Je m'essuie les mains sur mon tablier déjà taché avant de pousser la porte de la salle.
Et là...
Je reste plantée deux secondes, il ya beaucoup de monde on dirait que tout le quartier a décidé de manger ici aujourd'hui, je regarde tout ce beau monde et je me dit qu'on a du pain sur sur la planche comme on dit plus de monde plus de travail.
- Mademoiselle ! On attend depuis une éternité !
Ah. Voilà. Le comité d'accueil.
Je respire un grand coup et j'active mon sourire professionnel.
Celui qui dit : je suis gentille... alors que mon âme est en train de quitter mon corps.
- Oui, j'arrive tout de suite !
(Évidemment, je mens. Mais poliment.)
Je me faufile entre les tables avec mon plateau, en évitant une chaise, un sac, et un enfant qui court comme s'il participait aux Jeux Olympiques.
Sérieusement... quelqu'un peut récupérer son enfant ?
Je dépose les plats avec précaution.
Un... deux... trois...
Personne n'est mort.
Personne n'a renversé quoi que ce soit.
C'est une victoire.
Je retourne en cuisine en marchant vite... très vite... presque en fuyant.
- Hé, t'as une tête bizarre, me lance Lamine en me regardant.
Je m'appuie contre le plan de travail.
- Merci, ça fait plaisir. Moi aussi je suis contente de te voir.
- Non mais sérieusement, t'as l'air KO.
- Je suis KO. Mes pieds ont officiellement décidé de démissionner, et ma tête tourne. Si je tombe, fais genre tu ne me connais pas.
- Parfait, c'était déjà le plan.
Je le regarde.
- T'es vraiment un mauvais ami.
- Faux. Je suis un ami honnête.
Je soupire.
- Fais attention, si je m'évanouis, je vais tomber sur toi.
- Ah non, hein ! Je ne prends pas ce risque.
- Donc en plus d'être un mauvais ami, t'es lâche.
- Exactement.
On se regarde... puis on éclate de rire.
Franchement... Lamine, c'est le genre de gars qui peut te faire rire alors que t'es à deux doigts de t'effondrer. Un vrai comédien.
- Bon, tu tiens debout ou on appelle une ambulance ? ajoute-t-il.
- Je tiens. Par miracle, mais je tiens.
- Impressionnant.
- Merci, merci... j'accepte aussi les applaudissements, hein !
- Oui, bon... le spectacle est terminé. Retourne travailler, dit-il en tapant des mains.
- Insolent.
- Fatiguée.
- Idiot.
- Toujours debout quand même.
Je lève les yeux au ciel.
- CHEF !
La voix de Leïla résonne dans toute la cuisine.
On se retourne.
Elle arrive avec son regard sérieux... celui qui dit clairement : arrêtez de parler et bossez.
- Vous avez fini de discuter ou dois-je vous rappeler que ce n'est pas un salon de thé ici ?
Je lève les mains.
- On travaillait !
Lamine hoche la tête.
- Oui, mentalement.
Elle soupire.
- Incroyable. Eh Dieu donne-moi la force.
Elle me tend un ticket.
- Tiens table 9. Et Adja? dépêche-toi. Ils commencent à me regarder comme si j'étais leur repas.
Je prends la commande.
- Si je ne reviens pas, dites à ma famille que je les aime.
- Ta famille va très bien survivre sans toi, répond-elle sans lever les yeux.
- Quel soutien émotionnel.
- Toujours.
Lamine ajoute :
- Si tu tombes, surtout essayerd' éviter la cuisine. Ça va salir.
Je le pointe du doigt.
- Toi, on va régler ça après le service.
- J'attends ça avec impatience.
Je secoue la tête, prends le plateau et je vais vers la table 9 près de la fenêtre, où il y a Monsieur Sall et sa famille.
Il vient souvent ici, parfois pour le travail, parfois avec sa famille comme aujourd'hui. Il a de l'argent, donc je fais attention à bien faire mon travail.
Je pose le plateau et je souris.
- Voici votre commande.
- Merci, mademoiselle, dit Monsieur Sall.
- Je vous en prie.
Le reste de la soirée se passe sans encombre.
C'est vers 1h que je termine mon service. J'avoue, je n'ai qu'une envie : me glisser sous la couette et me laisser emporter dans les bras de Morphée. Je devrais passer à l'hôpital mais je vais d'abord rentrer.
Quand j'entre dans le vestiaire, Laïla a déjà fini. Elle m'attend. On habite dans le même quartier, elle est étudiante, les jours où elle travaille le soir on rentre ensemble, alors je me change vite fait et on sort, puisque nous habitons pas loin du quartier nous marchons.
On était en train de papoter quand nous sommes arrivées sur le petit chemin de Leïla. Là, on s'est séparées : elle est rentrée avec son frère, et moi j'ai continué seule.
Je suis arrivée à la maison cinq minutes plus tard. J'espérais y trouver maman, mais elle n'était pas là. Ah... Je lui ai pourtant toujours dit de rentrer à la maison. Sa santé est fragile, elle ne peut pas aller veiller dans un hôpital avec tous ces moustiques... mais elle ne m'écoute jamais. Elle est vraiment têtue, cette femme.
Je décide de l'appeler. Ça sonne trois fois avant qu'elle décroche.
- Allô ?
Sa voix est rauque, on dirait que je l'ai réveillée.
- Maman, pourquoi tu n'es pas à la maison ? Je t'ai dit mille fois d'arrêter de rester là-bas le soir. Tu n'es pas bien, tu dois te reposer. J'arrive, je vais prendre ta place.
Je l'entends soupirer.
- Chérie, mais qu'est-ce que tu racontes ? Je vais bien. C'est plutôt toi qui devrais t'inquiéter. Tu ne te reposes pas, tu travailles sans arrêt pour subvenir à nos besoins, pendant que moi je ne fais rien... Je suis à bout, chérie. Tout ça, c'est mon rôle. Tu dois te ménager un peu. Je m'inquiète pour ta santé.
- Mais non, maman... qu'est-ce que tu racontes ? C'est à moi de-
- Chérie, s'il te plaît, repose-toi ce soir. Il y a de la nourriture dans la cuisine. Mange avant de dormir. Je t'aime. À demain, que Dieu te bénisse.
- Amine... à demain, j'hésite, ma-maman?
- Oui, ma fille.
- Est-ce qu'elle va bien ?
- Oui, les médecins viennent de passer. Ça va, chérie. Ne t'inquiète pas. Allez, prends soin de toi, je t'aime.
- À demain, je t'aime aussi...
Mais elle avait déjà raccroché.
Je reste là quelques secondes, le téléphone encore contre mon oreille, puis je décide de monter, quand j'aperçois des papiers sur la petite table du salon.
Je m'approche et les prends. Des factures ... encore.
Je soupire. Il faut que j'essaie de payer ça le plus rapidement possible, sinon ils vont nous harceler.
Je les repose et me dirige vers la cuisine.
J'ai déjà mangé, donc je mets la nourriture dans le frigot et monte dans ma chambre.
Je prends une douche, puis je me couche.
Demain, je vais passer à l'hôpital avant d'aller au garage.
La journée s'annonce longue... très longue.
Je dois me lever tôt si je veux passer un peu de temps avec elle.
Vous vous demandez sûrement qui est cette "elle"... vous êtes perdus, je comprends.
Laissez-moi vous expliquer.
Je n'ai jamais connu mon père. Ma mère nous a élevées seule.
On n'a jamais manqué de rien avec elle... même si on n'était pas riches, on s'en sortait.
Enfin... jusqu'à ce que cet idiot entre dans la vie de ma sœur.
Au début, c'était un ange.
Il l'aimait, la chérissait, lui promettait la lune et les étoiles...
Mais ça, c'était avant qu'elle n'entre chez lui.
Là-bas... elle a vécu l'enfer.
Il la battait.
Il la violait.
Il l'humiliait.
Il lui faisait des choses inimaginables.
Quand on l'a appris, on a essayé de la sortir de là.
Mais comme on était pauvres... et lui, riche.
On a lamentablement échoué.Vous savez ce que l'on dit en pular "kata ë angal sedata" (pauvrété et malheur ne se sépare pas).
Donc on n'a rien pu faire.
Jusqu'au jour où la situation est devenue incontrôlable.
Il l'a tellement battue, tellement détruite... qu'elle a fini à l'hôpital.
Depuis, elle n'est plus que l'ombre d'elle-même.
Elle a de lourdes séquelles et ne peut plus utiliser ses jambes.
Les médecins disent que c'est le traumatisme. Qu'il lui faut de meilleurs soins... et du temps.
Mais ça fait deux ans maintenant.
Et rien.
Son état s'aggrave de jour en jour.
J'ai porté plainte... mais il les a tous achetés et étouffé l'affaire. C'est la loi du plus fort ici et au final on en a plus parlé.
En plus ma mère ne peut plus vraiment aider. Elle est âgée et elle souffre d'une maladie cardiovasculaire donc pas trop d'effort pour elle selon les médecins même si elle a nié et voulut m'aider au début avec le temps et le manque de soins son état s'est aggravé, elle avait même fait une crise au début de la convalescence de ma sœeur depuis elle travaille plus.
Alors j'ai arrêté l'école.
Je n'avais pas le choix.
Et me voilà aujourd'hui... à cumuler
2 boulots, et à essayer du mieux que je peux de nous sortir de cette impasse.
Couchée sur mon lit, je n'arrête pas de réfléchir, encore et encore, à la manière de les aider...
Elles ont besoin des meilleurs soins, et rapidement.
La santé de ma sœur se dégrade chaque jour... et j'ai peur.
Peur de la perdre, elle... ou même maman.
Peur que le stress finisse par déclencher quelque chose de plus grave.
Elles sont tout pour moi, et je ferai tout pour qu'elles aillent mieux.
C'est avec cette dernière pensée que je finis par m'endormir.
N'oubliez pas de voter et de laisser un commentaire, ça m'encouragera énormément 🤍
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Adja et Khalil : Liés par un contrat
RomanceAdja n'a jamais eu le luxe de rêver. Entre une sœur brisée et une tante à bout de forces, elle fait tout pour survivre... sans jamais faiblir. Jusqu'à cette nuit. Une erreur. Un scandale. Et un contrat qu'elle n'aurait jamais dû signer. Khalil est l...
