La pluie n’avait pas cessé depuis des heures. Elle lacérait les vitres si violemment que, même dans l’épaisseur de la pierre du Sacerdoce, je pouvais la sentir. L'orage grondait, un bruit sourd et paresseux, que j'interprétais comme la colère de Dieu. Dans l’air saturé d'encens rance, je tentais de trouver le calme, les mains jointes sur le bois froid du banc. Je priais. C'était la seule chose qui me restait, la seule routine que ma tante n’avait pas pu m’arracher.
C’était pour cette ferveur que j’étais venue dans cette église. J’y avais aussi trouvé un emploi de bénévole à la bibliothèque, juste à l’arrière, un petit refuge au-dessus du silence.
Mais le refuge avait un défaut.
Il y avait l’Autre.
Je ne l’avais jamais vu prier. Jamais s’agenouiller. Il était là, assis, dans l’ombre de la troisième rangée, comme un point noir fixe. Il portait toujours un long manteau, même les soirs d'été étouffants, et son silence était plus lourd que celui des saints sculptés. Michael Ange. Je savais son nom. On le murmurait avec une terreur respectueuse. On disait que même le Diable lui payait des taxes.
Je savais qu'il était le Parrain de la ville. Et je savais qu'il venait ici non pas pour demander pardon, mais pour collecter. La peur. L'argent. Le respect.
Je n'osais pas me retourner. J'avais peur que mon propre souffle trahisse ma présence. Pourtant, chaque soir, mes épaules se figeaient. Mon corps, malgré lui, captait l’onde de choc de sa présence. Un instinct animal m’avertissait : danger. Il ne me regardait pas comme un homme regarde une femme ; il me regardait comme un prédateur regarde sa proie, étudiant la courbe de ma nuque, évaluant le moment parfait pour frapper.
Ce n'était pas de l'attirance, c'était une souillure.
Chaque soir, ce sentiment grandissait. Je récitais mon rosaire, je cherchais la lumière dans les flammes tremblantes des cierges, mais la seule chose que je voyais, c'était la manière dont sa silhouette absorbait toute la lumière, le transformant en vide.
Hier soir, quand j'ai allumé un nouveau cierge, j'ai vu mon reflet dans la flamme, et j'ai eu peur. Peur qu'il me voie. Peur qu'il me remarque pour de bon. Peur que le grand vide qui habitait cet homme finisse par aspirer ma propre âme.
Je suis revenue, encore. Par habitude. Par désespoir. Parce que la bibliothèque au-dessus de l’église était mon seul foyer, mon seul refuge. Et parce que, quelque part au fond de ma solitude, j'avais l'impression folle que seule la présence de cet ange noir rendait ma prière nécessaire.
Ce soir, cependant, le silence de l’église n'a pas suffi à apaiser la tempête en moi. J'ai terminé mon Ave Maria, et j'ai senti, plus fort que d'habitude, qu'il me découpait du regard. Mon dos était raide, mon cœur battait la chamade.
Il était temps de partir.
Je me suis levée, mon manteau à la main. Ma prière était finie, mais mon véritable supplice allait commencer. Je devais retourner dans mon petit appartement, juste au-dessus du sous-sol de la bibliothèque que Michael Ange avait revendiqué la semaine dernière pour ses affaires.
Et ce soir, dans mon cahier, je n'allais plus écrire mes prières. Je devais écrire les voix du Diable que j'entendais à travers les planchers. Je devais écrire la vérité. Parce que seule la vérité pouvait peut-être, un jour, me sauver......
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The Submissive
SpiritualOn dit que Dieu voit tout. On dit que même dans les ténèbres les plus épaisses, Sa lumière finit par percer. J'ai grandi avec ces vérités gravées au fond de mon âme, les dix commandements comme seules balises dans l'océan de ma solitude. Ma foi n'é...
