Le rouge cramoisi de mes lèvres est de la même teinte que celles des cadavres qui gisent sur le sol de nos tranchées .
Ces mêmes camarades avec qui nous avons partagés le repas quelques heures auparavant.
Ceux-ci sont morts, touchés par une pluie d'obus ou brûlés par le déluge de feu.
Ici en première ligne on ne vit plus,on survit.
La vie a perdu son goût et nous, innocents, nous nous battons contre des innocents .
Les cruels allemands ont aussi une famille qui s'inquiète pour eux , une maison qui attend leur retour avec la crainte de ne jamais les revoir vivants .
Eux, non-plus, n'y sont pour rien et tirent pour leur pays , pour l'honneur et le prestige mais surtout pour gagner et enfin rentrer avant qu'il ne soit trop tard.
Ici, on pense que le funeste télégramme rentrera à notre place.
Nous mourrons de déshydratation, la famine prends place dans ces moments douloureux sans faim.
Les ravitaillements sont faibles et peu courants.
Pourtant les allemands disposent de l'eau courante.
Les blessés se multiplient et leurs carcasses s'entassent dans ces tranchées étroites et boueuses.
La boue est devenue un danger pour nos bataillons, certains y tombent et n'en ressortent jamais.
Le sang recouvre les parois de bois et les uniformes, autrefois bleu horizon.
Les miasmes fétides qui se dégagent des corps pourris nous hantent jour et nuit et l'odeur nauséabonde du tabac se mêle à ceux-ci.
Pourquoi la nuit vient-elle sans le sommeil, bercée pas les bruits des tirs incessants et les bombardements qui ne semblent jamais se terminer ?
Parfois, il nous est arrivés de dormir dans des trous laissés par des obus, d'autres fois, dans des granges abandonnées et saccagées, ou encore de ne pas dormir du tout.
Les plus jeunes d'entre nous s'endorment n'importe où, n'importe quand, le sommeil est plus fort qu'eux.
Contrairement à nous, certains soldats allemands dorment dans des maisons du camps Marguerre.
Les nuits glaciales rendent nos doigts lourds, nos visages creux et nos corps transis de froid.
Les conditions de vie sont inhumaines, les munitions limitées et les journaux minimisent le désastre des offensives allemandes.
Un seul mot pour décrire l'enfer de verdun " l'apocalypse".
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VERDUN 1916
Short StoryL'atrocité des hommes est fascinante. Ce texte est issu de faits réels et vérifiés. Les informations contenus y sont toutes vrais et sont le fruits de recherches intensives dans des lettres de poilus ou encore dans des reportages. Bonne lecture !
