Chapitre 1 (Joline)

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Juliette est comme le soleil. Elle est la personne la plus généreuse et rayonnante que je connaisse. J'ai toujours pensé que le soleil ne disparaîtrait jamais. Pourtant, aujourd'hui, j'ai appris qu'il allait s'éteindre.

Nous sommes le vendredi 10 avril, jour de l'anniversaire de mon frère Clément. Pour l'occasion, et comme pour chacun de nos anniversaires, mes parents tiennent à rassembler l'ensemble de la fratrie à la campagne. Nous nous retrouvons alors dans cette fermette familiale dans laquelle nous avons grandi. Ce lieu reflète le quotidien ayant rythmé mon enfance : des petits frères et sœurs sur qui veiller et des animaux à soigner. Avec le recul et l'indépendance, je suis ravie que cette époque soit désormais révolue ; la vie à la ferme est une réalité bien loin de la personne que je suis aujourd'hui. Finalement, seul Clément, le benjamin qui s'apprête à souffler ses seize bougies, habite encore cette ferme figée dans le passé.

Sur la table soigneusement dressée, les odeurs dégagées par le magret de canard et les légumes grillés animent nos papilles. Les plats cuisinés par ma mère ont toujours été aussi bien raffinés les uns que les autres ; le contraste avec ma vie en colocation est consternant.

- Oh, ça a l'air délicieux, déclare poliment le petit copain de Romane, l'une de mes sœurs, en tendant son assiette.

Mon père, lui, effectue le tour de table, une bouteille de vin à la main. Je lui présente mon verre lorsque mon téléphone sonne pour la énième fois. J'hésite un instant, mais la vibration incessante me pousse à le sortir discrètement de ma poche. Sur l'écran, s'affichent trois appels en absence, suivis d'un SMS :

« Je suis devant chez toi ! Ouvre ! »

Juliette est imprévisible ; elle s'invite systématiquement sans prévenir. Je réponds sommairement :

« Désolée, je suis chez mes parents pour la soirée... »

Sitôt envoyé, une inexplicable appréhension me traverse. J'enchaîne avec un second message :

« Tout va bien ? »

Joline, nous sommes à table... intervient alors mon père.

Je relève la tête, dépose mon téléphone sur mes jambes et saisis ma fourchette. À peine je me mets à piquer dans les morceaux de poivrons qu'une autre notification attire mon attention. Je lis en cachette :

« C'est urgent, il faut que je te parle ! »

Voyant mon regard se baisser, ma mère prononce cette phrase qu'elle répète depuis toujours :

- Tu es la plus grande Joline, j'aimerais que tu montres l'exemple. Range ton téléphone.

Je verrouille l'écran et les discussions autour de nos quotidiens respectifs reprennent de plus belle. Romane raconte le déroulement de son stage en agronomie ; je vois dans le regard de mes parents la fierté qu'ils lui portent.

Peu de temps après, Juliette insiste et appelle une quatrième fois. Quelle urgence peut-il bien lui arriver ? Ma mauvaise intuition redouble d'ampleur ; je ne parviens pas à avaler la moindre bouchée.

- Tout va bien ? me demande alors Clément assis à ma gauche.

- C'est... c'est Juliette. Elle est à Bruxelles devant chez moi. Je ne comprends pas bien ce qu'il se passe.

- Un de tes colocs ne peut pas lui ouvrir ?

- Non, ils ne sont pas là...

Mon père, nous écoutant d'une oreille, s'immisce dans la discussion :

- D'ailleurs, tout se passe bien avec le nouveau colocataire ?

- Oh oui, il connaissait déjà un petit peu la maison. C'est un copain aux deux autres garçons.

Là où le soleil veille encorePovești de care să fii obsedat. Descoperă acum