Chapitre 1

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          Le soleil se levait. Ses rayons se propageaient sous la forme de longs filins dorés, baignant tous les hauts bâtiments de la ville d'une lumière étincelante. Ces rayons passaient à travers tout : les vitres des buildings, réchauffant les hauts bureau ; la pollution qui commençait déjà à former des nuages épais grisâtre depuis le début de la journée ; et même l'eau des petits lacs dans les parcs (un jour lorsque j'y passais, j'ai été contraint de m'abandonner aux éclats de rire imprévus si agréables par le fait qu'on ne les attende pas après avoir entendu un petit garçon demander à sa mère d'un air tout innocent si les lacs se transformaient en jacuzzi pour poisson quand il y avait du soleil). 

Je suis resté allongé quelques minutes depuis que je me suis réveillé. Mon matelas était doux et moelleux, se modelant selon ma position, la forme de mon corps et mes fréquences respirations. Ma lourde couverture m'isolait du froid de l'air extérieur et je m'y sentais si bien en ce moment. On ne pense pas assez que nos lits sont des sortes de paradis. Lorsqu'on se couche le soir on n'en profite pas et on se retrouve même parfois à râler de devoir s'y retrouver, à penser déjà à ce qu'on va faire le lendemain et on se perd dans un tourbillon toxique, tandis que notre temps s'écoule, le sable tombant goutte par goutte de manière inlassable et irrattrapable. On devrait songer davantage à la chaleur de cet endroit sécurisé et reconfortant où l'on passe nos nuits.

En fait, c'est surtout en pensant à la journée qui m'attend que j'aimerai rester ici jusqu'à la fin de mes jours. Ça serait beau, ça serait poétique si je me transformais en une statue de granit, figé dans ma position fatiguée et baillante, un dernier souffle s'échappant d'entre mes lèvres durcies par la couche de pierre. Ainsi, tous les problèmes qui m'accablent cesseraient de me tourmenter. J'y pense souvent, à cette transformation en statue de granit. Je me suis fait à cette idée, me l'étant tant répétée qu'elle me paraît à présent presque naturelle, comme si au lieu de mourir j'allais me transformer en ces sortes d'idoles immortelles et grandioses, que les générations de plusieurs siècles dans le futur pourront retrouver et exposer dans un musée avec les indications de mon nom, ma date de naissance, et ma vie.

Mais mon téléphone vibre sur ma table de chevet, me tirant de mes douces rêveries. Avec beaucoup de mauvaise grâce je me lève en soupirant longuement. Ma main saisit mollement l'appareil et clique sur le bouton "allumer".

14 appels manqués.

38 nouveaux messages.

Je peste dans ma tête avant de commencer à faire défiler les noms de ceux qui ont essayé de me contacter. Quatre de Kathleen, trois de Rick, cinq de Noah, et deux de Ilana. Je soupire mais je décide de ne pas rappeler en retour avant de regarder mes messages non-lus. Je clique sur l'écran pour faire défiler les conversations et déjà un profond agacement m'emplit à peine mes yeux posés sur les textes. Je les lu tous d'un air ennuyé. 

Il me fatigue quand même. Tout ce que je dois endurer par sa faute. Il a de la chance que je sois aussi dévoué pour lui. Il a de la chance que je tiens encore aux liens familiaux qui nous attachent. Même si bon pour être honnête, je doute qu'ils ne soient encore d'une grande qualité, ces liens familiaux.

Allez, il est temps de démarrer ma journée. Je clique sur le contact de Kathleen pour l'appeler. Plusieurs sonneries résonnent à mes oreilles avant que le "clic" reconnaissable de quelqu'un qui décroche ne se fasse entendre à mes oreilles.

"Ah enfin tu me rappelles !" La voix de Kathleen est douce mais semble un peu pressée. "Vovchik en fait des siennes, il est furieux que tu ne sois pas déjà là."

Je grince des dents et mes sourcils se froncent "Putain encore ? Il est toujours de mauvaise humeur ces derniers temps j'ai l'impression. Il veut pas me foutre la paix plus de 10 minutes."

VladimirWhere stories live. Discover now