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Monsieur Loyal

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Les toiles rouges et blanches s'envolèrent dans un vent léger. Le public était émerveillé devant le monde de l'étrange, devant ce qu'il n'avait jamais vu auparavant, seulement dans Le Musée des Curiosités. Une pancarte en bois suspendue dans le vide au-dessus des spectateurs, semblait effacée, le bois usé, l'écriture peu lisible, elle décrit en un seul titre ce qu'ils allaient voir par la suite. Des créatures étranges, des monstres à l'apparence humaine, tout ce qui n'existaient pas était ici, dans le Musée des Curiosités. La foule s'impatientait, les rideaux en velours étaient fermés. La salle semblait rapetisser à chaque instant, tellement la pression montait et l'air devenait irrespirable. Ce qui leur était inconnu était le sort de ces pauvres créatures exposées en « monstre ». Seules et démunies, cela se voyait dans leurs regards, les yeux mis clos, une respiration lente et discrète, ils n'attendaient qu'une seule chose : mourir. Un marché lugubre qu'ils avaient dû accepter pour sauver leur vie et pas que, mais à quel prix ?

Personne ne ressemblait à ces horribles créatures. L'être humain considère ce peuple de l'étrange comme bizarre, infâme, répugnant voire satanique. Simplement car ces êtres ne sont pas comme les humains : inhumains. Venant de cette civilisation égoïste cela n'étonnait pas même ces créatures. Ils ne faisaient pas attention à leurs sentiments et étaient subjugués par l'émotion d'avoir pu voir, observer des créatures sans pareil.

Le brouhaha se fit plus fort, le public encombrait l'entrée, bouchait même la sortie, s'impatientait comme si, être au plus près de celle-ci, allait faire avancer la venue de notre cher ''Monsieur Loyal''.

Egoïste et impatient, pour l'instant les humains ne sont pas de si beaux êtres que ça.

« Patientez encore un instant, mes chers amis. », murmura une voix suspendue dans l'air.

Jusqu'alors, personne ne s'était donné la peine de se taire, mais cette voix effrayante les avait brusquement réduits au silence. L'atmosphère devint oppressante, des sueurs froides coulèrent le long de leur dos. La foule n'attendait qu'une chose : l'ouverture de ce fameux Musée. La lumière vacilla, les flammes des bougies tremblèrent quelques secondes avant de s'éteindre complètement, plongeant le chapiteau dans une obscurité presque totale.

« Les lampes se sont éteintes ! » s'exclama une voix dans la foule.

Personne ne répondit. En fait personne n'osa réagir. Personne n'avait l'audace de parler. C'est alors que, sur un des piédestaux bicolores qui servaient d'habitude aux spectacles d'éléphants, un homme au sourire jovial, mais à la fois terrifiant apparu. Son grand chapeau à la main droite allongeait davantage son bras fin. Les bougies s'allumèrent, semblant beaucoup plus nombreuses que la première fois.

La personne accroupie sur ce piédestal dépliait ses membres un à un. Il releva d'abord ses jambes habillées d'un pantalon noir luisant au contact des flammes. Ses genoux se tendirent au fur et à mesure qu'il prenait de la hauteur. Petit à petit, il se tint supérieur à la foule et la dominait, comme pour montrer discrètement que ce Musée était sa propriété, et que lui et lui seul avait le droit de se tenir supérieur à eux. De la pointe de son pouce et de son index de sa main droite tenaient son chapeau haut-de-forme au-dessus de sa tête légèrement penchée vers l'avant, pour dissimuler le plus longtemps possible son visage. L'homme se releva doucement, très lentement, créant une impatience insoutenable, plus il se leva plus le public voyait à quoi l'homme ressemblait. Son chapeau haut de forme accentuait sa courbe grande et fine. Son maquillage appuyait sur son sourire tordu et le redessinait d'une façon à ce qu'il soit élargi. Sa bouche semblait fendue, comme un sourire d'ange. 

L'homme se tenait droit, le torse fier, son bras droit plié sur lui, formant un angle droit, et l'autre pendant contre son corps. Habillé d'une chemise blanche, d'une veste en redingote rouge aux boutons dorés, et de grandes bottes noires en cuir. Tous ses boutons couleur or avaient le même motif. Celui-ci en relief sur les petits boutons; deux formes distinctes d'ailes de créature, avait-on supposé, étaient gravées. Cet homme dégageait une certaine jouissance, celle de montrer ces tristes créatures au grand jour. Enfin c'est ce qu'il faisait croire. 

Il semblait si humain que le public ne prêta aucune attention à son apparence. Quelques fois ses gestes le trompait ainsi que quelques expressions qu'il employait. Mais ça personne ne le savait, il cachait très bien son cirque. 

Ses longs cheveux aussi foncés que les nuits sans lune étaient attachés en bas de sa tête d'un ruban noir satiné en forme de papillon. Le teint pâle marqué par des triangles noirs s'apparentait à un maquillage de clown qui faisait ressortir ses yeux, par leur couleur d'un bleu si clair qu'on croyait que ses yeux étaient transparents. Son regard semblait d'une froideur impassible.

Il les regarda un par un scrupuleusement, comme s'il choisissait silencieusement sa prochaine victime avant de commencer son discours. 

« C'est dans une très grande joie que je vous accueille, tous autant que vous êtes. 

Il marqua une pause en regardant le peuple, un sourire affûté aux lèvres.

― Avez-vous déjà rêvé ? Rêvé de créatures spectaculaires, mythiques ou encore effrayantes ! Avez-vous déjà pensé au fait qu'elles puissent exister ? Eh bien moi oui. Ce que vous allez voir en entrant, n'est pas un rêve. C'est bel et bien la réalité mes chers amis. Tout est réel, je dis bien tout, mesdames, messieurs...» 

Il s'incline, les jambes parfaitement droites, le torse basculant vers une petite silhouette.

Il était intrigué, elle n'était pas effrayée, elle n'avait tout simplement pas peur de lui. Elle ne reculait, ni ne vacillait. Ses yeux étrangement azurs étaient écarquillés, un sourire angélique aux lèvres. "Oui c'est bien ça", pensa l'homme. 

Les lumières de la scène illuminaient la silhouette pour laisser apparaitre son regard. La jeune fille devait avoir à peine la dizaine. Il l'examina, non pas comme il faisait avec le public, non comme une proie, il voulait la regarder pour ne jamais l'oublier. Un ange aussi beau, aussi éclatant, n'apparait pas tous les jours.

Embarrassé par son absence de parole, il s'éclaircit la voix, et reprit toute l'arrogance et la froideur qu'il avait perdu.

« Et mesdemoiselles... finit-il en jetant un dernier regard à la fillette. Certains, disent que ce sont des monstres, d'autres des pures œuvres de Satan lui-même. Tout peut devenir réalité, tout sera réalité dès que vous aurez passé ce rideau. Je vous invite dès à présent à entrer.

Le rideau s'ouvrit, la foule se rua pendant que l'homme continuait de parler.

― Venez voir mes créatures et ma collection de choses étranges. Bienvenue, dans mon Musée des Curiosités. »

A la fin de son discours , l'homme au sourire aiguisé cherchait dans le public l'ange qu'il avait aperçu tout à l'heure. Ses yeux de glaces ne se trompaient pas, l'ange aux cheveux d'or était bel et bien dans sa galerie. Il ne voyait plus qu'elle, tous les autres passants étaient effacés de son champ de vision, il n'y avait plus qu'elle.

La petite fille regardait avec attention une belle et grâcieuse créature qui trônait au fond de la pièce derrière une barrière en bois peinte. La peinture décorative était très abimée, on y percevait plusieurs couches de peinture. Une esquisse sur chaque panneau  était dessinée au fusain représentant la créature qui nous était exhibée. L'illustration mi-effacée faisait penser à un buste d'homme ou de femme, dont on ne pouvait plus distinguer la partie inférieure. 

Trop petite, la nouvelle spectatrice de cette œuvre dépassait à peine des barrières. Elle se tendit vers le haut pour mieux observer la paille au sol qui accueillait une sorte d'animal. Ce musée exposait bien des animaux, mais c'était une hypothèse à éclaircir !

De légers copeaux de peinture s'accrochaient à ses petits doigts juvéniles. De l'autre côté, les bruits de grincement du bois réveillèrent un être endormi. Un bruit de frottement sur le sol devint de plus en plus fort à mesure que l'être s'avançait vers la barrière.

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⏰ Last updated: Apr 10 ⏰

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