Ce jour-là, comme tous les autres jours, elles étaient venues me réveiller en me jetant un seau d'eau. Mon lit, fait de foin, était trempé. Je m'étais mise à trembler, des mèches de cheveux étaient venues se coller sur mes joues. Elles riaient, se moquant de mon expression affolée. J'étais pourtant bien plus grande, si bien que beaucoup devaient lever la tête pour pouvoir m'adresser la parole. Mais ça ne ne semblait pas les intimider le moins du monde.
« Aller lève-toi Vipère, le repas ne va pas se préparer tout seul. »
« J'ai une faim de loup ! »
Sunniva et Ingrid étaient les deux aînées de la famille. Elles correspondaient aux standards de beauté : petites, aux formes généreuses, et blondes aux yeux noisette. Mes sœurs ne manquaient pas de prétendants. Mais curieusement, ils finissaient toujours par disparaître. "Pas étonnant, avec leur sale caractère.", pensais-je en essayant de sécher mes cheveux bouclés.
J'avais à peine eu le temps de quitter ma chambre qu'elles étaient déjà assises autour de ma mère, autour de la grande table en chêne massif de la pièce de vie.
« Avez-vous bien dormi mes trésors ? », avait-elle demandé de sa voix suave.
Elle s'appelait Metty, ses quatre filles lui ressemblaient traits pour traits. Avec ma touffe de cheveux roux, ma peau acajou et ma grande taille, j'étais la seule à être le portrait craché de mon père.
« Qu'est-ce que tu regardes toi ? », pesta ma génitrice. - Dépêche-toi de finir de mettre la table espèce de fainéante ! Tu vois bien que tes sœurs sont affamées !
Aucun son n'était sorti de ma bouche. J'avais simplement hoché la tête, ignorant autant que je le pouvait les regards moqueurs de mes soeurs aînées.
« Je vais chercher père. », dis-je dans un murmure.
« Tu sais bien que ton père est trop occupé pour venir manger avec nous. » fit remarquer Krista, ma troisième sœur. - Apporte-lui donc ça.
« Et fais nous plaisir, reste avec lui. », avait suggéré Daven, sa jumelle.
« Je suis d'accord. Je n'apprécie pas qu'un animal mange à notre table. »
Sunniva m'avait lancé un morceau de pain et une assiette de viande séchées. Évidemment il n'y avait de la nourriture que pour une personne. Je devait se contenter des restes laissés par ma mère et mes sœurs : Sunniva et Ingrid, les aînées, avaient vingt-six ans. Krista et Daven, vingt-quatre. Quant à moi, la cadette de la fratrie, je venais de fêter mes vingt-deux ans, je crois. Forcément, avec cinq enfants et pour le peu de nourriture que notre famille possédait, il ne me resterait rien à part des miettes. Nous sommes loin d'être une famille aisée, mais pourtant nous ne mourrions pas de faim. Elles en tout cas.
Mais aucune d'entre elles ne semblaient constituer un bon parti pour un homme, puisqu'elles étaient toujours là. Il y a quelques années, alors que j'entrais à peine dans l'adolescence, je me suis mise à grandir anormalement vite atteignant le mètre quatre-vingt à seulement 15 ans. Ma mère a alors divisé la dôte qu'elle me réservait en quatre parts, une pour chacune de mes sœurs. Elle a conclu que je n'en aurait pas besoin : "Personne ne voudra d'elle, les hommes d'ici préfèrent les femmes de petite taille et bien potelées. Cette gamine n'est ni l'un ni l'autre. Si elle finit par devenir trop encombrante, je la vendrait au plus offrant." Avait-elle dit à notre voisine lorsque nous étions au lavoir.
« Voilà ton repas père. », avait-je murmuré en entrant dans le bruyant atelier.
Manfred, mon père, était forgeron. Il était très grand et mince, ses yeux émeraudes toujours luisants et ses cheveux châtains s'embrasaient sous les rayons du soleil qui traversaient les vitraux de son atelier. C'était la force tranquille du village, il cherchait toujours à éviter les conflits et je ne l'avais jamais vu s'énerver.
BẠN ĐANG ĐỌC
La géante de l'automne
Tiểu thuyết lịch sửRejetée par son entourage depuis sa plus tendre enfance, Frida souhaite accéder à une liberté sans limite. Lorsqu'une guerre entre le Danemark et l'Angleterre éclate, elle décide de prendre les armes sous l'aile bienveillante de son père, Manfred...
