Elle s'appelait Lina. Elle avait treize ans, mais dans son regard, il y avait déjà quelque chose de cassé, quelque chose que même les adultes ne portaient pas toujours. Ses yeux bruns semblaient toujours chercher quelque chose... ou peut-être fuir.
L'appartement dans lequel elle vivait sentait constamment le tabac froid et l'alcool. Les murs étaient jaunis, le sol collait parfois sous ses pieds, et le silence n'existait jamais vraiment. Soit il y avait les cris, soit il y avait les bruits de la rue, soit il y avait le vide pesant entre deux disputes.
Sa mère, Nadia, avait 36 ans. Elle sortait souvent le soir, toujours maquillée, toujours pressée. Elle portait des robes trop courtes pour l'hiver et des talons qui claquaient sur le carrelage fissuré. Lina savait ce que sa mère faisait, même si personne ne lui avait jamais expliqué. Elle l'avait compris avec le temps, avec les regards des voisins, avec les billets froissés sur la table.
Son père, Karim, avait 40 ans. Il passait ses journées à boire. La bouteille ne le quittait jamais vraiment. Quand il n'était pas affalé sur le canapé, il errait dans l'appartement comme une ombre, marmonnant des choses incompréhensibles. Parfois, il criait. Parfois, il cassait des objets. Mais le plus souvent, il ne voyait même pas Lina.
C'était ça, le pire.
•Ne pas être vue.
•Ne pas être entendue.
•Ne pas exister.
Lina avait appris très tôt à se débrouiller seule. Elle se levait sans réveil, se préparait sans aide, mangeait ce qu'elle trouvait. Parfois un morceau de pain sec, parfois rien du tout. Elle allait à l'école avec des vêtements trop grands ou trop petits, mais toujours propres - parce que ça, c'était important pour elle.
À l'école, elle ne parlait pas beaucoup. Elle observait. Les autres enfants riaient, se disputaient pour des choses insignifiantes. Certains se plaignaient de leurs parents trop stricts, trop présents.
Lina trouvait ça étrange.
Elle aurait tout donné pour un parent "trop présent".
Un jour, en cours de français, la prof demanda aux élèves d'écrire une rédaction sur le thème : "Ma famille". Les autres soupirèrent, certains sourirent déjà en pensant à ce qu'ils allaient écrire.
Lina, elle, resta figée.
Sa feuille resta blanche pendant de longues minutes.
Qu'est-ce qu'elle pouvait bien dire ?
Qu'elle ne connaissait pas vraiment ses parents ?
Qu'elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'on lui avait parlé gentiment ?
Qu'elle ne savait même pas ce que ça faisait d'être aimée ?
Elle finit par écrire une seule phrase :
"Ma famille est une maison où personne ne vit vraiment."
La prof lut les copies le soir même. Et en découvrant celle de Lina, elle sentit un poids dans sa poitrine. Le lendemain, elle la prit à part après le cours.
- Lina, ça va chez toi ?
La question était simple. Douce. Sincère.
Et c'était la première fois que quelqu'un lui demandait.
Lina haussa les épaules.
- Oui.
C'était plus facile de mentir.
Toujours.
Les jours passaient, identiques les uns aux autres. Lina rentrait chez elle, faisait ses devoirs seule, s'occupait comme elle pouvait. Elle dessinait parfois. Des maisons, souvent. Mais jamais avec des gens dedans.
Un soir, elle rentra plus tôt que d'habitude. L'appartement était étrangement calme. Trop calme. Elle trouva son père allongé sur le sol, une bouteille vide à la main. Il respirait, mais à peine.
Elle resta là, immobile.
Elle aurait pu appeler à l'aide.
Elle aurait dû.
Mais quelque chose en elle l'en empêchait.
Peut-être la peur.
Peut-être la colère.
Ou peut-être simplement l'habitude de ne rien faire, parce que personne ne faisait jamais rien pour elle.
Elle finit par s'approcher, lentement, et posa une couverture sur lui. C'était un geste simple. Presque automatique.
Un geste qu'elle n'avait jamais reçu.
Le lendemain, tout recommença comme si de rien n'était.
Sa mère rentra tard, son père reprit à boire, et Lina retourna à l'école.
Mais quelque chose avait changé.
La prof de français continuait de lui parler. Pas beaucoup. Juste quelques mots. Un sourire. Une attention discrète.
Et petit à petit, Lina commença à attendre ces moments.
Un jour, la prof lui donna un carnet.
- Pour écrire. Ou dessiner. Ce que tu veux.
Lina le prit, sans trop comprendre pourquoi.
Le soir même, elle l'ouvrit.
Et pour la première fois, elle écrivit autre chose que des devoirs.
Elle écrivit ce qu'elle ressentait.
La solitude.
La peur.
Le vide.
Mais aussi... une petite chose nouvelle.
Un espoir.
Les semaines passèrent. Lina remplissait le carnet page après page. C'était devenu son refuge. Son endroit à elle. Un endroit où elle existait vraiment.
Un matin, en se regardant dans le miroir, elle remarqua quelque chose d'étrange.
Elle ne voyait plus seulement une fille invisible.
Elle voyait quelqu'un qui tenait encore debout.
Quelqu'un qui survivait.
Et peut-être même... quelqu'un qui pouvait vivre autrement.
Ce n'était pas encore une vie heureuse.
Loin de là.
Ses parents n'avaient pas changé. Ils ne changeraient peut-être jamais.
Mais Lina, elle, avait commencé à changer.
Et parfois, c'est là que tout commence.
Dans un silence.
Dans une feuille blanche.
Dans une seule phrase.
Ou dans un simple geste qu'on n'a jamais reçu... mais qu'on décide quand même de donner.
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Les Cicatrice Du Choix
Roman pour Adolescents💥 Lina, a toujours vécu dans l'ombre de parents qui l'ignorent... jusqu'au jour où elle découvre qu'elle a été échangée à la naissance. Entre colère, rebelles nuits de moto, bagarres et boxe, elle doit choisir entre ses vrais parents, Claire et Ant...
