alarmer quand on voit l'état des choses.
Mais maintenant, que faire de tous ces constats ?
☼
Quand on est cloîtré chez soi à cause de la chaleur avec les volets fermés, qu'on arrive à se concentrer sur rien parce que même le veau-cer sue et bah on attend. On attend que ça passe, on attend la nuit pour un peu de fraîcheur. On attend le lendemain et la fin de l'épisode. On attend la prochaine vague parce qu'on sait que ça va revenir.
Moi j'attendais souvent une notification. J'attendais un mail. J'attendais un rendez-vous. J'attendais un traitement. J'attendais une réponse sur Parcoursup. J'attendais quelque chose, parce que je ne pouvais plus supporter de rester plus longtemps ici.
Et maintenant que je le sais, que c'est certain que je vais quitter chez moi, et bah j'attends toujours avec une impatience féroce. J'attends la fin de l'été et le début de ma nouvelle vie.
Je ne fais qu'attendre.
Décidément, c'est vraiment l'été le plus long.
