Qui aurait dit qu'elle remettrait les pieds ici ?
En arrivant devant son ancienne rue, Alexia se sentait de retour à la maison. Une maison maussade, où l'on s'ennuie. Une maison quand même.
Ses parents finissaient de décharger leurs affaires. Ils s'étaient dégotés leur nouveau logement juste à côté de leur ancienne propriété, dans le sud-est de Ténilar. Ce quartier, historiquement normand, donnait à voir de charmantes habitations ornées de colombages, et une ambiance familiale plus conviviale que d'autres coins de la ville. On y parlait encore beaucoup le jersiais et le français, et on y buvait un bon cidre.
Ces rues, à cette heures-ci quasiment vides, évoquaient certainement davantage à Alexia que les coins qu'elle arpenté l'année passée. La famille avait accompagné le père, forestier, muté au nord-est de l'île où de grands incendies avaient ravagé les bois. Cela avait laissé l'adolescente dépourvue des quelques ami·es et des quelques passe-temps qu'elle avait de son temps de collégienne. Après un an, l'opération de reboisement s'étant bien déroulé, la famille décida de retourner dans leur ancienne ville, alors qu'ils pensaient rejoindre la capitale. Pourtant, Alexia se sentait davantage anxieuse que soulagée.
Et si elle redoutait son retour, c'est qu'elle était partie sans vraiment donner de nouvelles. Ni aux gens qui ne voulaient pas la voir, ni aux gens avec qui elle passait ses journées. Elle hésita à renvoyer un message à sa camarade Émilie. Ou bien la très charmante - et très populaire - Eyma. Puis elle se dit qu'il serait certainement plus divertissant de laisser la surprise à tout le monde.
La voilà donc de retour à seize ans, recollant ses posters de Heaven Besty et des Bikini Kill sur de nouveaux murs, dans la rue de son enfance. Prête à faire sa rentrée au lycée Conway. Ça promettait.
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OLIGRAPHE
Teen FictionTénilar n'est pas des villes les plus palpitantes. Pourtant, après le retour d'une camarade de classe, c'est dans ce charmant bout de pays au coeur de l'île anglo-normande de Jersey que divers destins se bousculent, non sans laisser quelques dégâts...
