Le lycée s'étendait devant Clara comme une forteresse hostile. Les murs gris semblaient absorber la lumière du matin, et chaque pas résonnait dans le couloir comme une alarme. Elle serrait son sac contre elle, espérant se fondre dans la masse. Mais déjà, les regards se posaient sur elle.
— « Regarde-la, la nouvelle... » chuchota une voix derrière. — « Elle a l'air paumée. » répondit une autre, plus forte, volontairement pour qu'elle entende. — « Sérieux, c'est quoi ces fringues ? On dirait qu'elle sort d'un vide-grenier. »
Clara baissa les yeux. Ses baskets usées, son pull trop large. Elle savait qu'ils parlaient d'elle. Elle accéléra le pas, mais les rires la suivaient comme des chaînes.
Dans la salle de classe, elle s'assit au fond, espérant disparaître. Mais le silence fut brisé dès qu'elle sortit son cahier.
— « Hé, tu prends des notes comme une mamie ? » lança un garçon au premier rang. — « Regarde son écriture, on dirait des hiéroglyphes ! » ajouta une fille, éclatant de rire. — « Tu crois qu'elle sait parler, au moins ? » dit un autre, en se retournant vers elle.
Clara ne répondit pas. Sa gorge était serrée. Elle fixait son cahier, les lettres tremblaient sous ses yeux. Le professeur entra, mais ne dit rien. Les chuchotements continuaient, plus discrets, mais toujours là.
À la pause, dans le couloir, la meute se resserra. Trois élèves l'entourèrent.
— « Alors, t'es qui toi ? » demanda l'un, un sourire cruel aux lèvres. — « Clara... » murmura-t-elle. — « Clara ? Sérieux ? Ça sonne comme une vieille. » — « Ouais, Clara la clodo ! » s'écria une fille, et les autres éclatèrent de rire.
Clara sentit ses joues brûler. Elle voulut passer, mais une main bloqua son chemin.
— « Tu crois que tu vas t'en sortir comme ça ? Ici, faut être comme nous. Sinon... » — « Sinon quoi ? » osa-t-elle, d'une voix tremblante. — « Sinon tu deviens notre jouet. »
Les mots tombèrent comme une sentence. Elle comprit qu'elle venait d'être marquée. Pas une élève, pas une camarade : une cible.
Le reste de la journée fut une succession de piques. À la cantine, elle s'assit seule. Les tables autour bruissaient de commentaires.
— « Regarde, elle mange toute seule. » — « Normal, personne veut s'asseoir avec elle. » — « Hé Clara, tu veux qu'on t'apporte une gamelle pour chien ? »
Les rires éclatèrent. Clara baissa la tête, ses mains tremblaient autour de son plateau. Elle n'avait plus faim.
En sortant, elle entendit encore des voix derrière elle.
— « Tu crois qu'elle va pleurer ? » — « J'espère, ça serait drôle. » — « On devrait filmer, tiens. »
Clara pressa le pas, mais les mots la poursuivaient. Chaque phrase était une flèche. Chaque rire, une gifle invisible. Elle comprit que ce n'était que le début. Le marquage était fait. Elle était désormais la proie, et la haine venait de commencer son règne.
