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I - La ville qui ne dort jamais

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La ville ne dort jamais vraiment.

Elle fait semblant, parfois, entre trois et quatre heures du matin, quand les derniers fêtards ont regagné leurs appartements et que les premiers livreurs n'ont pas encore envahi les rues. Pendant cette heure-là, New York retient son souffle. Les néons continuent de brûler, les feux de circulation continuent de changer, mais quelque chose dans l'air devient presque calme. Presque humain.

Peter Parker connaît cette heure mieux que personne.

Il la connaît du mauvais côté, celui où on ne dort pas parce qu'on ne peut pas, pas parce qu'on a choisi de veiller. Il la connaît depuis le toit d'un immeuble de Hell's Kitchen, assis sur le bord, les jambes dans le vide, le masque relevé sur le front comme un bonnet qu'on aurait mal enfoncé. Il la connaît avec le goût du sang dans la bouche et une côte qui proteste à chaque inspiration.

Ce soir-là, pourtant, il n'a pas le temps de profiter de l'heure calme.

Son sens d'araignée explose avant même qu'il entende quoi que ce soit.

Il plonge du toit sans réfléchir, réflexe pur, muscle et instinct, le corps qui agit pendant que le cerveau rattrape son retard. La toile claque contre la corniche d'en face, se tend, le propulse vers le haut dans un arc parfait au-dessus de la Cinquième Avenue. En contrebas, les voitures sont immobiles, abandonnées en travers de la route comme des jouets renversés par un enfant. Les portières ouvertes. Les gens qui fuient sur les trottoirs, téléphones levés, filmant quelque chose que Peter ne voit pas encore.

Puis il le voit.

Adrian Toomes, le Vautour, traverse le ciel de Manhattan comme une lame. Ses ailes mécaniques déploient une envergure de quatre mètres, chaque battement soulevant une rafale qui fait claquer les enseignes lumineuses sur son passage. Dans ses serres, une caisse blindée arrachée à un fourgon de la Réserve Fédérale. Le métal grince, les serrures tiennent encore, pour l'instant.

Peter siffle entre ses dents.

"Toomes. Toujours Toomes. J'aurais dû rester assis."

Il tire deux toiles simultanées, s'élance en chandelle au-dessus des buildings, et pour quelques secondes, juste quelques secondes, il n'y a plus de côte douloureuse, plus de messages sans réponse, plus rien d'autre que le vent et la ville qui défile en contrebas comme un tableau de maître illuminé au néon. Les gratte-ciels de Midtown forment des canyons de lumière et d'ombre. Les reflets de Times Square se diluent sur les façades vitrées comme de l'aquarelle mouillée. La nuit sent l'ozone et l'asphalte chaud.

Peter adore ça. Il ne se l'autorise presque jamais.

"Hé, papy !" crie-t-il en rattrapant l'altitude du Vautour. "Vous fermez à quelle heure, les musées ?"

Toomes tourne la tête. Derrière la visière de son casque, ses yeux sont froids et professionnels, il ne fait pas ça par plaisir, il ne l'a jamais fait par plaisir. C'est ce qui le rend dangereux. Les criminels passionnés font des erreurs. Les criminels méthodiques, eux, ont des plans de secours.

"Spider-Man" dit-il. "Pas ce soir."

"C'est drôle," répond Peter en esquivant la première serre qui fend l'air à quinze centimètres de son visage, "parce que moi j'avais justement rien de prévu."

Le combat au-dessus de Manhattan dure onze minutes.

Plus tard, Peter sera incapable de dire si ça lui a semblé long ou court, les deux, simultanément, comme toujours. Le temps se comprime et se dilate selon les secondes. Une fraction de seconde pour esquiver une aile qui aurait pu lui broyer l'épaule. Une éternité suspendue dans le vide entre deux toiles, le sol à trois cents mètres, l'air qui hurle dans ses oreilles.

Spider-Man : Between The WebsStories to obsess over. Discover now