Ethan est entouré de gens extraordinaires. Vraiment. Des potes qui font rire toute la classe, une famille qui l’aime sans poser trop de questions, une amie proche qui lui a tendu la main plus d’une fois quand il était au bord du gouffre, des camarades de terminale qui disent bonjour, partagent des blagues, lui passent les cours quand il sèche. En surface, il a l’air intégré. Il n’est pas le mec rejeté, pas celui qui mange seul à la cantine. Il est là, au milieu d’eux. Il participe. Il rit parfois. Et pourtant… Ethan se sent seul. Terriblement seul. Pas physiquement. Mentalement. Comme s’il vivait dans une bulle insonorisée plantée au centre d’une fête bruyante. Tout le monde autour, mais personne n’entend ce qui se passe vraiment à l’intérieur de sa tête.
Une relation amoureuse à sens unique l’a marqué au fer rouge. Il n’aime pas en parler en détail – c’était intense de son côté, beaucoup moins de l’autre. Il a donné tout ce qu’il avait : attention, mots, efforts, nuits entières à penser, à espérer, à rêver d’un réciproque qui n’est jamais venu. Au final, il a compris qu’il était le seul à aimer pour de vrai. Ça n’a pas créé la solitude ; elle était déjà là depuis longtemps. Mais ça l’a rendue insupportable, comme si quelqu’un avait allumé une lumière crue dans une pièce qu’il préférait garder dans le noir. Avant cette histoire, Ethan pouvait se convaincre que le vide était normal, supportable. Après, impossible. Chaque fois qu’il se retrouve seul avec ses pensées, il revoit ce décalage brutal : lui qui donnait à fond, l’autre qui… n’était pas au même niveau. Et ça a confirmé ce qu’il sentait depuis des années : personne ne le voit vraiment. Personne ne capte à quel point il peut être mal même quand il sourit.
Ethan fait semblant d’aller bien. Tous les jours. C’est devenu un réflexe automatique, presque une seconde nature. Le matin, il se lève, se regarde dans le miroir, force un sourire neutre, et sort. En cours, il répond quand on lui parle. Il lance une vanne de temps en temps pour ne pas détonner. À la pause, il reste avec le groupe, écoute, hoche la tête, dit « ouais grave » ou « lol » au bon moment. Parce que quand il laisse filtrer un peu la vérité – quand ses yeux trahissent la fatigue, quand sa voix tremble légèrement, quand il lâche juste « je suis crevé » sans plus –, les réactions sont tièdes. Un « ça va passer », un tapotement d’épaule, un changement de sujet rapide. Personne ne creuse. Personne ne reste. Personne ne dit « attends, explique-moi, je t’écoute vraiment ». Du coup, il remet le masque. C’est plus simple. Moins douloureux sur le moment. Mais à long terme, ça l’épuise encore plus. Parce qu’il porte deux vies : celle qu’il montre, légère et normale en apparence, et celle à l’intérieur, lourde, sombre, pleine de questions qui tournent en boucle sans jamais s’arrêter.
Cette solitude mentale est constante. Elle ne disparaît pas quand les gens sont autour. Au contraire, elle devient plus forte. Parce qu’Ethan voit les connexions des autres : les regards complices, les messages à 2h du matin, les « tu me manques » entre potes, les délires qui durent des heures. Et lui ? Il n’a pas ça. Il n’a pas de meilleur ami. Pas cette personne unique à qui il peut tout balancer sans filtre, sans calculer si c’est « trop », sans peur d’être jugé ou d’être lourd. Pas celui qui devine quand il ment en disant « ça va ». Pas celui qui l’appelle sans raison juste pour checker. Pas celui qui reste quand il est chiant, triste, en colère, ou silencieux. Pas celui qui dit « je vois que t’es pas bien, parle ». Il a une amie proche qui l’a aidé, et il lui doit beaucoup. Elle a été là à sa façon. Mais ce n’est pas la même chose. Ce n’est pas cette ancre profonde qui te fait sentir que tu existes vraiment pour quelqu’un.
Ethan se sent décalé depuis toujours. Les conversations des autres coulent, naturelles, faciles. Lui, il réfléchit trop. Il pèse chaque mot. Il a peur de dire un truc qui sonne faux, ou trop intense, ou trop triste. Du coup, il reste en surface. Il observe plus qu’il ne participe vraiment. Et plus il reste en surface, plus le vide grandit. Parce que personne ne voit ce qui se passe en dessous : la tristesse sourde qui traîne depuis des années, la fatigue émotionnelle qui le fait se sentir vieux à 18 ans, les vagues de haine de soi qui arrivent sans prévenir.
Ces vagues sont violentes. Ethan se déteste parfois à un point qu’il ne peut pas expliquer. Il se regarde et voit un mec toxique, faible, qui fatigue les gens, qui insiste trop, qui donne trop pour rien, qui change pas. Il se répète : « Si personne reste vraiment proche, c’est ma faute. Si je suis seul mentalement, c’est parce que je suis le problème. » Et dans ces moments, la douleur est physique. Le cœur qui serre, la gorge qui bloque, les larmes qui montent mais qu’il ravale parce que « faut pas montrer ». Il a eu des phases où il se faisait mal pour calmer ça – couper, pour que la douleur extérieure prenne le dessus sur celle intérieure. Ça aidait sur le moment, comme une soupape. Mais après, la honte s’ajoutait. Et le cycle recommençait.
Ces vagues sont violentes. Ethan se déteste parfois à un point qu’il ne peut pas expliquer. Il se regarde et voit un mec toxique, faible, qui fatigue les gens, qui insiste trop, qui donne trop pour rien, qui change pas. Il se répète : « Si personne reste vraiment proche, c’est ma faute. Si je suis seul mentalement, c’est parce que je suis le problème. » Et dans ces moments, la douleur est physique. Le cœur qui serre, la gorge qui bloque, les larmes qui montent mais qu’il ravale parce que « faut pas montrer ». Il a eu des phases où il se faisait mal pour calmer ça – couper, pour que la douleur extérieure prenne le dessus sur celle intérieure. Ça aidait sur le moment, comme une soupape. Mais après, la honte s’ajoutait. Et le cycle recommençait.
Ethan sait que tout le monde a ses problèmes. Terminale, bac dans quelques mois, stress, orientations, familles, amours, tout ça. Il comprend pourquoi les gens ne sont pas plus présents. Mais est-ce égoïste de vouloir plus ? De vouloir quelqu’un qui vienne vers lui sans qu’il supplie ? Quelqu’un qui dise « je suis là, même si t’es pas fun aujourd’hui » ? Qui l’aide à surmonter sans le forcer à être « positif » ou « fort » tout le temps ?
Ce qu’Ethan cherche vraiment, c’est simple et énorme à la fois : un témoin. Une personne qui voit son monde intérieur sans qu’il ait à le décrire en détail. Qui capte que derrière le « ça va », il y a une tempête. Qui remarque quand il replonge dans ses pensées, quand il fait semblant un peu trop fort. Qui lui rappelle qu’il vaut quelque chose quand il se hait. Un meilleur ami, avec qui les silences ne sont pas lourds, avec qui il peut être intense sans passer pour « trop », avec qui rigoler sans forcer, partager des délires qui le font se sentir vivant et pas juste spectateur.
Après avoir aimé à sens unique, après avoir tout donné pour se rendre compte que c’était pas réciproque, Ethan a peur. Peur de plus savoir se connecter. Peur d’ouvrir la porte à quelqu’un et de revivre le même vide. Peur que même un meilleur ami finisse par partir quand il verra le vrai bordel. Mais il y a quand même un espoir minuscule, presque honteux. Pas une lumière au bout du tunnel de film. Juste l’idée que peut-être, un jour, avec du temps, quelqu’un viendra. Ou qu’il apprendra à être un peu son propre témoin. À se dire « c’est ok d’avoir mal », sans attendre que quelqu’un d’autre le dise à sa place.Pour l’instant, Ethan continue comme ça.
Le masque est bien en place.
Il rit quand il faut, il participe, il dit « tranquille ».
Il est entouré de gens extraordinaires.
Mais mentalement, il est seul.
Invisible dans sa propre vie.
Et tous les soirs, en rentrant, il se demande toujours :
Est-ce trop demander d’avoir un meilleur ami ? Est-ce trop demander d'être compris ?
Ou est-ce que c’est juste comme ça, et qu’il doit s’y faire ?
C’est tout ce qu’il est pour le moment.
Un mec de 18 ans, en terminale, avec le bac qui approche, qui fait semblant tous les jours, qui porte un vide que personne ne voit, et qui espère quand même, un peu, qu’un jour quelqu’un le verra.
