Joséphina courait à travers le sentier poussiéreux qui menait à la maison de sa grand-mère, ses longs cheveux noirs flottant au vent comme les ailes d'un corbeau.
Ils lui arrivaient jusqu'au milieu du dos, brillants sous le soleil de midi. Son visage lumineux, aux traits délicats, s'illuminait d'un sourire éclatant, sa bouche rouge contrastant avec la douceur de son teint clair, presque aussi pâle que les nuages d'été qui parsemaient le ciel.
— Je suis là, grand-maman ! lança-t-elle d'une voix douce mais claire, porteuse de cette énergie et de cette tendresse qui caractérisaient la jeune fille de quatorze ans.
À l'intérieur, Kate, sa grand-mère, leva les yeux de son ouvrage. Assise sur une vieille chaise en bois, elle s'affairait à confectionner une robe qu'elle destinait à Joséphina, histoire de lui donner une occupation pendant que sa jambe blessée la contraignait à rester alitée.
La chute récente au champ lui avait causé une foulure à la cheville, la forçant à une immobilité temporaire, tandis que sa petite-fille veillait sur elle avec attention.
— Oh ma chérie, comment s'est passée ta matinée ? demanda Kate, une lueur d'inquiétude mêlée à de la tendresse dans ses yeux.
Joséphina posa le panier sur la table et commença à préparer le repas.
— Bien, comme d'habitude, Dieu a fait grâce, répondit-elle avec un sourire fier. J'ai récolté les tomates et les autres légumes, puis je les ai vendus au marché ce matin. Ça s'est bien passé.
Les odeurs des légumes fraîchement cuisinés emplissaient la petite maison tandis qu'elle s'activait, ses gestes précis et pleins d'assurance.
Malgré son jeune âge, elle faisait preuve d'une maturité impressionnante, assumant ses responsabilités avec un courage tranquille.
Après avoir servi un copieux repas à sa grand-mère, Joséphina s'habilla rapidement pour son cours de couture.
— À ce soir, grand-maman, dit-elle en quittant la maison.
Juste devant la porte, son groupe d'amies l'attendait : Kim, Mylda et Elsa, toutes impatientes de commencer leur après-midi ensemble. Elles riaient et chuchotaient, prêtes à partager les petits secrets d'une jeunesse insouciante.
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Le cours venait tout juste de se terminer, et le soleil déclinait doucement à l'horizon, peignant le ciel d'un magnifique dégradé orangé.
Sur le chemin du retour, les quatre amies papotaient joyeusement, profitant de cette fin de journée.
— Coucou les filles ! lança une voix familière.
C'était Herman, le fils du chef du village, accompagné de son fidèle ami Florent, qui arrivaient en marchant d'un pas assuré.
— Coucou, répondirent timidement les filles, un peu impressionnées par la présence des deux jeunes hommes.
Herman n'était pas un garçon ordinaire. Enfant du chef du village, il était presque considéré comme un prince, l'héritier d'une autorité respectée.
Après avoir passé plusieurs années en ville chez sa mère pour poursuivre ses études, il était enfin revenu au village, renouant avec ses racines.
Florent, son ami d'enfance et fils d'un conseiller proche du chef, l'accompagnait toujours. Ils avaient grandi ensemble jusqu'à leurs quatre ans, avant que Herman ne parte vivre en ville. Mais depuis son retour l'année précédente, ils étaient redevenus inséparables.
Après que les garçons les eurent dépassées, les filles reprirent tranquillement leur marche vers le village. L'air était doux, et les derniers rayons du soleil faisaient briller la poussière du chemin sous leurs pas.
— Qu'il est beau, Herman... soupira Kim, les joues légèrement rosies et le regard dans le vide, comme envoûtée.
Ses amies éclatèrent de rire devant son air rêveur.
— D'ailleurs, je ne vous ai pas dit... raconta Joséphina en souriant. Il y a quelques jours, j'ai rêvé qu'on était devenus amis lui et moi. Et dans le rêve, il me déclarait ses sentiments ! Non mais franchement...
— Ah ! Tu l'as toujours aimé, Herman, lança Kim d'un ton sec, soudain un peu piquée. Tu fais juste semblant de rien.
— Mais pas du tout ! Tu sais bien que les garçons, c'est pas mon truc. Je ne veux pas de ça dans ma vie, répondit Joséphina, sur la défensive.
— De toute façon, même si tu le voulais, il est à moi. J'ai été la première à dire que je l'aimais, déclara Kim d'un ton tranchant.
— Mais il ne te connaît même pas, Kim... À part nous dire bonjour, il ne discute jamais avec nous. C'est quand même le fils du chef, rappela Mylda d'une voix douce.
— Je le dis juste au cas où. Vous connaissez Joséphina et ses rêves qui finissent toujours par se réaliser... Je ne veux pas qu'elle me vole mon amoureux, ajouta Kim, les bras croisés.
— Hey ! C'est bon maintenant ! s'indigna Joséphina en s'arrêtant. Je te dis qu'il ne m'intéresse pas. Et franchement, j'ai l'impression que je n'aurais pas dû vous raconter ce rêve...
Blessée, elle accéléra le pas et pénétra chez elle sans un mot de plus. Sa maison n'était qu'à quelques mètres.
Un silence gênant s'installa un instant entre les trois filles restantes.
— Kim, t'as été méchante, je trouve, dit enfin Elsa, qui jusque-là était restée silencieuse. Tu sais très bien que Joséphina, à part les champs, l'école, les animaux et la couture, elle ne pense à rien d'autre. Elle nous a juste raconté un rêve, c'est tout. T'aurais pas dû lui parler comme ça.
Kim haussa les épaules, les yeux brillants d'un éclat étrange.
— Elle a dit qu'elle avait rêvé de ça... Et vous savez comme moi que ses rêves se réalisent presque toujours. Désolée, mais moi, je veux Herman. Et je suis prête à tout pour l'avoir, dit-elle d'une voix froide, presque inquiétante, avant de continuer sa route avec ses amies comme si de rien n'était.
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JOSEPHINA
RomanceDans un petit village reculé, une règle règne sans pitié : tout voleur sera décapité publiquement, sans exception. Joséphina Niel, une jeune fille de 14 ans, y vit paisiblement avec sa grand-mère Kate. Mais un jour, tout bascule. Trahie par son pro...
