Je me souviens du bruit de cette nuit-là.
Pas celui de la pluie sur le pare-brise qui tambourinait doucement.
Ni celui du ronronnement bruyant du moteur de la vieille voiture de mon père, fatiguée par les années.
Non...
Je me souviens surtout de l'ambiance.
De ce silence étrange, trop lourd, comme si la nuit retenait son souffle. Comme si quelque chose nous suivait, sans qu'on puisse le voir.
J'étais allongée sur la banquette arrière, à moitié endormie. La grande veste de mon père me servait de couverture, et son odeur de parfum m'envahissait, mélangée à celle, plus nauséabonde, de la cigarette.
Je serrais ma peluche contre moi, comme toujours quand je me sentais fatiguée ou inquiète.
Mes parents parlaient à voix basse devant. Je n'écoutais pas vraiment, mais j'entendais quand même le ton de leurs voix, un peu tendu, un peu pressé. Comme s'ils voulaient juste rentrer, vite, et oublier cette soirée.
Mes yeux regardaient les arbres par la fenêtre défiler rapidement. Leurs silhouettes sombres se mélangeaient à la nuit, comme des ombres sans fin.
Je ne savais pas exactement où nous allions.
Je savais seulement que mes parents voulaient rentrer vite.
La route était déserte.
Trop déserte.
Le genre de route où tu as l'impression que le monde entier dort, que personne ne pourrait nous entendre si quelque chose arrivait.
Et puis le brouillard est arrivé.
Au début, ce n'était qu'une légère brume. Mais en quelques minutes, il est devenu épais, beaucoup trop épais.
Les phares de la voiture le traversaient à peine.
La lumière semblait s'éteindre dedans, avalée, comme si le brouillard refusait de nous laisser voir plus loin.
Je sentis mon ventre se nouer sans raison.
Mon père ralentit brusquement.
Ses doigts se crispèrent sur le volant.
Je le vis dans son attitude.
Quelque chose n'allait pas.
Je ne savais pas quoi, mais je le sentais.
Ce n'était pas seulement le brouillard.
C'était... Autre chose.
Un poids invisible.
Comme si l'air devenait trop lourd.
Comme si respirer devenait plus difficile.
Je serrai plus fort ma peluche contre moi, jusqu'à en avoir mal aux doigts.
Le brouillard se resserrait autour de la voiture.
Les arbres n'étaient plus que des formes floues, déformées, presque irréelles.
Et plus je regardais...
Plus j'avais l'impression qu'ils nous observaient.
Mon cœur battait trop vite.
J'avais chaud.
Puis froid.
Un frisson glacé me traversa.
Pas sur ma peau...
À l'intérieur.
Dans ma poitrine.
Comme si quelque chose bougeait en moi, doucement, silencieusement.
Je voulais appeler ma mère.
Mais aucun son ne sortit.
Je ne savais même pas pourquoi j'avais peur.
Je n'avais que sept ans.
Je ne comprenais pas ce genre de choses.
Et pourtant...
Je savais.
Je savais que cette nuit n'était pas normale.
Puis ma mère tourna doucement son visage vers moi.
Elle me sourit.
Un sourire rassurant, comme pour me dire que tout allait bien.
Je vis ses lèvres bouger.
Mais je n'entendis pas sa voix.
Comme si le brouillard avait avalé les sons lui aussi.
Et soudain...
Une lumière.
Aveuglante.
Trop aveuglante.
Un blanc brutal qui effaça tout.
Ma respiration se coupa.
Ma voix déchira mes petits poumons dans un cri.
Le monde bascula.
Tout alla trop vite.
Le verre éclata.
Le métal hurla.
Le choc fut si violent que je crus que mon corps se brisait en deux.
Puis...
Le silence. Un silence absolu.
Je ne voyais plus rien.
Seulement cette blancheur.
Cette brume.
Et ma respiration courte, tremblante, perdue au milieu du néant. Une pensée horrible traversa alors mon esprit d'enfant.
Ma mère avait raison quand elle me disait souvent : " méfie-toi des apparences, même un simple brouillard peut cacher bien plus."
YOU ARE READING
Caligo
ParanormalDepuis la mort de ses parents, Camélia Caligo vit avec une peur qu'elle n'ose nommer. Des émotions qu'elle ne contrôle pas. Un brouillard qui semble la suivre. Forcée de quitter son frère, elle emménage chez Laith, un homme aussi distant que danger...
