Alec Dombrage

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Je n'ai jamais aimé rester en place.

Ce n'était pas une question d'ennui ou d'impatience. Je pouvais passer des heures à observer un détail, une fissure dans un mur, un chemin à peine visible dans l'herbe. Ce que je n'aimais pas, c'était l'idée que tout soit déjà décidé, déjà vu, déjà expliqué. Il y avait toujours quelque chose de plus loin. Un endroit où personne ne regardait vraiment.

J'aimais découvrir.

Pas comme dans les histoires, avec des exploits ou des trophées. Je n'avais rien d'un héros. Je marchais, j'observais, je suivais ce qui me semblait légèrement déplacé. Les chemins que l'on évite parce qu'ils ne mènent à rien. Ceux-là m'ont toujours attiré. Nulle part n'existe pas. Il y a toujours quelque chose, même si c'est juste un silence différent.

Je crois que c'est pour ça que je me voyais comme un explorateur. Pas pour conquérir, mais pour comprendre. Le monde me paraissait vivant, fragile parfois, et je voulais voir ses coutures. Les endroits où il avait été réparé un peu trop vite.

Ce jour-là, je marchais seul.

Je n'ai pas remarqué tout de suite que le paysage changeait. Rien de brutal. Les chemins étaient d'abord bien tracés, presque rassurants, puis ils devenaient plus flous. La lumière semblait hésiter. La végétation se rapprochait, comme si elle avait décidé de ne plus laisser autant d'espace.

Je me suis arrêté.

Cette sensation, je la connaissais. Elle venait toujours quand j'approchais d'un lieu que je n'avais jamais vu, mais qui semblait déjà me connaître. Ce n'était pas de la peur. Plutôt une attente. Comme si quelque chose retenait son souffle.

J'ai souri.

C'était exactement pour ça que j'étais venu.

Je ne savais pas encore que je venais d'entrer dans un endroit qui n'aimait pas être observé.
Un endroit qui ne se laissait pas découvrir, mais qui exigeait qu'on l'accepte tel quel.

Moi, je n'ai jamais su faire ça.

J'ai toujours posé des questions.

Et à ce moment précis, sans que je puisse l'expliquer, j'ai eu l'impression très nette de ne plus être seul.

Je suis resté immobile quelques secondes de plus, comme si mon corps essayait de rattraper quelque chose que mon esprit avait compris avant lui. Le silence n'était pas total. Il y avait des bruits — le vent, peut-être, ou quelque chose qui lui ressemblait — mais ils semblaient mal placés, légèrement en retard. Comme une imitation.

J'ai repris ma marche.

Chaque pas me donnait l'impression de m'enfoncer davantage dans un espace qui n'avait pas été pensé pour être traversé. Le sol était ferme, pourtant mes pieds s'y posaient avec une prudence inhabituelle. Je regardais autour de moi, attentif aux détails. Les arbres, d'abord. Leurs troncs étaient trop droits, trop proches les uns des autres, comme s'ils avaient été plantés avec une intention précise. Pas naturelle. Organisée.

Je me suis surpris à compter mes pas.

Je le fais parfois sans m'en rendre compte, surtout quand quelque chose me met mal à l'aise. Un, deux, trois... puis j'ai arrêté. J'avais la sensation étrange que compter ici n'était pas une bonne idée. Comme si les nombres pouvaient attirer l'attention.

Ridicule, ai-je pensé.

C'est ce que je me dis toujours quand une intuition me traverse sans explication logique. Ridicule. Et pourtant, je m'y fie presque toujours.

Alec Le MerveilleuxStories to obsess over. Discover now