Chapitre 1 : Bienvenue en Bretagne

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« Le Seigneur vous accorde miséricorde. »

Cette phrase retentissait encore dans la tête embrumée de Célia, au cœur du petit monastère de Treffrin. Une phrase simple, mais qui représentait une immense partie de sa vie.

Elle s'était engagée auprès de l'église en tant que bénévole, afin d'apporter du bonheur et de la bienveillance aux fidèles du quotidien. Chaque jour, elle se pressait de préparer la grande salle pour les messes hebdomadaires. Très investie, elle participait également aux associations locales, notamment dans la ville voisine de Carhaix-Plouguer. Cette commune de 7 410 âmes représentait le chef-lieu de ses rares moments de liberté.

Célia était une charmante jeune femme de 20 ans, blonde aux yeux bleu clair presque hypnotisants. Son corps fin et élancé se terminait par de grandes mains de dentellière, pourtant marquées par les séquelles d'une vie infernale qu'elle s'efforçait d'oublier. Elle avait toujours vécu ici, dans sa Bretagne natale, fidèle au poste depuis 2005.

— Célia, si tu continues de frotter ce candélabre, il va finir par déboucher sur une autre dimension !

Célia sursauta légèrement et se tourna vers la grande nef.

Antoine se tenait là, appuyé contre un banc en bois. C'était un petit gars brun aux yeux marron expressifs, surplombés par de gros sourcils très sombres qui lui donnaient un air constamment étonné ou moqueur. Il arborait son habituel sourire en coin.

— Quelqu'un doit bien s'en occuper, Antoine, répondit Célia d'un ton calme en replaçant une mèche blonde derrière son oreille. Le Père Thomas a horreur de la poussière.

— Ouais, enfin là, c'est plus du nettoyage, c'est de l'exorcisme de suie, plaisanta-t-il en s'approchant d'elle d'un pas décontracté. Tu sais... la séance de vingt heures au Grand Bleu commence bientôt. Je me disais que si tu avais fini de récurer le patrimoine breton, on pourrait s'attraper un pop-corn. Rien que nous deux.

Célia lui adressa un doux sourire distrait, sans relever l'invitation déguisée.

— Merci Antoine, mais les garçons et Agathe doivent déjà être en train de nous attendre dehors.

Antoine soupira gentiment, secouant la tête face à l'imperméabilité légendaire de la jeune femme, mais son sourire ne disparut pas pour autant.

En franchissant les lourdes portes en chêne du monastère, la fraîcheur de l'air breton les accueillit. Sur le parvis, le reste du petit groupe piaffait d'impatience.

Il y avait d'abord Nicolas, un grand jeune homme blond aux yeux bleus limpides, aux épaules larges et à la musculature imposante taillée par les travaux d'extérieur. À côté de lui, Benoit, un garçon noir aux cheveux crépus soigneusement coupés, tapait du pied en rythme, un casque audio autour du cou. Et enfin Agathe, une belle jeune femme aux traits typés espagnols, au teint hâlé et au regard pétillant de malice.

— Enfin ! s'exclama Agathe en enlaçant chaleureusement Célia par les épaules. On croyait que vous vous étiez fait enfermer dans la sacristie !

— La faute à Célia et sa passion pour les cierges, répliqua Antoine en levant les mains au ciel.

— Laisse-la tranquille, riposta Benoit en faisant glisser son casque sur ses oreilles. Au moins, grâce à elle, la paroisse ne ressemble pas à un décor de film d'horreur. Au fait, vous avez entendu le nouveau morceau de Lady Gaga ? Poker Face passe en boucle à la radio, c'est une tuerie !

Nicolas laissa échapper un rire grave et sonore.

— Benoit, ça fait trois semaines que tu nous saoules avec cette chanson ! Même les vaches du champ d'à côté connaissent le refrain par cœur.

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