Huit ans plus tôt
Nash
— Nash ! À table !
Je sors de ma chambre attiré par une délicieuse odeur et descends les escaliers en direction de la salle à manger. Ça sent bon le curry ! Le bon vieux poulet-curry de maman ! Un délice pour les papilles. Je mets rapidement quatre assiettes à table et les couverts, impatient à l'idée de manger mon plat favoris. Puis tout le monde vient manger et je commence à regretter d'être descendu si vite.
Encore un dîner plongé dans le silence, comme d'habitude. L'ambiance froide de la pièce et nos parents qui ne se regardent même plus. C'est comme ça depuis quatre longs mois. Ça devient un véritable enfer. J'aimerais partir au plus vite, ce pourquoi je me dépêche de manger. Personne ne parle. Seuls les couverts heurtent les assiettes. Un bruit métallique qui me donne presque envie de me boucher les oreilles. Je termine rapidement mon assiette et je décide d'enfin me lever pour débarrasser.
— On doit vous parler. annonce mon père d'un ton grave.
— On vous écoute. répondis-je pour moi et ma petite sœur, méfiant.
— Votre mère et moi allons nous séparer.
— Quoi ? souffla ma sœur.
Je sens sa main trembler dans la mienne. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression que tout le monde peut l'entendre. Je serre un peu plus fort la main de ma petite soeur.
— Vous avez bien entendu. On va divorcer, repris notre mère, d'un ton fatigué. C'est mieux ainsi.
— Vous êtes assez grands pour choisir avec qui vous voulez vivre.
— On va être séparé ? Demandai-je en serrant pus fort la main de ma sœur.
— Ça va dépendre de vous et de votre choix.
— Je veux pas être seule... Je veux être avec Nash.
Papa baisse les yeux avant de répondre d'une voix plus douce.
— Si tu viens avec moi, tu ne seras pas seule.
Mais je savais que s'était trop tard. Qu'on ne nous demandez pas ce que nous voulions vraiment. Simplement parce que je m'entends mieux avec ma mère qu'avec lui, à l'inverse de Zaniah.
De nos jours
Je déteste ce quotidien dans lequel je suis coincé depuis six ans. On m'a séparé de ma sœur, et je suis coincé avec une mère devenue alcoolique. Je fais tout pour l'aider,et pourtant, je reste invisible à ses yeux. Ou alors, je suis celui qui dérange, qui gêne. Celui qu'elle aurait dû avorter.
J'appelle ma sœur dès qu'elle sort des cours, quitte à sécher les miens, de toute façons la famille c'est bien plus important. Et je ne parle plus à mon géniteur parce qu'il m'en veut de ne pas l'avoir choisi lui et non Maman. Je me sens invisible et parfois de trop. Et, ma sœur l'est tout autant que moi, puisque mon père n'est jamais avec elle, enfin, c'est ce qu'elle me dit.
Je rentre enfin à la maison, il est tard, j'ai faim et j'ai froid. J'ouvre la porte. L'appartement est plongé dans le noir. Seule l'odeur de cigarette froide m'accueille, me donnant la nausée. Je pose mon sac dans l'entrée. Aucun bruit. Aucun « Bonsoir ». Aucun signe de vie. Ma mère n'est toujours pas là. Son comportement me désespère. Je ne sais plus comment faire pour l'aider, mais son état commence à m'inquiéter. Elle rentre tous les soirs bourrée ou alors, elle dort chez une amie.
Donc, j'en profite pour sortir et aller à l'observatoire. Parce que là-bas, le ciel ne me pose jamais de questions. Il se contente d'être là. Les étoiles sont là, elles aussi. Et grâce à elles, je me sens moins seul. Moins ignoré. Moins inapparent. Elles sont là et c'est tout ce qui compte.
J'entre dans l'observatoire et m'approche d'un des télescopes, un sandwich qu'il me restait dans le frigo dans une main. Les gestes sont devenus automatiques avec le temps. Régler la mise au point. Chercher la première étoile. Respirer. Et enfin, oublier.
Ici, le silence n'est pas pesant. Il est apaisant. Personne ne crie. Personne ne me reproche quoi que ce soit. Il n'y a que moi, les étoiles et ce ciel immense qui semble vouloir engloutir toutes mes pensées. Alors je les laisse s'échapper pour regarder ces magnifiques étoiles que le ciel m'offre chaque nuit. Je les laisse partir et c'est soulageant. Je me sens bien plus léger malgré tout les tourments dont ma tête est prisonnière.
Je rentre aux alentours de minuit, après m'être complètement vidé la tête, j'insère mes clés, mais c'est déjà ouvert, je suppose que ma mère est rentrée. Encore et toujours la même odeur de cigarettes qui m'accueille. Mais, cette fois, ma mère est bien là.
— Je peux savoir où t'était ?! cria-t-elle
— Bonsoir Maman. Oui, je vais bien, merci de me demander. J'étais à l'observatoire comme tous les autres soirs. Répondis-je d'une voix neutre. Qui t'a ramenée cette fois ?
— Ah... euh... Bonsoir, désolée. C'est Jace qui m'a ramené. Enfin, je crois. Tu aurais pu me prévenir !
— Tu as décuvé ?
— Hein ? Mais je ne suis pas bourrée ! S'offusque-t-elle en tentant lamentablement de se lever.
— Vas te reposer, Maman. Tu en as besoin.
— J'y vais. Mais seulement parce que j'en ai envie, hein ! Dit-elle en se dirigeant vers sa chambre en titubant.
— Si tu le dis.
— Nash... j-je suis désolée.
Je souffle en murmurant que ce n'est rien, que je suis habitué et la regarde s'éloignée. Voilà à quoi ressemble une discussion approximativement normale avec ma mère. Ouais, je sais, ça craint. Mais bon, c'est toujours mieux ce genre de discussion que des disputes où elle est la seule à parler.
Je range le salon, jetant les bouteilles d'alcool qui traînent et les cendriers qui débordent, fatigué par ce quotidien que je subis depuis maintenant six ans et demi. Et oui, ma vie ressemble à ça depuis mes quatorze ans. Je nettoie rapidement avant d'aller me laver. Je me déshabille puis entre dans la douche en soufflant. Le jet d'eau attaque mon corps avec sa fraîcheur, mais ça me fait un bien fou, encore une fois j'abandonne le brouhaha dans ma tête.
Quelques minutes plus tard, je coupe l'eau. Le silence revient aussitôt, enfin en apparence. Dans ma tête c'est une tout autre histoire. J'enfile un boxer, un short, puis je rejoins ma chambre. Je m'allonge sur le lit, fixant mon plafond tentant d'éloigner le bordel dans ma tête. Puis après plusieurs minutes, je m'endors espérant qu'un beau jour cet enfer prenne fin.
À l'aube, je me lève et range mon lit. Avant de me diriger vers la salle de bain. Je rince mon visage et me change, je m'arrête devant le miroir, je me coiffe rapidement . Puis je vais dans la cuisine me prendre un morceau de pastèque pour enfin partir courir. Comme chaque matin.
Lorsque je reviens de mon footing, ma mère est réveillée, avec une énorme gueule de bois, comme tout les matins.. Ce qui ne change pas de ses mauvaises habitudes.
— Bonjour Maman.
— Parle doucement ! J'ai mal à la tête bordel.
— Si tu ne buvais pas tu n'aurais pas mal. Je dis plus doucement en lui tendant du paracétamol et un verre d'eau.
— Merci Nash.Je ne sais pas ce que je ferai sans toi.
Et je détourne le regard. Trop gêné. C'est bien ce que je disais. Ça craint comme discussion entre une mère et son fils. Une mère jamais assez longtemps sobre pour m'élever normalement. Mais c'est ma mère. Et je sais qu'elle n'a pas toujours été comme ça. Alors je continue à l'aider du mieux que je peux.
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Where The Stars Find Us
RomanceDeux inconnus. Deux vies qui ne se seraient jamais croisées si le hasard n'avait pas décidé de les réunir sous le même ciel. Chaque nuit, ils cherchent les étoiles pour des raisons différentes. L'un tente d'oublier. L'autre cherche des réponses. San...
