꧁༺GIANNA ༻꧂
Je déteste le froid russe.
Il s'infiltre sous la peau comme une menace, un rappel constant que je ne suis pas chez moi. Pourtant, me voilà, plantée devant les lourdes portes de la datcha où se tient la cérémonie, enveloppée de noir, entourée par mes oncles, mes cousins, mes gardes — toute la délégation italienne.
Nous ne sommes pas ici par choix.
Nul ne refuse un hommage à Sergueï Volkov, pas même ma famille. Dans ce monde, la réputation est plus solide qu'une balle ; l'absence, elle, peut déclencher une guerre.
Les portes s'ouvrent. Une vague de chaleur et d'encens glacé me frappe au visage.
Je relève le menton, comme on m'a appris.
Une Rossi ne baisse les yeux devant personne.
La salle est sombre, presque entièrement boisée, éclairée par des centaines de bougies. Des voix basses murmurent en russe, profondes, gutturales. L'air pèse. Chaque regard se pose sur nous comme une lame.
Ma mère marche devant, le pas solide, le regard froid. Moi, je suis à sa gauche. Un rôle symbolique : la fille héritière, future ambassadrice de la famille. Un rôle qui m'étouffe autant qu'il me définit.
J'avance, concentrée sur le bruit régulier de mes talons... jusqu'à ce que l'atmosphère change brusquement.
Comme si mon corps percevait quelque chose avant même que mon esprit ne comprenne.
Je le vois avant qu'il ne me voie.
Stanislas Volkov.
Il se tient près du cercueil, entouré de membres de sa famille, le visage fermé, les épaules tendues. Il porte un costume noir parfaitement taillé, les cheveux sombres rejetés en arrière, le regard aussi tranchant que la neige qui tombe dehors.
Je détourne les yeux immédiatement.
Il le faut.
C'est vital.
Mais même ainsi, une décharge remonte le long de ma colonne, si brutale que je dois reprendre mon souffle. Comme une brûlure invisible, une douleur qui n'appartient ni au froid ni à la peur.
Je m'efforce à ne pas trébucher.
Un parfum d'encens, de cire chaude et... autre chose. Quelque chose que je reconnais malgré moi.
Non. Pas maintenant.
Ma mère incline légèrement la tête vers les Volkov. Pas un respect sincère — juste le minimum pour rester vivant.
Je fais pareil. Je ne regarde pas Stanislas.
Je ne dois pas.
Pourtant...
Mon cœur rate un battement.
Je sens son regard sur moi avant même de le croiser.
Je me concentre sur les portraits accrochés aux murs, sur les voix, sur n'importe quoi d'autre. Mais la chaleur dans ma nuque s'intensifie, comme un fil invisible tiré trop fort. Une pression dans ma poitrine, familière, dangereuse.
C'est ridicule.
Je n'ai rien fait.
Je ne lui ai même pas parlé.
Pourtant, la douleur mentale commence à pulser, diffuse, sourde, comme un avertissement venu de très loin.
Je serre les dents.
— Gianna, chuchote mon cousin derrière moi. Stai bene* ? "ç𝑎 𝑣𝑎 ?" 𝑒𝑛 𝑖𝑡𝑎𝑙𝑖𝑒𝑛*
Je hoche la tête.
Bien sûr que non.
Mais je dois tenir.
Nous prenons place parmi les familles invitées. Les discours commencent, longs, solennels, emplis d'honneur et de menaces voilées comme le veulent les rituels mafieux. Je me force à écouter, à garder un visage impassible.
Mais quelque chose en moi se tord, se serre, comme si une force ancienne tirait sur mes pensées, essayant d'y glisser des idées qui ne m'appartiennent pas.
Des murmures intérieurs.
Une colère qui n'est pas la mienne.
Une haine froide, qui cherche à se frayer un chemin.
Non. Pas ici. Pas maintenant.
Je respire lentement, profondément.
Ça cesse. Un peu.
Quand je relève enfin les yeux — par erreur, par faiblesse — Il me regarde. Son expression est fermée, mais ses yeux brûlent d'une intensité que je connais trop bien.
Mon corps se tend entièrement.
Et soudain, la douleur frappe.
Brusque. Féroce. Comme si une main invisible venait d'écraser mon cœur.
Je détourne le regard immédiatement.
La sensation s'arrête.
Juste comme ça.
Je remet mes cheveux derrière mon oreille, faisant mine de n'avoir rien remarqué.
Personne ne doit savoir.
Ici, entourée de Russes, d'ennemis, de couteaux et d'alliances instables, je dois être parfaite.
Je suis Gianna Rossi.
Fille d'une famille qui hait les Volkov depuis cent cinquante ans.
Et si quelqu'un apprenait la vérité — même la plus petite vérité — je ne sortirais pas vivante de cette salle.
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L'Ordre du Pacte
RomanceDepuis cent cinquante ans, les familles Volkov et Rossi vivent sous l'ombre d'un pacte ancestral. Un accord scellé dans la peur, promettant qu'aucun membre des deux lignées ne devra jamais aimer quelqu'un de l'autre famille. Un serment si puissant q...
