PROLOGUE - SKYLINES AND TURNSTILES

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Le vent soufflait sur la ville comme un râle sourd, traînant avec lui l’odeur de la crasse, de la bière renversée et de la pluie mêlée à la poussière. Dans les ruelles désertes, les lampadaires vacillaient comme des yeux fatigués qui observent le monde et jugent silencieusement ceux qui passent. Au milieu de cette ville fatiguée, un jeune homme avançait, le dos légèrement voûté, les mains tremblantes. Il s’appelait Jake.

Jake avait vingt-deux ans, mais son corps et son esprit semblaient porter les stigmates de dix vies de trop. Ses cheveux longs, gras et sales, avec une vieille teinture rouge qui s’écaillait au fil des semaines, tombaient devant ses yeux comme un rideau sombre sur un théâtre de misère. Son jean large, déchiré et maculé de poussière et de taches indéfinissables, s’accrochait à ses jambes, et son t-shirt noir, orné d’un vieux logo punk défraîchi, pendait mollement sur ses épaules. Ses Converse, usées et percées, claquaient sur le béton irrégulier de la ville, ponctuant son errance solitaire d’un rythme irrégulier, presque nerveux.

Il était punk. Mais pas seulement par style. Punk dans son corps, punk dans son esprit, punk dans sa façon de défier un monde qui l’avait oublié depuis longtemps. Il était junkie. La drogue et l’alcool n’étaient pas des plaisirs, mais des instruments pour tenir encore debout dans un univers qui ne lui avait jamais offert de stabilité.

Jake vivait dans les marges. Là où les règles semblaient inutiles et où la douleur devenait banale. Il passait ses journées à errer dans la ville, à traîner avec Sam, son meilleur ami et presque le seul à comprendre la noirceur qui l’habitait. Ensemble, ils s’amusaient, se défoulaient, explosaient les voitures et hurlaient contre l’injustice du monde. Mais même ces instants de rébellion n’étaient jamais suffisants pour calmer le tumulte intérieur de Jake.

Sa fascination pour le morbide était connue de peu, mais elle consumait chaque recoin de sa vie. Les crimes, les histoires de massacres, Columbine, les récits de vérités tordues et de vies brisées : tout l’absorbait comme une flamme attire le papillon. Il voulait comprendre, toucher ce qui fait mal, regarder l’horreur en face et, quelque part, en éprouver un goût pervers.
Pour ceux qui ne le connaissaient pas, Jake pouvait sembler drôle, désinvolte, même attachant. Mais c’était un leurre. Il y avait dans ses yeux un abîme que personne n’osait sonder. Parfois, il souriait en silence, observant le monde comme s’il lisait un livre interdit. Parfois, il hurlait dans le vide, frappait un mur, ou se frappait lui-même, juste pour sentir que quelque chose existait encore.

Son appartement était un chaos organisé. Des bouteilles vides s’accumulaient sur le sol, des journaux froissés racontaient des histoires qu’il relisait encore et encore, des posters de groupes de punk et de métal lui rappelaient un passé qu’il ne pouvait jamais atteindre. La lumière filtrait à travers les rideaux crasseux, dessinant des ombres qui dansaient comme des spectres sur ses murs. Et dans ce décor, Jake vivait, ou plutôt survivait, dans une solitude profonde, bercé par ses obsessions, ses addictions, et l’écho lointain de ses cauchemars.
Personne ne savait ce qu’il pensait vraiment. Même Sam ne le savait pas toujours. Et Jake préférait ainsi. Il n’avait pas besoin qu’on le comprenne. La vérité, c’est qu’il se comprenait lui-même à peine, et chaque jour était un combat contre une folie qui grandissait dans son esprit. Une folie douce et terrible, qui le poussait à rire de ce qu’il ne devrait pas, à marcher vers des lieux qu’il ne devrait pas visiter, à chercher des réponses que personne ne voulait lui donner.

Et pourtant, malgré tout, il continuait. Il continuait à marcher, à respirer, à observer. Toujours à l’affût de l’horreur, toujours prêt à s’y plonger. Parce que pour Jake, le monde n’était jamais assez noir. Et lui, au fond, ne l’était pas encore assez pour tout supporter.

Quoth the RavenStories to obsess over. Discover now