Je n'ai presque aucun souvenir clair de cette époque, seulement des fragments flous, des sensations plus que des images.
On m'a souvent dit que j'étais un enfant désiré.
Que ma venue avait été attendue, espérée, presque idéalisée.
J'imagine alors une douceur, une attention particulière, peut-être même une forme de tendresse dans les gestes de ma mère.
Comme si, au début, j'avais été entouré d'une bulle fragile, faite d'amour et d'attentes.
Dans ces premiers instants de vie, je veux croire qu'elle était différente.
Qu'elle me regardait avec fierté, qu'elle me tenait contre elle avec chaleur.
Peut-être qu'elle souriait en me berçant, qu'elle murmurait des mots doux que je ne peux plus entendre aujourd'hui.
C'est une image que je reconstruis, parce que j'en ai besoin, parce qu'elle donne du sens à ce qu'on m'a raconté : j'étais voulu, et cela devait bien se ressentir quelque part.
Mais déjà, en arrière-plan, quelque chose se fissurait.
Même si mes souvenirs sont rares, certaines impressions restent ancrées.
Une tension diffuse.
Des mots qui dépassent.
Une manière de parler de mon père, de le diminuer, de le rabaisser, comme si sa place était constamment remise en question.
Je n'avais pas les mots pour comprendre, bien sûr.
Je n'étais qu'un bébé.
Mais les enfants ressentent plus qu'on ne le pense.
Les silences, les regards, les tonalités... tout cela laisse une empreinte invisible.
Et puis, il y a ce souvenir plus net, plus lourd.
Mon grand frère.
Je ne me souviens pas précisément des scènes, ni des détails exacts.
(Hormis mon père qui éponge le sang de son fils).
Mais je me souviens de ce que je ressentais.
Une forme de peur. D'injustice incomprise.
La violence, elle, ne se floute pas complètement.
Elle laisse une trace différente, plus brute, plus froide.
Je me rappelle que quelque chose n'allait pas, que ce n'était pas normal, même sans pouvoir l'expliquer.
C'est étrange de grandir avec ces deux réalités mêlées : l'idée d'avoir été désiré, et la présence, déjà, de comportements blessants autour de soi.
Comme si l'amour avait existé, mais qu'il n'avait jamais été stable.
Comme s'il dépendait de quelque chose de fragile, de changeant.
Alors je reste avec ces morceaux.
Une possible douceur au début.
Des mots durs envers mon père.
Et cette violence que j'ai ressentie, sans toujours la comprendre, envers mon frère.
Ce chapitre de ma vie n'est pas clair, mais il est important.
Parce qu'il marque les premières fondations.
Parce qu'il montre que, même dans les débuts censés être les plus purs, il peut déjà y avoir des contradictions.
Et peut-être que comprendre cela aujourd'hui, c'est déjà commencer à remettre de l'ordre dans ce qui, longtemps, est resté confus.
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Mère Perverse Narcissique
Non-FictionCe livre est le récit d'une vie marquée, dès le début, par des blessures profondes. De ma naissance à aujourd'hui, il retrace une réalité difficile : celle d'une mère dont les comportements ont laissé des traces, non seulement sur moi, mais aussi su...
