Chapitre 1 - Le temps ne compte pas

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Quand je pensais que tout était foutu. Que je ne croyais plus en rien. Que j'avais touché le fond, sans ambition, sans élan, sans même l'envie d'espérer.

J'ai reçu un message.

Et je n'étais absolument pas prêt à tout ce que ce message allait bouleverser.

Cela faisait des mois que je le voyais passer sur les réseaux, sans jamais lui parler. Pourtant, son visage m'était familier. Trop familier. Comme une image déjà vue, déjà connue, sans que je sache d'où. Ce message a confirmé une chose : je n'étais pas le seul à ressentir ça. Lui aussi avait cette impression.

Reste alors cette question, lancinante : d'où me vient l'image de son visage ?

La conversation commence. Et dès le premier message, il capte toute mon attention. Impossible de le faire attendre réellement. Je suis pourtant entouré, occupé, avec des amis — mais je ne pense qu'à lui répondre.

Trois messages échangés. Trois seulement.

Et pourtant, une vraie conversation. Pas ces échanges vides qu'on envoie par habitude. Pas de météo, pas de banalités. On parle de nous. De choses simples, mais vraies. J'ai immédiatement envie d'en savoir plus. De comprendre ce qu'il cache derrière ce visage fermé. D'apprendre à lire ses silences. D'observer chacune de ses facettes — celles qu'il montre, celles qu'il dissimule, volontairement ou non.

J'ai envie de percer son mystère. De voir son âme. Peut-être même plus que la mienne.

Dix. Onze. Douze messages.

Ce n'est rien, objectivement.

Et pourtant, il m'intéresse déjà trop. Il me bouleverse sans même le savoir. Comme si quelque chose m'attirait à lui, irrésistiblement. Un aimant.

On ne se connaît pas. Mais je le ressens. Lui comme moi. Son âme comme la mienne. Son vécu qui fait écho au mien. Alors que je ne sais encore rien de lui. Et qu'il ne sait rien de moi.

J'ai besoin de lui parler davantage. Comme une urgence douce. Alors je lui propose de continuer sur Instagram. Il accepte. On s'ajoute.

Et là... on comprend. Sans vraiment comprendre.

Un message.

Je lui ai déjà envoyé un message.

-Flashback-

Je sors avec un garçon depuis un an. Sam. Tout n'est pas parfait, mais j'ai envie d'y croire. Un après-midi, il m'appelle. Il m'explique que son ex, Eio, le stalke. Sans réfléchir, je prends mon téléphone. Et bêtement, violemment, je lui envoie un message. Des insultes. Des menaces. Je lui dis de ne plus jamais s'approcher de Sam.

Quatre ans plus tard.

Eio.

J'aurais dû m'en douter. C'est lui. C'est son ex.

Je lui écris aussitôt pour m'excuser de ce message envoyé des années plus tôt. Et immédiatement, j'imagine le pire. Qu'il coupe court. Que mes erreurs me rattrapent. Que ce début fragile s'effondre.

Je panique. Pourquoi je panique ?

Cela ne fait même pas vingt-quatre heures que je le connais. Et pourtant... Je n'ai aucune envie qu'il parte.

Le téléphone sonne. Un appel. C'est lui.

La panique remonte d'un coup en voyant son nom s'afficher. Je réponds. Et presque aussitôt, la peur s'échappe. Elle se transforme en discussion. En sourires que je n'avoue pas. En rires que je retiens à peine. On parle. On saute d'un sujet à l'autre. Tout est fluide, naturel, a tel point que j'en oublie le reste, je ne vois plus mes messages, je ne vois plus autour de moi.Je suis juste là. Et lui aussi.

L'appel a duré deux heures. Deux heures suspendues hors du temps. Deux heures à oublier ce que je pensais savoir de moi. Il m'a avoué ne pas aimer les appels. Qu'en général, ça l'oppresse, ça l'agace, ça le fatigue. Mais là... Là, ça ne le dérangeait pas.

Première confidence, première fissure dans quelque chose qui ressemblait déjà à un peut-être « nous » quand on a raccroché, j'ai eu cette envie immédiate, presque ridicule : le rappeler. Juste pour entendre encore sa voix. Juste pour prolonger. Alors on a continué à s'écrire. Toute la soirée. Et une grande partie de la nuit.

Mon sourire refusait de disparaître. Mes pensées refusaient de se taire. Même quand les messages se sont arrêtés, lui ne m'a pas quitté. Je repassais la conversation en boucle. Chaque mot. Chaque silence. Tous ces sentiments incontrôlables qu'on n'est pas censé ressentir en une seule journée, mais c'était plus fort que moi. Je ne contrôlais rien, je ne voulais pas attendre quelque chose, je ne projetais rien, je voulais juste lui. Sa présence, encore. Le connaître davantage, le voir.

J'ai dû dormir à peine une heure cette nuit-là. Sa rencontre m'avait trop bouleversé pour laisser place au repos. Je repense à mon prénom, prononcé par ses lèvres. Au défi absurde qu'il m'a lancé : s'il ne s'en souvenait pas, il se le tatouerait, je repense à sa voix, à la façon dont elle m'envoûte. À tout son être, capable de me transporter loin du reste, loin du bruit, loin de tout.

Et au milieu de cette douceur... Une question.

Et si tout ça devait mal finir ?

Le cœur est un caillou liquide Des histoires addictives. Découvrez maintenant