Chapitre 1

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Depuis que j'ai environ 15 ans, je songe à la question de l'amour. Pas comme une conviction, je serai amoureuse un jour, plus comme une question, c'est quoi exactement l'amour ? Je voyais mes amis parler de leurs crushs, des mecs qu'elles trouvaient beaux. Elles aimeraient bien sortir avec eux mais pour quoi faire ? Après quoi ? C'est quoi la différence entre aimer ses parents, sa sœur ou ses amis et aimer quelqu'un ? Je ne sais pas si c'est la peur de l'inconnu mais ce sentiment m'a toujours dérangé. Aimer. Se perdre.

C'est bien plus tard que j'ai su que j'aimais les filles, leurs odeurs, leurs regards, leurs corps. Des courbes coupées au scalpel, des formes différentes aussi belles les unes que les autres. Une diversité immense et une beauté intellectuelle sans limite. Et pourtant à l'intérieur de ce magnifique spectacle, un cœur de pierre façonné par les coups de la société.

- Entre les meufs qui te ghosts ou qui unmatch après une semaine de conversation ou qui regarde ton profil insta juste pour te dire qu'au final elles ne veulent pas continuer à te parler je pense que je vais juste retourner vers les mecs.

- Ah non hein tu vas pas enfin sortir de la misère pour y retourner ! T'abaisse pas à ce niveau !

- Je sais pas c'est quand même plus facile avec eux.

- Au début mais après... Et puis tu fermeras les yeux quand il voudra faire l'amour avec toi ?

- Techniquement j'ai jamais couché avec un mec donc je sais pas si j'aime bien ?

- Tu bave à chaque fois qu'une meuf bonne passe devant toi et t'es dégouté quand un mec passe devant toi... T'es une bonne grosse lesbienne.

- Techniquement j'ai pas non plus essayé avec les filles... Donc une bonne grosse lesbienne ?

- Tu veux renoncer aux seins ? Vraiment ?

- Noooon pas les seins !!

- Voilà donc arrête ton cinéma ! Laisse tomber les applis pour un moment peut-être ?

- Ouais mais je ne peux pas être vierge jusqu'à mes 30 ans ! Voir 40 ans ! Regarde la meuf aigris de mon équipe, même elle a déjà baisé alors qu'elle est dégueulasse et c'est une psychopathe !

- Moi je pense que tu ne t'ouvres pas assez ! Détends-toi, c'est pas comme ta thèse, tu ne dois pas planifier chaque conversation, laisse tout venir naturellement.

- Ouais je sais, j'essaie mais honnêtement les conversations en ligne c'est comme parler à un robot que t'aime pas. Je préfèrerais rencontrer quelqu'un en vrai.

- C'est ce que tout le monde veut sauf que pour notre génération c'est raté...

- Oui, putain de génération, des thèses impossibles à finir, pas d'avenir alors que t'as bac + 8 et si tes parents ont pas de maison tu sera surement jamais propriétaire. Et en plus quoi ? On doit trouver l'amour virtuellement ? J'abandonne.

- C'est pas comme ça que tu serais pas vierge à 30 ans.

- Après, les jouets ça existe, suffit de redéfinir la première fois et c'est bon. C'est juste une technicalité.

- En faite, c'est peut-être toi le robot... T'y a déjà pensé ? Bon j'ai finis ma clope, je remonte.

- Je te suis, merci pour cette pause bien déprimante.

- A qui la faute.

Charles appuie sur le bouton de l'ascenseur. Nous entrons dedans mais les portes ne se ferme pas.

- Putain d'ascenseur, il est encore bloqué, râle Charles.

- Merde, en plus j'aime pas le monte-charge, il m'angoisse.

- Tu veux te taper les 10 étages à pied ?

- Nan c'est bon, vas-y.

Nous ressortons de l'ascenseur dégoutés et appelons le monte-charge qui tarde à arriver.

- Heureusement qu'on avait dit qu'on faisait une petite pause, râle-t-il de nouveau.

- Oh on peut profiter d'un peu de temps libre quand même ! C'est vendredi en plus !

Nous retournons chacun dans nos équipes respectives. Quand je m'assois à mon bureau, je jette un regard de chaque côté pour être sûre qu'aucun de mes collègues ne regarde dans ma direction. Elles sont beaucoup trop occupées par leur tâche. J'ouvre l'application. Aller c'est la dernière fois et après j'abandonne. Je fais défiler les filles comme des vêtements dans un magasin en ligne. Pas pour moi, aucune photo, trop vieille, trop jeune, trop loin. Ah ! Pas mal ! Je tombe sur le profil de Clémence, 27 ans, à moins d'un kilomètre, signe astrologique : Cancer. Cancer... Cancer et Poisson ensemble je ne sais pas si ça matche. Ces hobbies : le sport, la lecture, les bars, l'art et la nature. Plutôt basique mais en même temps pourquoi pas ! Je like.

« C'est un match ». Je manque de tomber de ma chaise. Elle est hors de ma ligue. Je me lance. Qu'est-ce que je pourrais envoyer ? Un truc drôle ? Mais si elle n'aime pas je vais juste me prendre un vent. Un truc loquace ? J'envoie juste un « Salut ». Banale, inintéressant, elle ne va surement pas me répondre et je pourrais enfin arrêter les applis pour de bon. En attendant sa réponse, je regarde ses photos. Elle a de beaux cheveux blonds, long, un peu wavy qui lui donne un air de surfeuse. Ses photos sont simples ce qui me rassure, c'est surement un vrai profil. Elle est plutôt mince. Je reste arrêté quelques secondes sur son corps. Moi, je suis grosse, elle va sûrement être déçue. Je ferme l'appli, enlève la localisation et pose mon téléphone loin de moi pour éviter les distractions.

« Hey ! Tiens une collègue de boulot », je viens juste de poser mon sac quand j'ouvre le message. Je reste bloquée.

- Mélody, tout va bien ? demande ma mère.

- Oui, oui, je dois juste répondre à un mail urgent.

- Ok chérie, le dîner sera prêt vers 20h, ton père a fait ton plat préféré, des pâtes à la carbonara !

- Ça marche, je prends la douche et je descends !

Je manque de trébucher dans les escaliers. Je ne la reconnais pas. Elle me confond surement. Je lui réponds « Hey ! C'est-à-dire ? je suis désolé si je ne te reconnais pas haha... » j'hésite longuement sur quel émoji convient à cette phrase et je choisi enfin le singe qui se cache les yeux. Elle répond immédiatement « Ou c'est peut-être moi qui ai rêvé. Tu ne travailles pas à la tour ? » J'hyperventile, elle ne se trompe pas. J'enchaine la conversation, je dois savoir où elle m'a vu. Elle m'explique qu'elle m'a croisé et qu'elle travaille à l'étage au-dessus. Je ne comprends pas. Comment une fille aussi belle a pu me remarquer ? Nous continuons notre discussion mais elle ne répond pas beaucoup alors je décide de faire pareil. Je commence mon week-end, curieuse de la connaitre mieux cette Clémence. 

Clémence (Histoire lesbienne)Histórias para pegar e não largar. Descubra agora