Je me suis toujours demandée quand est-ce que viendrait mon tour. Quand est-ce que, moi aussi, j'aurais le droit à mon petit bout de paradis, à ce quelque chose qui me donne envie de me lever tous les jours, à un peu d'espoir ?
29 décembre.
Voici la réponse que je donnerais à la moi du passé. Le lendemain de mes 20 ans.
Pour cet anniversaire, j'avais fui loin de tous, en montagne, sans prévenir personne. L'idée même qu'on puisse organiser quelque chose pour moi, ou pire, de subir une fête surprise, m'angoissait profondément. Cette période de l'année m'a toujours plongée dans une profonde mélancolie, et encore plus cette année-là. Les journées sans soleil, sans chaleur, la fin d'année qui te rappelle tout ce que tu n'as pas accompli cette année. Et le pire : réaliser la vitesse à laquelle je vieillissais. C'était comme fêter le rapprochement de son heure finalement. Fêter sa mort.
Une incitation au suicide.
Bref, mon anniversaire était toujours hyper déprimant.
J'étais partie le 20, histoire d'être tranquille. Le 20, personne ne pense à moi, tout le monde pense à Noël. Et moi, je ne veux ni fêter Noël, ni voir du monde. J'avais donc opté pour du camping. En pleine montagne. En plein hiver. Avec seulement des skis et à peine de quoi tenir. Quand j'y repense, j'étais vraiment en mission suicide.
Qui va me tuer d'abord, le froid ou les loups ?
Après avoir survécu six nuits à grelotter, je m'étais offert une récompense en m'offrant une journée de détente dans une station thermale et une chambre d'hôtel pour la semaine. C'était une façon idéale de voir passer le Nouvel An de loin, sans avoir à feindre une joie que je n'avais pas. À vrai dire, c'était la première fois que je m'isolais ainsi. Et je ne sais pas si c'était parce que j'avais évité mon anniversaire ou le Nouvel An, mais j'avais toujours eu l'impression d'être bloquée à l'année de mes vingt ans.
Cette dernière semaine à la montagne s'était résumée à skier du lever au coucher du soleil, presque sans manger, en me réchauffant simplement avec un vin chaud dès que l'occasion se présentait.
C'est là que le destin s'est joué, le 29 décembre. Un snowboardeur me dépassa sur la piste. Et je ne sais pas trop ce qui nous avait pris à ce moment-là, mais on s'était mis à faire la course. Un pur concours d'ego.
De toute façon, tout le monde sait que le ski, c'est mieux que le snow, donc bien évidemment que j'avais repris ma couronne.
Mais il n'avait visiblement pas dit son dernier mot. Je le vis accélérer pour tenter un nouveau dépassement. Il arrivait beaucoup trop vite. Trop vite pour la portion de piste qui approchait. Au dernier moment, il essaya de négocier un virage près du bord, mais sa planche décrocha. En une fraction de seconde, il franchit la délimitation et bascula hors de la piste.
Mon sang se glaça.
Au-delà du bord, la pente plongeait brutalement vers une barre rocheuse. Heureusement, une énorme congère de neige fraîche s'était accumulée juste avant la rupture du terrain. L'homme s'y enfonça de plein fouet. La masse de poudreuse absorba l'essentiel de sa vitesse dans un choc sourd qui sembla lui couper le souffle. Mais son élan ne s'arrêta pas complètement. Je le vis glisser lentement vers le vide.
Quand j'arrivai à sa hauteur, la situation était encore pire que ce que j'avais imaginé. À moitié englouti dans la neige, le corps dangereusement penché au-dessus du ravin, il était coincé dans une poudreuse instable qui commençait à céder sous son poids. De petites plaques de neige se détachaient et disparaissaient dans le vide. S'il faisait un mouvement brusque, il tombait.
Je m'arrêtai net au bord de la piste. Sans perdre une seconde, je me laissai glisser sur le ventre pour répartir mon poids sur la neige compacte. Puis je tendis mon bâton vers lui.
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7 minutes de Paradis
RomanceDepuis trois ans, Hanni vit une histoire d'amour fusionnelle, presque parfaite, avec l'homme de sa vie. Pour lui, elle est une femme lumineuse aux racines simples ; il l'aime si éperdument qu'il s'apprête à lui demander sa main. Mais derrière ce bo...
